Écolo

Être écolo, c’est dans le vent, ce vent qui souffle dans les branches des arbres bien que la racine ici ait été coupée de travers (le mot écologiste se décompose logiquement en éco d’une part qui signifie maison, habitat collectif, et logiste de l’autre pour désigner la personne qui étudie et par suite défend ce qu’elle étudie). Mais au diable l’étymologie, écolo, ça fait école, potache, c’est sympa.

L’écologie est l’étude scientifique des relations des êtres vivants entre eux et avec le milieu dans lequel ils vivent, question qui n’intéresse pas que les scientifiques. L’écologiste est donc devenu un défenseur de la nature et de l’environnement, une personne qui agit pour la protection de la nature, noble tâche.

Dans le domaine de l’information et de l’archivage, être écolo, c’est assez facile. Cela tient en une phrase que tout le monde connaît :

ou alors, imprimez-le sur du papier recyclé (voir le billet Recyclabilité).

Vous avez ainsi la bonne conscience de sauver un arbre ou du moins une branche (car, c’est bien connu, les arbres ne repoussent pas).

Vous gardez tout sous forme numérique et envoyez toutes vos données dans le nuage (dans le « cloud », si on en croit Internet, il n’y a que de gentils cumulus -  journée chaude et ensoleillée).

Quoi de plus naturel ? Le soleil brille, les oiseaux chantent. La vie est belle.

Adieu les mètres linéaires de dossiers papier qui déciment nos forêts. Stop aux impressions en quatre exemplaires de documents inutiles. Finies les boîtes d’archives ventrues dont 50% ne sert à rien qu’à gaspiller de la cellulose qui serait sûrement mieux employée en couches-culottes.

Vive les Teraoctets de données qui saturent les serveurs ! Par ici les dizaines de versions numériques sans intérêt ! Bienvenue aux 95% de fichiers qui ne servent à rien qu’à alimenter la surchauffe des datacenters, à rien qu’à justifier les ressources énergétiques phénoménales dépensées pour refroidir du rien… tandis qu’ailleurs des gens coupent du bois pour se chauffer faute d’avoir l’électricité nécessaire.

On croit avoir évité l’iceberg du gaspillage papier mais on n’a pas vu la face cachée de l’iceberg que constitue le gaspillage numérique, et on fonce droit dessus !

Qu’est-ce qu’être info-écolo ? Remplacer le papier par le numérique puissance 10 ? Ou réfléchir avant d’écrire, lire avant d’envoyer ou de recopier, détruire et recycler ce qui est périmé ?

En fait, la plupart des gens sont à moitié écolos. Mais quelle moitié ? La moitié « éco », comme dans économe, écosophe, ou la moitié  « olo » comme rigolo et bricolo ?

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Stylo

Le stylo a-t-il un avenir ?

Le numérique balaie tout sur son passage, comme un tsunami : papiers, crayons et gommes, encres et stylos, comme la bille, il y a quelques décennies, a balayé la plume. À quoi peut servir un stylo dans l’univers des ordinateurs, des tablettes et des réseaux sociaux ?

Surfant sur la vague du chamboulement numérique, plusieurs entreprises (Staedtler, Zpen, Logitech ou Kayentis) ont inventé et commercialisé le « stylo numérique », parfois qualifié de stylo intelligent. L’objet en forme de stylo est doté de capteurs qui enregistrent les signes tracés par l’utilisateur et les transpose instantanément en caractères ou traits numériques sur un écran. Un outil de « production-numérisation en live »… Les conditions d’utilisation du style numérique sont cependant assez  contraignantes : écrire lisiblement, ne pas cacher le capteur avec un doigt, utiliser des mots faciles à océriser, voire disposer d’un papier lui-même intelligent.

Sur le plan technique, on peut effectivement qualifier ces produits d’innovants, mais sur le plan des idées, le stylo numérique est tout à fait représentatif de ces inventions bâtardes, intermédiaires entre deux périodes de l’histoire des outils, dont la valeur ajoutée est surtout d’aider à la conduite du changement en familiarisant les utilisateurs avec l’outil de destination (de ce point de vue, il y a des procédés moins onéreux). Et de fait, en regardant de plus près les sites marchands, on constate que le stylo numérique est déjà oublié ou en voie de l’être, ce qui était prévisible. Ç’aura été une parenthèse d’une dizaine d’années dans l’histoire des outils d’écriture, soit peu de chose.

Le clavier et, de plus en plus, l’écran tactile périment l’usage de l’écriture manuscrite. N’est-il pas plus sûr d’envoyer un SMS pour dire « prends une baguette en rentrant » que d’écrire sur un post-it « pense à acheter du pain », message qui, si le post-it ne s’est pas décollé, si l’intéressé a regardé au bon endroit ou s’il n’est pas déjà passé chez le boulanger, obligera à ressortir ?

Le mariage stylo – numérique ne pouvait se solder que par un divorce pour cause d’incompatibilité d’humeur, de différence de méthode, de divergence de culture. Le couple millénaire composé des deux doigts opposés que sont le pouce et l’index (avec l’aide du majeur pour soutenir le stylo) est complètement ringardisé par la paire formée des deux pouces face à un écran de smartphone…

L’écriture cursive abdique donc son utilité séculaire devant les technologies numériques. Dès lors, pourquoi en imposer l’apprentissage aux enfants ? C’est la question que se sont posée plusieurs États américains dont une partie a conclu que l’écriture cursive ne serait prochainement plus requise à la sortie de l’école élémentaire (voir l’article du Figaro sur le sujet).

Mais il y a d’autres retombées à ces évolutions, notamment l’émergence d’une nouvelle discipline, la cursographie, connaissance des écritures cursives au stylo, avec ses formateurs et ses experts, ce qui peut créer quelques emplois. En effet, de même qu’il y a des paléographes pour lire les chartes médiévales, les minutes notariales du XVIIe siècle ou les manuscrits littéraires du XIXe. la société aura besoin d’ici quelques années d’animateurs pour les ateliers culturels de déchiffrement des cahiers d’écoliers des années 1980, des lettres de réclamations des administrés à la Sécurité sociale ou aux impôts (que l’on aura conservées en intégralité comme matière historique) ou d’autres vestiges personnels de la fin du XXe siècle. Grâce à la cursographie, les enfants d’aujourd’hui occuperont leur retraite à découvrir ainsi leurs aïeux, avec qui ils n’ont jamais eu le temps de discuter, branchés qu’ils étaient sur leur MP3 ou leur iPad). Ainsi va la vie.

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Impétigo

L’impétigo est une infection superficielle due à un streptocoque, microorganisme qui s’introduit dans la peau par une lésion préexistante telle qu’un eczéma ou une égratignure. Il prend la forme d’une petite bulle qui au bout de quelques heures éclate, libère son contenu et provoque une croûte. Le bobo, qui affecte surtout les enfants, est plus désagréable que dangereux.

La médecine n’étant pas ma spécialité, je veux parler ici non pas de l’impétigo « analogique » mais de l’impétigo « numérique », avec l’hébergeur de messagerie Voila dans le rôle du streptocoque.

Voici (c’est le cas de le dire) ce qui m’est arrivé la semaine dernière : un de mes contacts m’envoie un message via sa messagerie Voila. Je lis le message, court et factuel, puis mon œil est attiré par la ligne de publicité figurant au bas du message comme souvent avec les opérateurs « gratuits », à « l’insu du plein gré » de l’émetteur (sauf si on se met systématiquement en copie de ses envois). La gratuité est la faille par laquelle se glisse la bactérie numérique…

Je lis donc : « Marie-Charline vit avec un ministre de 30 ans son aïné [sic]. Qui est ce ministre socialiste ? Réponse ici ». Étant complètement accro aux peoples, je ne peux pas résister une seconde avant de cliquer sur la petite pustule bleue « ici », laquelle libère alors son contenu : « Pierre Moscovici : Sa compagne Marie-Charline Pacquot se dévoile » :

Après une petite enquête, à laquelle dix autres de mes contacts ont bien voulu contribuer (je leur réitère mes remerciements), il apparaît que cette publicité Voila a été annexée aux mails expédiés entre le 19 et le 26 avril à midi. J’ai aussi pu constater que, dans la moitié des cas, pour des raisons techniques de compatibilité je présume, la phrase qui « achève » le mail affiche le lien complet, à savoir « Réponse ici http://people.voila.fr/people/actu-stars/personnalites/pierre-moscovici-sa-compagne-marie-charline-pacquot-se-devoile-people_10042.html » ce qui a le vilain effet de tuer le suspens puisque la réponse est donnée dans la question. Déception, même plus besoin de cliquer.

À partir du 26 avril, vers 13h, Marie-Charline passe à la trappe et on passe à la pub suivante, plus sobre : « High-tech, jardin, mode, bricolage, maison,… J’achète malin. Je compare les prix avec Voila.fr ».

Dans le monde perso, on se moque de tout cela. Dans le monde pro, en principe, on n’utilise pas son adresse de messagerie perso, encore qu’il y ait pas mal d’exceptions (erreur de manipulation, bouton répondre sans vérifier que l’émetteur lui-même s’était trompé, message envoyé hors du temps de travail au bureau, etc.). Mais dans le monde pro-perso, attention à la pustule qui forme une mauvaise croûte.

Peut-on imaginer dans le monde papier une femme envoyant sa candidature pour un poste d’éducatrice dans un foyer de jeunes filles dans une enveloppe sur laquelle La Poste ajouterait une publicité pour un concert de « Nique Ta Mère » ?

Cette anecdote illustre très bien la question du statut de l’enveloppe qui achemine le message et de sa dissociabilité du contenu assumé par l’émetteur. Si ces mails d’hébergeurs gratuits se trouvent archivés, quid de la responsabilité de l’hébergeur ? Quel recours de l’émetteur contre les conséquences négatives de certaines pubs que souvent il ignore ?

Moralité, si vous cherchez du boulot dans un ministère en ce moment, évitez d’avoir un compte de messagerie chez Voila.fr. Prenez-en plutôt un chez Laposte.net, en ce moment, leur message de pub en fin de mail concerne les coffres forts numériques. Si vous cherchez un job dans l’archivage, ça peut être un plus…

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Sado-maso

Il est une forme particulière du sado-masochisme que l’on n’étudie pas assez. C’est la relation entre l’auteur d’un écrit et le document produit, entre l’humain et l’archive, relation trouble s’il en est, sauf que les technologies numériques ont inversé les rôles du dominant et du dominé…

Démonstration.

Traditionnellement, l’homme domine les documents. Il profite de sa supériorité pour infliger aux documents divers sévices.

Ainsi, au XVIIe siècle (Sade n’était pas encore né), il était coutume d’enfoncer sans ménagement le bout métallique d’un lacet dans la chair d’une liasse de minutes notariales ou de pièces comptables puis de confectionner un nœud bien serré laissant tout juste respirer le papier.

À une époque plus récente, la relation de domination de l’homme sur les archives se traduit par des humiliations sans nombre : dossiers coincés dans une sangle serrée à fond, tassés dans un carton d’archives, traînés dans le sous-sol ; des rapports et des courriers sont expédiés dans un coin de grenier, où les oiseaux vont les couvrir de guano. Ailleurs, c’est un timbre sec ou un tampon baveux qui marque à tout jamais l’épiderme du plan ou de la gravure, permettant ainsi au détenteur du document-objet de savourer la jouissance de la possession. On pourrait décrire longuement les relations d’attachement du couple homme-archives car il existe au moins cinquante nuances de gré… ou de force.

Et les archives, soumises, se prêtent au jeu, patientent des décennies ou des siècles, attendent leur seigneur et maître qui les libérera l’espace d’un instant, leur montrera quelques heures la lumière naturelle avant de les renfoncer dans leur carcan, de les repousser dans le noir de la cave ou le gris des combles… C’est grisant !

Mais nous avons changé de millénaire et de technologies de communication. Une des conséquences de cette évolution est que les données sont devenues de toute évidence le partenaire dominateur dans le couple homme-document. Cette domination du numérique s’exprime au travers de petits gestes sadiques et virtuels qui mutilent peu à peu l’être humain, lequel se montre soumis, prisonnier volontaire bien souvent, étonnamment apte à la  jouissance d’être instrumentalisé, noyé, mordu…

Tout d’abord, ce sont les mini-décharges électroniques envoyées à l’individu scotché à son smartphone, dans la rue, à la plage, au cinéma, au lit, partout ; toutes les trente secondes, le numérique rappelle sa présence par un SMS impérieux, sans laisser le moindre répit, à la manière d’un supplice chinois. Oui, oui, encore !

Dans l’entreprise, l’électronasse noie les collaborateurs, leur maintien la tête sous l’eau ou dans le sac, ne les laissant respirer que pour les faire replonger de plus belle dans la masse des versions périmées, des fichiers dupliqués, des trains de bit infinis qui l’entravent et gênent ses mouvements. C’est si bon !

Mais surtout, l’individu est esclave consentant de sa messagerie électronique : il se livre, imprudemment, laisse des traces, donne des verges pour se faire fouetter, accepte de se faire mordre…, prêt à attendre des mois voire des années le plaisir suprême de la morsure ! Ce n’est pas moi qui le dit mais le juge fédéral américain Royce C. Lamberth : « La question n’est pas de savoir si un de vos mails reviendra vous mordre, mais de savoir quand et  avec quelle force. » (It’s not a matter of if an email will come back and bite you … It’s only a matter of when and how hard, citation relevée sur le site https://www.vaporstream.com).

Et le partenaire maso (homme ou femme) de s’écrier : « Mords ! Mords ! ».

Ce qui se conçoit aussi en version anglaise : « More ! More ! ».

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Pour info

« Pour information » : c’est un peu long.

« PI » (sur le modèle du FYI anglo-saxon) est un peu court (et puis on pense à 3,1416, ou à « et pis quoi encore ? »).

« Pour info » : c’est bien. Quand c’est employé à bon escient.

Tout écrit, tout document, a une valeur d’information. Écrire dessus « pour info » simplement pour rappeler cela est superfétatoire. Le « pour info » a un sens précis, en tout cas avait.

Le « pour info » est d’abord utilisé dans l’administration pour qualifier les copies (copies carbones puis photocopies) établies en même temps que l’original et diffusées officiellement ou ouvertement à d’autres destinataires que le destinataire de l’original parce que, pour la bonne marche de l’administration, ces autres destinataires doivent avoir connaissance de la décision ou déclaration portée par l’original (en général un courrier). L’objectif n’est pas de déclencher une action en conséquence de cette information mais de compléter la documentation de ces autres acteurs en vue d’une éventuelle décision relevant de leurs compétences et en lien avec l’affaire.

Exemple : vous êtes le président de l’association de défense du camembert au lait cru. Continuer la lecture

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Distinguo

Que voyez-vous ?

Deux tickets de RER pour le trajet Paris-intra muros – La Défense. Oui, mais il convient de faire le distinguo entre les deux.

L’apparence des deux tickets diffère sur plusieurs points : le sigle RATP est plus Continuer la lecture

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Quasimodo

Encore du latin ! diront les uns.

Ah ! Notre-Dame de Paris, Victor Hugo, Anthony Quinn… diront les autres.

Les deux sont liés.

C’est que j’essaie de coller à l’actualité dans ce blog. C’était hier le dimanche de Quasimodo Continuer la lecture

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Cocorico

Il y a deux points de vue pour parler de cocorico : celui de l’émetteur et celui de l’auditeur.

Émetteur. Cocorico est le cri du coq, comme hi-han est celui de l’âne et miaou celui du chat: pour le son, cliquez là Cocorico.

Après, il y a la culture. Cocorico est assimilé à une expression de gloriole, à une proclamation d’auto-satisfaction, les motifs de satisfaction étant par exemple : faire se lever le soleil le matin comme le fait le Chanteclerc d’Edmond Rostand, ou savoir discerner Continuer la lecture

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Loi de Pareto

La loi de Pareto s’applique-t-elle à l’archivage ?

Pourquoi non ?

La loi – ou principe – de  Pareto (Vilfredo de son petit nom, économiste de son état, italien de nationalité bien que né en France et mort en Suisse) est d’abord un constat dans le fonctionnement naturel de l’économie et de la société : de nombreux domaines d’activité s’autorégulent autour de deux ensembles inversement proportionnels :

80 % des effets sont le produit de 20 % des causes,

80% du produit de l’impôt proviennent de 20% des citoyens imposables,

80 % de la réalisation d’un projet s’obtiennent avec 20 % de l’effort.

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Scénario

Au cinéma, le scénario, c’est le résumé, dans l’ordre de déroulement du film, des situations et actions qui forment l’intrigue, avec leur mise en scène. Sauf exception (on peut citer La Belle équipe, de Julien Duvivier, 1936, pour lequel ont été tournées une fin joyeuse et une fin triste, sur fond de Front populaire), le scénario cinématographique est unique, le meilleur possible, élaboré par le ou les scénaristes. Il est soit de pure fiction, soit adapté d’une autre œuvre littéraire.

Dans l’entreprise, quand on parle de scénario, c’est d’abord au pluriel, quand on recherche pour un projet le meilleur des scénarios possibles. Nota : on peut Continuer la lecture

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Perso

Après « pro » la semaine dernière, « perso » est assez logique car les deux vont de pair : compte pro/compte perso ; service pro / service perso ; mail pro / mail perso, etc.

À noter, sur le plan linguistique, qu’il s’agit de deux apocopes mais si « pro », première syllabe de « professionnel » correspond à la préposition latine qui signifie « devant », sur le devant de la scène en quelque sorte, « perso » ne signifie rien par lui-même et est simplement un raccourci de « personnel » qui  vient lui-même de « personne », un des rares mots français venus de l’étrusque, avec le sens initial de masque de théâtre (que l’on porte sur la scène…). Amusant.

Dans le langage courant, le mot perso renvoie le plus souvent à l’un de ces deux phénomènes :

  • les pages perso sur Internet, qui se comptent par millions – même si une partie est de fausses pages « pro » – et dont beaucoup sont en accès totalement libre sur la Toile : l’anniversaire d’Anne-Marie, les voyages de Popaul et Samantha, le CV de Jean-Guillaume…
  • les données perso, personnelles au sens de la réglementation (données permettant d’identifier directement ou indirectement une personne physique) que chacun sème au quotidien en écrivant des mails, en faisant des achats en ligne, en remplissant des formulaires qui seront compilés dans les coulisses, ou simplement en consultant un site Internet, en se déplaçant avec son smartphone-géolocalisateur, et qui sait peut-être demain en pensant simplement à quelque chose ou à quelqu’un…

On peut voir derrière ces deux réalités un paradoxe humain : d’un côté, le besoin et désir de s’afficher, de se valoriser, d’être reconnu par les autres – et la communication sur Internet est un moyen inégalé de le faire ; de l’autre, le désir et besoin d’être protégé contre les voyeurs et exploiteurs de tous acabits.

Coco a le droit de s’exprimer librement, d’exposer ses orientations sexuelle, culinaire, sportive, herpétologique ou molubdotémophile, dans la limite de la loi évidemment, mais il y a encore de la marge. Et Coco a aussi le droit qu’on ne vienne pas l’enquiquiner pour lui vendre des rencontres, des services, des produits, du matériel, des serpents et des taille-crayons qui ne l’intéressent pas !

Pour protéger davantage la vie privée des individus contre les agissements calamiteux des sociétés commerciales, internationales ou pas, le Parlement européen envisage de renforcer la réglementation sur le traitement des données à caractère personnel, en limitant leur conservation au strict minimum.

Le fond de la question n’est pas tant la conservation des données en soi que l’exploitation commerciale qui en est faite. Et quand on parle d’exploitation commerciale, c’est un euphémisme ; on devrait parler d’espionnage et de harcèlement, qui pourraient rivaliser parfois avec les meilleures dictatures. Or, pour lutter contre cet état de fait, la moins mauvaise solution avancée aujourd’hui est la destruction des données dites personnelles après leur usage primaire. Ce projet suscite l’émoi d’un certain nombre d’historiens et d’archivistes qui, considérant que lesdites données constituent de futures sources historiques, assimilent leur suppression quasi-systématique à l’organisation d’une amnésie collective. À cette destruction para-espionnage, ils opposent le principe d’une conservation sécurisée.

Compte tenu, primo, de l’inflation vertigineuse des données produites et de leur redondance objective, secundo, de la prolifération des données personnelles versées volontairement à l’espace public où les institutions mémorielles peuvent (doivent ?) les collecter, tertio, des multiples analyses statistiques réalisées avec ces données et dont les résultats sont des documents d’archives (contrairement à l’idée qu’on en a trop souvent), est-il vraiment catastrophique d’envisager la destruction de la majeure partie des bases de données comme le Parlement européen envisage de le faire ?

On peut dans doute voir le « big data » comme une « big cata », mais il faut aussi remettre en perspective la redondance, l’inutilité de tout conserver pour l’Histoire (un mythe tenace !) et la volonté des populations.

Dira-t-on un jour du Parlement européen qu’il fut celui qui le « big mata » ?…

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Pro

Il y a les pros

… et il y a les cons.

What do you think I am talking about ?

Les pros et les cons, pour les Américains, ce sont les avantages et les inconvénients, ou encore ceux qui sont pour, par opposition à ceux qui sont contre, anti. C’est binaire, efficace, à condition de ne pas tomber dans le manichéisme.

Mais revenons en France avec cette syllabe « pro », apocope de « professionnel », outil marketing, qualificatif valorisant accolé à un nombre croissant de mots : votre opérateur de téléphonie vous propose un contrat « Pro », tel sportif qui n’était qu’amateur est passé « pro » ; « Y a pas à dire, ce type, c’est un pro » ; « Nous les Pros », la reine d’Angleterre est une « pro » de la royauté, écrivait le magazine Elle déjà en 1977…

Si on suit l’étymologie, être professionnel clandestinement, caché dans un bureau ou dans un lieu protégé de l’extérieur serait un non sens. Professionnel vient de professer, qui signifie dire publiquement ce que l’on sait et ce que l’on croit, sens que l’on retrouve dans l’expression « profession de foi », électorale ou pas. Le professionnel est celui qui affiche sa compétence dans un métier, dans un domaine.

On parle parfois du « jargon professionnel » mais cela ressemble à un oxymore : peut-on être professionnel quand on jargonne ? Jargon technique, oui. Jargon professionnel, non.

Pour être compris du public auquel il s’adresse, auprès duquel il exerce, auquel il doit inspirer confiance, le professionnel ne devrait pas utiliser de jargon mais des mots simples pour exposer le diagnostic et les moyens de résoudre les problèmes.

Par exemple, vous avez un souci de désherbage dans votre jardin et vous faites appel à un spécialiste du domaine. Le jargonneur vous dira : « Vous avez un problème de RM avec le SAE ; il faut ajuster la DUA et respecter la DUC », et vous ne saurez pas qu’il veut dire : « Vous avez un problème de Repérage de la Mousse (RM) avec le Scarificateur Anti-Éclaboussures (SAE) ; il faut revoir la Désherbation Ultra-Active (DUA) et respecter la Directive Unilatérale de Clause (DUC) ».

Mais le pro, lui, vous dira : Je peux passer un appareil pour retirer la mousse puis un désherbant adapté à la nature de votre sol. »

Si vos soucis ne concernent pas votre jardin mais le classement et l’archivage de vos dossiers, la même formule jargonnesque peut être utilisée : « Vous avez un problème de RM avec le SAE ; il faut ajuster la DUA et respecter la DUC », qu’il faudrait dans ce contexte entendre comme : « Vous avez un problème de Records Management (RM) avec le Système d’Archivage Électronique (SAE) ; il faut ajuster la Durée d’Utilité Administrative (DUA) et respecter la Durée d’Utilité Courante (DUC) », mais ça ne vous apprendra sans doute pas grand-chose de plus.

Pourquoi ne pas dire simplement : « Je vais vous aider à identifier les documents qui vous engagent pour les mettre à part, dans un lieu sécurisé, pendant la durée nécessaire pour couvrir le risque, tout en les maintenant accessibles. »?

Boileau a écrit il y a plus de trois siècles : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement… ». Pourquoi ne serait-ce plus vrai ?

Bon, ceci n’est qu’une opinion. Après, comme pour toute idée, il y a les pros, et il y a les cons.

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Rigolo

Mon blog – qui se veut plutôt un anti-blog – existe depuis dix-neuf mois et, si j’en crois l’outil statistique d’analyse de sa fréquentation, GoogleAnalytics, le mot-clé qui conduit le plus souvent sur le site de Marie-Anne Chabin est de très très loin : mètre linéaire.

Rigolo, non ?

Naïvement, je me serais attendue à des mots-clés du type « information numérique », « document engageant », « authenticité », « archivage », « durée de conservation » ou encore  « sérendipité ». Eh bien non !

Il est vrai qu’il y a dix-huit mois, dans la série des billets en –ité, j’ai commenté la notion de linéarité, en soulignant d’une part le caractère très élastique de cette unité de mesure des dossiers papier, d’autre part l’ineptie de confondre la mesure logistique des contenants avec la mesure intellectuelle des contenus excessivement hétérogènes qui se cachent généralement derrière le mot archives. Mon billet était illustré par une image tout à fait éloignée de la métrique archivistique. Ceux qui ne l’ont pas vue doivent absolument cliquer là avant de poursuivre: http://www.marieannechabin.fr/2011/08/linearite/.

Ce blog n’ayant pas pour objectif d’exposer les bonnes pratiques du rangement physique des archives (1 m3 = 10 ml ; 1 ml = 700 pages ; 1 kml = 170 m², etc.), le fait que l’expression « mètre linéaire » arrive en tête des mots-clés qui y conduisent se prête à diverses interprétations :

  1. les internautes en général s’intéressent beaucoup plus au mètre linéaire qu’à tout autre concept ; dans ce cas, puisque c’est le sujet-roi et que j’en parle un peu au détour de mon discours, il est normal qu’un petit pourcentage d’entre eux atterrissent sur un de mes quatre billets qui portent effectivement ce mot-clé ; les statistiques seraient donc « normales » ;
  2. les internautes qui cherchent des informations sur la question du mètre linéaire ne sont pas forcément nombreux mais les autres réponses proposées par les moteurs de recherche ne les satisfont pas et ils poursuivent leur chemin jusqu’ici, avant peut-être de continuer plus loin ;
  3. mon blog est définitivement associé par les outils qui nous gouvernent à la gestion de boîtes d’archives, ce qui en dirait long sur l’indexation automatique et la fiabilité du Web… ;
  4. dernière hypothèse : les internautes sont en grand nombre amateurs de boudin au mètre (du boudin pur porc – par les temps qui courent, il convient d’être précis !).

Dans le doute, je retiens la dernière explication qui me réjouit évidemment bien davantage que les autres…

La Pourcailhade – http://retrouvailles.24.over-blog.com -

Je dois encore confesser que depuis dix-neuf mois, la seule image qui m’ait causé quelque souci de droit est l’image d’omelette illustrant le concept d’archivabilité.

Comme quoi, archivistique rime avec bonne chère. Rigolo, non ?

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Motu proprio

Motu proprio n’est pas une injure qui signifierait « Casse-toi, pauv’propriétaire » en volapük, mais une expression latine, que l’on peut traduire par « de son propre mouvement », utilisée par le pape à partir de la fin du Moyen Âge dans certains écrits pour bien indiquer que la décision contenue était une initiative personnelle et non le fruit d’un processus de décision ecclésiastique en réponse à une sollicitation. L’usage s’en est poursuivi jusqu’à Benoît XVI qui y a eu recours en 2010 sur la question de la lutte contre les activités illégales en matière financière. Le motu proprio est un type de document très précis de la diplomatique pontificale (les accros de la discipline peuvent se reporter à l’ouvrage de Félix Grat : Étude sur le Motu Proprio des origines au début du XVIe siècle).

S’il n’y avait que le pape pour décider de l’envoi d’un courrier de son propre mouvement, il n’y aurait pas lieu d’épiloguer. Mais il s’avère que la pratique s’est répandue, démocratisée et surtout totalement laïcisée, à la faveur du développement des réseaux informatiques et de la messagerie électronique. Envoyer un courrier de sa propre initiative, de son propre chef, sans passer par la procédure habituelle, en s’affranchissant du circuit hiérarchique initialement prévu par l’organisation, est aujourd’hui un geste banal dans le monde du travail.

L’appellation latine n’a pas suivi le mouvement, sans doute parce que le phénomène est très diffus et peu conscientisé. L’expression populaire la plus proche est « prendre sous son bonnet », renvoyant à un accessoire vestimentaire largement utilisé (« prendre sous sa calotte » n’est d’ailleurs pas attesté), particulièrement  en ce mois de février très frais. Nota bene : pour l’été, ou pour les nageurs endurcis, le bonnet de bain marche aussi.

La comparaison des deux expressions doit cependant tenir compte de deux différences notables : d’une part, le « sous-son-bonnet » dépasse le cadre de l’établissement d’un courrier ; d’autre part, il traduit une appréciation extérieure : « À mon avis, il a pris ça sous son bonnet » et non une revendication : « Je prends sous mon bonnet de vous dire ».

Il n’en reste pas moins vrai que la pratique, même collectivement inconsciente, d’envoyer des mails motu proprio se généralise. Les motu proprio sont légion dans l’entreprise numérique et ce n’est pas sans conséquence.

Un technicien écrit au client : « Je n’ai plus de produit A mais on va vous mettre du produit B qui est très bien aussi », sans se demander s’il est fondé à prendre cette décision.

Un gestionnaire écrit au fournisseur : « OK pour votre devis modificatif » sans avoir de délégation de signature pour le faire.

Un stagiaire écrit à l’administré : « Oui, vous avez droit à cette aide publique », parce qu’il est gentil (le stagiaire, l’administré, ou les deux) sans passer par celui ou celle qui a le pouvoir d’engager la dépense, sans prendre la mesure de son geste. Etc.

Il serait plus juste qu’ils écrivent : « Au vu de la situation, motu proprio, je dis ça » ou « « Au vu de la situation, je prends sous mon bonnet de dire ça », afin de marquer clairement les responsabilités de chacun et éviter certains déboires contentieux.

Mais non ! Les outils sont là qui poussent à l’action, à l’activisme : les mails fusent comme des flèches, on bombarde et on est bombardé de mails tirés trop vite et qui créent de fait une obligation pour l’entreprise ou un droit pour le destinataire. Et finalement on se retrouve avec un boulet…

La messagerie électronique serait-elle une nouvelle forme du « droit canon » ?

> Publié dans : ADN (Analyse du Document Numérique), Vocabulaire archivistique
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Pseudo

Je me pose régulièrement (pas tous les matins mais presque) la double question suivante :

si Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (évêque constitutionnel, ministre des Relations extérieures de Napoléon et ministre des affaires étrangères de Louis XVIII) vivait aujourd’hui, serait-il présent sur les réseaux sociaux ?

si oui, aurait-il un pseudo ?

Pourquoi ? Parce que, comme le montre notamment la passionnante biographie que lui a consacrée Jean Orieux, Talleyrand est un maître incontesté dans l’art de ne pas laisser de traces des actes qu’on ne veut pas voir révélés, ni aujourd’hui ni demain. Mieux (ou pire selon les points de vue) Talleyrand en a délibérément laissé d’autres, ses Mémoires, qui prennent quelques libertés vis-à-vis de la vérité historique…

Il fallait déjà beaucoup d’habileté pour supprimer des traces il y a deux siècles (les archives finissent toujours par parler à celui qui sait les interroger). Alors, dans le monde des réseaux numériques, la difficulté est décuplée, centuplée…

Heureusement, le pseudo est là !

TotoVengeur, Alibaba, Petitechose, Fantomas, Nounours, Qui-Dame, etc. Les pseudos fleurissent et libèrent la parole, désinhibent ceux qui n’oseraient pas s’exprimer sous leur vraie identité. Mais finalement, les arguments des défenseurs du pseudo sont-ils plus recevables que ceux des grands réseaux sociaux qui veulent les interdire ?

Il est curieux que la Commission nationale Informatique et Libertés (CNIL) incite  les ados français à utiliser un pseudo sur les réseaux sociaux, même en faisant attention. Est-ce bien raisonnable ?

Le pseudo protège…  jusqu’au jour où le jeune internaute, ne sachant plus bien qui il est, devient schizophrène (ce sera pris en charge par la Sécurité sociale puisque c’est une recommandation des autorités mais, vu le nombre de candidats potentiels, le « Trou » risque de s’élargir encore) ; … jusqu’au jour où l’intéressé se e-coupera, c’est-à-dire s’emmêlera les e-pinceaux et donnera par inadvertance les clés de son identité avec accès à son passé pseudo-protégé (n’est pas Talleyrand qui veut) ; … jusqu’au jour où un ou une ex-ami(e) se vengera en dévoilant le lien pseudo-identité réelle comme cela s’est déjà vu ; … jusqu’au jour où les logiciels de reconnaissance d’image identifieront un individu sans avoir besoin de passer par son nom, vrai ou inventé…

Il y aurait bien une solution pour résoudre le problème. Ce serait d’instituer un e-carnaval (c’est la saison).

Un e-carnaval mondial (incluant Rio et Venise évidemment) où, pendant 24 heures, tous les fêtards prendraient un pseudo (personnages politiques, people, animaux miaulant ou aboyant, créatures imaginaires, etc.) et pourraient dire n’importe quoi sur n’importe qui, sans réserve, sans souci d’orthographe, sans faire l’effort d’une expression claire (le but ne serait pas tant d’être compris que de s’exprimer), sans assumer ses propos au-delà du jour de fête, en toute impunité et en toute sécurité  car toutes les données seraient irréversiblement détruites le lendemain, avec la garantie du gouvernement. Ce serait un e-défouloir salutaire, dans la grande tradition du carnaval.

Les pouvoirs publics ont décidément bien peu d’imagination…

Signé : Tal Herrande

> Publié dans : RSS (Regard Sur la Société)
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Numéro

À l’heure du numérique, pourrions-nous être autre chose qu’une suite de numéros ?

Au Moyen Âge, les paysans, comme les rois, n’avaient qu’un prénom, avec parfois un surnom et/ou numéro d’ordre pour distinguer les homonymes : Justin du Bois, Henri II, Philippe IV le Bel, etc.

On numérote tout : les hommes, les lieux, les choses. On numérote pour faciliter le classement, ou plutôt l’ordonnancement dans une série que l’on doit gérer. Après, certains numéros sortent du lot, acquièrent la célébrité, laissant leurs copains d’avant (et d’après) sombrer dans l’oubli :

Numéro 5 de Chanel

Numéro 6 (Le prisonnier)

Agent 007

Vol 714 (pour Sydney)

Suite Sofitel numéro 2806 …

Donc, nous vivons une époque formidable où notre identité est largement constituée par une suite de numéros, des numéros qui sont plus que des numéros, des numéros qui sont des identifiants :

A – identité numérique pérenne de citoyen et d’administré :

numéro de sécurité sociale

numéro de carte nationale d’identité, de passeport

numéro d’allocataire, numéro fiscal

numéro matricule de ci ou de ça

B – identité numérique engageante des biens majeurs que nous possédons :

numéros de compte(s) bancaire(s) et carte(s) de crédit, numéro IBAN

numéro de téléphone, de box, d’IP (adresse Internet Protocol), numéro IMEI, numéro RIO

numéro cadastral de la maison ou du jardin

numéro d’immatriculation de la voiture, de la moto ou du bateau, numéro de carte grise, de permis ou de licence, etc.

C – identité éphémère de nos actions :

numéro de réservation d’un titre de transport

numéro client ou numéro de commande, numéro de réclamation

numéro de facture, numéro de dossier

numéro d’attente au service SAV de la FNAC ou ailleurs (« Numéro 17 : guichet H ! Dernier appel ! »), etc.

Pas étonnant que la loterie nationale se porte mieux que jamais !

Nous existons au travers de tant de numéros que nous sommes incapables de les retenir tous (personnellement, je ne connais par cœur que mon numéro de sécurité sociale – 2171363588051 – car je préfère remplir ma mémoire d’autres choses) voire de les connaître. Rassurons-nous, d’autres les écrivent pour nous. Nous sommes tracés, tracés du matin au soir, tracés du début à la fin…

La suite au prochain numéro.

> Publié dans : Tendances du siècle
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Terminus a quo

Le point de départ. Starting point. Mot à mot en latin : le terme à partir duquel… ». Autrement dit encore, la limite inférieure d’un intervalle, par opposition à la borne supérieure de l’intervalle, le terminus ad quem.

D’accord. Mais le point de départ de quel intervalle, de quelle période, de quelle tranche ? Le point de départ de quoi ?

D’une période historique (ex : le Moyen Âge ou la Révolution française) ? D’un corpus de documents ? D’une affaire ? D’un dossier ? D’un dossier d’affaire ?

On peut lire dans le Wiktionary en ligne : « Le terminus ad quem et le terminus a quo sont des notions très importantes pour les historiens, mais aussi pour les policiers ».

Ce devrait donc être également une notion très importante pour les archivistes qui organisent les sources des historiens et qui sont amenés à archiver les traces des activités qui intéressent potentiellement les policiers, du moins pour les institutions et les entreprises.

Mais la notion n’est pas si familière. La preuve en est que terminus a quo ne figure, sauf erreur de ma part, dans aucun glossaire archivistique. La notion la plus proche est « dates extrêmes », un prix de gros en quelque sorte pour le terminus a quo et le terminus ad quem (deux en un). Extrêmes… Archiver, c’est du sport, certes, mais l’archivistique ne fait pas partie des sports de l’extrême (pas encore) et les archivistes ne sont pas des extrémistes (sauf exception qui confirme la règle…).

Le problème est que cette notion fondamentale de qualification temporelle de l’information est définie selon les glossaires de manière floue sinon contradictoire. Dates extrêmes est défini tantôt par « Dates du document le plus ancien et du document le plus récent composant une unité de description », tantôt « Dates d’ouverture et de clôture d’un dossier ». Il n’est pas besoin d’avoir manipulé des milliers de dossiers pendant des dizaines d’années pour savoir que ce n’est pas la même chose.

Exemple : le directeur commercial de la société N. décide, au moment du lancement d’un nouveau produit, d’ouvrir un dossier « réclamations ». Il prend une chemise cartonnée, écrit le titre « Réclamations produit P. » et la date du jour : 28 janvier 2013. Pendant six mois, pas d’incidents (tant mieux pour lui). La première plainte, datée du 15 juin, arrive dans l’entreprise le 7 juillet, par suite de problèmes postaux indépendants de l’entreprise N., accompagné d’une note rédigée le 2 février à la suite d’un petit accident occasionné par le produit P mais qui n’avait pas été envoyée (pour d’autres raisons sans rapport avec l’affaire) mais qui est jointe au courrier de juin relatif au second incident.

Quel est le terminus a quo ? Le 28 janvier ? Le 2 février ? Le 15 juin ? Le 7 Juillet ?

On pourrait demander aussi quel est le point de départ d’un camion transportant des voitures ? Le garage du camion ? L’usine d’où sortent les voitures neuves ? Le parc où elles étaient stockées précédemment ?…

Et maintenant, exercice : enlevez la chemise (celle du dossier, pas celle du camionneur !) et traduisez l’anecdote en numérique !

> Publié dans : Vocabulaire archivistique
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Chrono

Vous pensez immédiatement au chronomètre et au « top-chrono » qui va lancer votre footing, après quoi, vous jouerez peut-être au Chrono Trigger sur votre console, non sans avoir préalablement commandé une côte de bœuf chez Chrono viande (livraison à domicile en 72h) ou appelé Chrono Pizza (plus rapide) Vous n’y êtes pas.

Sans rechercher les temps disparus, sans vouloir mesurer le temps, le raccourcir, le gagner ou le perdre, je veux simplement évoquer ici le vrai bon vieux chrono, c’est-à-dire la collection chronologique de correspondance (courriers émis et parfois courriers reçus) d’une institution ou d’une personnalité. Mais…

C’est là un instrument
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître.
La boîte en ce temps-là,
Dans le secrétariat,
Classait toutes les lettres.
Et si l’humble classeur
Tenu avec rigueur
Ne payait pas de mine,
C’est là qu’on retrouvait
Les courriers sans délai,
C’était cool, c’était clean.
Bon système, sans problème…

La forme du chrono a évolué au gré de l’évolution des techniques d’écriture : d’abord des registres ou cahiers de copie-lettres à l’époque de la correspondance manuscrite (il en existe de magnifiques pour le début du XXe siècle), auxquels ont succédé les fragiles peluriers regroupant les copies carbone sur papier pelure des courriers tapés à la machine, puis les simples « chronos » constitués de photocopies mais parfois également d’originaux.

Le chrono est  un aide-mémoire de proximité mais c’est aussi et surtout la trace concise d’une activité, avec un ratio densité d’information/volume particulièrement  intéressant, à la fois pour le dirigeant qui arrive et a l’intelligence de sonder le passé, et pour l’historien.

C’était avant que :

  • l’emballement de la circulation du papier ne rende les chronos obèses de copies sans intérêts, de courriers qui ne veulent rien dire, de publicités impertinentes…, jusqu’à éclater ;
  • la bureautique qui clignote n’envahisse tout et ne ringardise le chrono sans que le nécessaire désordre induit par la technologie soit compensé par de nouvelles pratiques de maîtrise du temps ;
  • la plupart des circulaires administratives relatives à la conservation des archives ne prescrivent sèchement la destruction après cinq ans des chronos de correspondance.

Combien de chronos de directeur général ou de chargés de mission, véritables chroniques, quintessence des activités, ont-ils été détruits sans état d’âme, au nom d’une réglementation délétère appliquée sans discernement ?

Combien de chronos de directeur général ou de chargés de mission sont-ils mort-nés, éparpillés dans des dossiers d’affaires, émiettés dans des mails éphémères ?

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Ergo

Cogito, ergo sum. Je pense, donc je suis. Le fait même de m’interroger sur mon existence prouve que j’existe.

La sentence de René Descartes est universelle, sous sa forme latine, même si elle a d’abord été écrite en français en 1637. Elle illustre les fondements d’une nouvelle philosophie où la connaissance n’est plus un héritage immuable du passé, mais se construit au travers d’une interrogation méthodique, via une analyse rationnelle, par la déduction des faits observés.

La préposition latine ergo, généralement traduite en français par donc et en anglais par therefore, signifie « par conséquent » et met en relation deux éléments qui sont le premier la cause, le second le résultat. C’est un outil pour dérouler une réflexion et conduire à une conclusion.

Le Cogito de Descartes a suscité quelques variantes intéressantes, par modification du premier terme, notamment : video ergo sum, ludo ergo sum, scribo ergo sum et même hackito ergo sum ; mais aussi par modification du second terme : cogito ergo scribo, cogito ergo bloggito

Cogito, ergo archivo. Je pense, donc j’archive. C’est le titre d’un livre écrit bien plus tard que le Discours de la méthode par un auteur beaucoup moins connu que Descartes mais écrit au même âge, tiens tiens… (voir des extraits). À dire vrai, il aurait aussi bien pu s’intituler Archivo, ergo sum (pour un second tome, peut-être…).

Le ton enjoué de l’ouvrage masque, à tort, son sérieux sur le fond. L’argument est que les archives ne sont pas une substance prédéfinie ou une accumulation mécanique irréfléchie mais une connaissance construite par les humains. Le message est que le geste d’archiver est le résultat d’une réflexion : ce document que je viens de recevoir ou que je viens d’envoyer engage ma responsabilité (ou celle de mon entreprise, de mon institution) dans le temps ; ergo sa disparition présenterait le risque de me priver d’une preuve ou d’un savoir unique, ce qui serait dommageable voire très dommageable ; ergo, je dois l’archiver. En conséquence, on n’archive pas n’importe quoi  mais bien ce qui le mérite, après réflexion.

Le seul usage de la conjonction adverbiale ne suffit pas cependant à garantir la qualité du raisonnement ; les sophismes sont faciles et on peut « ergoter » sans raison, par exemple avec le schéma cum hoc ergo propter hoc qui conclut de la coïncidence de deux événements un rapport de causalité gratuit et erroné :

  • le soleil se lève quand je chante, ergo j’ai le pouvoir par mon chant de faire lever le soleil ;
  • le Monsieur est sorti de la boutique au moment où j’y entrais, ergo je l’ai fait fuir ;
  • j’ai reçu un courrier avec la signature du président de la République, ergo il me connaît personnellement ;
  • mon prédécesseur était un imbécile, ergo je peux jeter ses dossiers…

Ergo, il faut militer, notamment dans l’entreprise, pour une plus grande réflexion des humains face à la valeur de l’information et des documents.

C’est bien ce qu’on appelle l’ergothérapie, non ?…

> Publié dans : PMU (Pratiques, Méthodes, Usages)
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Kilo

Je vous souhaite pour 2013 de très nombreux kilos !

D’abord un kilomètre. Pas un kilomètre linéaire d’archives papier, c’est trop peu tendance et bien trop encombrant, même avec des rayonnages mobiles qui font économiser 90% de la place de stockage car ils présentent le danger d’écraser par mégarde un chat assurément perdu ou un collègue potentiellement égaré en actionnant trop vite la manivelle. Non, je vous souhaite un kilomètre à pied, chaque matin, au moins pendant le mois de janvier, pour éliminer les kilocalories excédentaires causés par les bombances de fin d’année, graisses et sucres confondus. Le kilomètre à pied est à renouveler midi et soir si possible (viquendes compris).

Ensuite, à une époque où tout est atomisé, un kilodalton pour vous vous permettre de mesurer la masse des éléments. Une variante consiste à vous souhaiter l’acquisition de deux cent cinquante albums de Lucky Luke (250 x 4 Daltons=1000) ce qui réjouira les amateurs de bandes dessinées. À première vue, rassembler 250 albums différents n’est pas facile mais avec trente titres, les éditions originales et les rééditions, les traductions dans des dizaines de langues, sans parler des ex-libris et des exemplaires dédicacés achetés en salle des ventes, c’est tout à fait jouable. Tagada !

Plus un kilo de plumes pour ceux qui écrivent ou qui affectionnent les édredons (les deux n’ayant rien d’incompatible) et un kilo de plomb pour les alchimistes.

Quant au kiloparsec, mesure de longueur astronomique (dans les mille, c’est vite astronomique) pendant laquelle la moitié de l’énergie initiale de l’élément est perdue, une occurrence d’une fois par siècle suffira : avoir à cent vingt ans moitié moins d’énergie (seulement) qu’à vingt semble un bon objectif.

J’avais bien pensé au kilowatt mais je préfère le transformer en kilo-what ? car il est bon de se poser des questions, des milliers de questions, sur des milliers de choses, la curiosité étant, avec la sérendipité, une vertu essentielle (pardonnez-moi si je me répète).

Je n’oublie pas le kilopascal. Le kilopascal, qui doit son nom au philosophe-mathématicien, mesure la pression ambiante, laquelle ne faiblira sans doute pas en 2013, notamment la pression du tsunami numérique qui pèse notre espace vital (bips, zips, pubs, flashs, pop-ups et autres spams) : qu’elle reste donc cantonnée à 10 g par centimètre carré. Nota bene : ne pas confondre le kilopascal avec un millier de billets de cinq cents francs sur lesquels figurait le même Blaise Pascal (comme quoi la pression et la finance sont liées…) mais depuis le remplacement des francs par les euros, le risque de confusion est faible. Tant pis.

Dans la foulée, je vous souhaite, à chacun et chacune, un kilooctet de mémoire véritable toutes les secondes. À ce rythme, vous accumulerez, si mes comptes sont bons, un peu plus de 30 gigaoctets dans l’année, ce qui est amplement suffisant pour stocker les documents numériques importants et que vous aurez donc choisi d’archiver durablement.

Et si vous avez eu la patience de lire jusqu’au bout, il ne me reste plus qu’à vous dire : « Mille mercis ! ».

> Publié dans : Objectifs louables
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