Instance

Du point de vue judiciaire, l’instance est en général première ou grande (à noter cependant que les grandes premières peuvent aussi avoir lieu à la cour de cassation ou dans des tribunaux d’exception).

Au pluriel, les instances sont géographiques (municipales, régionales, nationales, européennes – avec ou sans la Grande-Bretagne), thématiques (judiciaires, académiques, consulaires, hospitalières) ou liées à un degré de pouvoir (gouvernementales, représentatives, paritaires, consultatives).

L’étymologie d’instance n’est pas évidente. Le mot est pourtant très simple de construction : un préfixe, in, qui signifie « entrer » (avec mouvement) ou « à l’intérieur » (une fois qu’on est entré) ; une racine verbale, sto, qui veut dire « être là », « se tenir debout » ; et un suffixe, ance, pour indiquer le fait ou l’action de quelque chose. L’instance, c’est donc d’abord le fait de se tenir à l’entrée de ou dans quelque chose. Le mot est finalement très visuel : on imagine bien un solliciteur, c’est-à-dire une personne qui présente une requête (une instance), entrer dans la pièce où se tient l’autorité qui a le pouvoir d’y répondre ; on voit l’intéressé glisser son pied dans l’entrebâillement de la porte pour prier instamment qu’on l’écoute. Le solliciteur, paradoxalement, fait le siège de l’autorité tout en restant debout… L’autorité, elle, siège (les fauteuils sont généralement assez confortables) ce qui fait qu’elle est en général moins pressée que les demandeurs. Il y a pourtant dans la notion d’instance une connotation d’imminence (on ne va pas rester le pied coincé dans la porte pendant des lustres : c’est oui, ou c’est non, mais décidez-vous !).

Et les documents dans tout ça ? (aurait-dit le regretté Jacques Chancel)

Eh bien, il y a deux cas de figure : le document en instance et l’instance de document.

Le document en instance est un phénomène assez connu. Le document (une requête, une réclamation, un projet de décision, etc.) est là qui attend que le chef le valide et y appose sa signature. Les demandes doivent être instruites et les réponses doivent être validées, c’est normal. Ces types de documents doivent donc faire antichambre avant de passer à l’étape suivante de leur vie administrative. Cette situation est quotidienne. Le problème est quand l’imminence s’érode et que le document en instance devient un document en souffrance

L’instance de document n’est connue que de quelques spécialistes de l’information et c’est bien dommage. Le mot instance est là un anglicisme utilisé notamment dans l’activité informatique appelée « programmation orientée objet » ou POO : on crée des classes d’objets informatiques  (on pourrait dire types d’objets, ou modèles, au lieu de classe) ; chaque objet créé portant les caractéristiques de la classe est une instance, c’est-à-dire un exemple d’objet dans cette classe. De là, le verbe instancier pour désigner l’action de créer un exemple, un objet particulier, à partir du modèle.

Cette notion se retrouve dans la gestion de la qualité des documents en entreprise où l’on distingue le modèle de document et sa déclinaison dans telle situation, par exemple : un modèle de rapport de test en entreprise et chacun des rapports créés selon ce modèle par tel ingénieur dans tel atelier tel jour, autrement dit chacun des « enregistrements » (ou « records ») lié à un modèle de « document » pour reprendre le langage des qualiticiens.

Ce qui m’étonne sur ce sujet, c’est que la langue française n’ait pas un mot courant pour décrire cette réalité quotidienne d’un document particulier créé à partir d’un modèle (document qualité, imprimé CERFA, modèle  de document bureautique, etc.). Cette lacune donne lieu à des quiproquos récurrents quand on ne sait pas, au sujet d’un nom de document (rapport de test, attestation, relevé…), si on parle du type de document en général ou d’un document en particulier. Le mot instance n’est pas plus mauvais qu’un autre pour désigner le document particulier. Et il n’a pas beaucoup de concurrents.

J’ai parfois des doutes sur la qualité du vocabulaire professionnel, en l’occurrence pour mon domaine professionnel (encombré par ailleurs de mots insignifiants ou trompeurs)… J’ai donc en proportion des envies de le préciser.

 

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Souffrance

La souffrance au travail.

Vue par les documents.

Tenez, cette lettre en souffrance depuis des mois ; elle peut témoigner.

Oh, il ne s’agit pas de souffrance physique. Je suis allongée sur ce bureau à longueur de journée et de nuitée; ce n’est pas inconfortable. Personne ne me dérange, en dehors de la femme de ménage le soir qui me pousse délicatement dans un autre coin du bureau avant de me ramener dans mon coin initial. Elle ne me dérange pas d’ailleurs, c’est même la seule attention dont je bénéficie de la part d’autrui. À croire qu’il n’y a pas de responsable dans ce bureau. Pourtant, je les entends arriver le matin, en rigolant des inepties qu’ils ont vues à la télé la veille ou en échangeant leur plan pour le prochain viquende. Mais sur le fond des choses, sur le travail, sur la documentation à étudier, sur les contacts à établir, sur les informations à transmettre, sur les réponses à faire aux clients ou aux administrés qui attendent douloureusement une décision, rien. Voyez mon cas : je suis un projet de lettre d’agrément pour une association ; voilà des jours et des jours que j’ai été rédigée par une personne compétente et attentionnée de ce service. Mon message est positif. Il respecte l’esprit de la procédure sans en respecter la lettre car le texte date du siècle précédent et est obsolète dans le contexte actuel. C’est sans compter sur le petit chef qui a le pouvoir de signature. Celui-ci, sans doute pour compenser son incompétence, se raidit sur la lettre de la loi et est incapable de faire preuve d’esprit (de synthèse ou d’initiative). Si je me trouve sous son nez, il me saisit d’une main moite et me remet sous la pile. Alors, comme mon destinataire, j’attends, j’attends. Et je souffre, je souffre.

Et voici un dossier entier, en souffrance depuis des semaines lui aussi. Là, c’est une souffrance collective. Toute l’équipe de documents souffre à sa manière :

-       On nous a abandonné au milieu du gué, dit la lettre de demande. Voilà si longtemps qu’on nous a fait venir ici et rien ne se décide. Nous sommes des laissés pour compte.

-       Tu veux dire qu’on nous a abandonnés au milieu de nulle part, poursuit le rapport d’enquête. Nous avons bossé pour résoudre ce problème et puis on nous plante là, sans savoir si on allait dans la bonne direction ou pas, sans savoir si la situation a évolué et, le pire, sans savoir pourquoi personne ne décide ni ne fait rien.

-       Ouais, soupire le projet de décision, c’est comme si on n’existait pas. C’est dur….

-       J’ai entendu parler d’un projet pour le service, renchérit le compte rendu de réunion. Il paraît qu’ils vont tous nous passer dans un scanner puis nous mettre dans un centre spécialisé.

-       Je crains le pire, s’exclame l’avis reçu de l’expert. J’ai déjà vu un truc comme ça. Ça s’appelait CherPouin. On est tous parqués dans des espaces aux allures attractives, avec des haut-parleurs qui diffusent des messages de bien-être : « Vous êtes tous merveilleux, nous sommes tous amis, nous travaillons tous ensemble pour le bonheur de tous… ». Et au final, on est bloqué là-dedans ; on ne s’occupe pas plus de nous et on est encore plus isolés.

Chers amis, dit la note de synthèse, ne vous découragez pas ; évacuez cette souffrance. Ne restez pas plantés là à vous lamenter. Ignorez le mépris des autres et agissez ! Il y a une réponse à faire à ces gens qui vous étouffent. Et de déclamer, un peu théâtral :

-       Souffrez, Monsieur le Chef, qu’on fasse fi de vous !

 

 

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Microsoft rachète Linkedin : ça vous étonne ou ça vous dérange ?

Ou les deux ?

Depuis l’annonce de ce rachat il y a quelques jours, les commentaires vont bon train (ce train-là n’est pas en grève…).

Des craintes se font jour : le risque d’une monétisation encore plus grandes des données des membres du réseau, le constat d’une encore plus grande concentration des gros bonnets du net face à la petite Europe, la sensation désagréable d’être « cambriolé », comme l’écrit Nicholas Dumayne dans un post… sur Linkedin qui a reçu plusieurs commentaires dont le mien qui dit ceci :

Il ne faut pas être naïf. Tout ceci était prévisible, non ? Même pas besoin d’un algorithme prédictif pour le savoir…

Le savoir-faire des GAFA (GAFALM…) et de l’idéologie transhumaniste est d’amener les gens à déposer VOLONTAIREMENT leurs données sur la place publique, avant qu’ils aient conscience d’avoir fait une connerie. La sagesse des internautes serait de ne pas écouter ces sirènes et d’adopter un comportement un peu plus responsable en évaluant la conséquence de leur gestes et de leurs écrits.

Il ne s’agit pas de se taire ou de rejeter les réseaux sociaux mais d’être présent et actif à l’intérieur du réseau pour défendre les principes et valeurs auxquelles on croit.

Personnellement, je suis assez peu dérangée par la publicité intrusive, bien moins qu’il y a quelques mois ou années, car j’ai pris quelques mesures spécifiques pour cela. Et, paradoxalement, je fais plus attention à ce que j’écris sur Linkedin qu’à ce que je peux écrire dans un livre imprimé.

Je suis utilisatrice au quotidien de Microsoft et de Linkedin (choix du moins mauvais pour ce que j’en fais). Je n’ai pas que des motifs de satisfaction à leur encontre mais pas plus qu’à l’égard d’un organe de presse, d’un assureur, d’un fabricant de pâtes ou de la SNCF. Le point le plus préoccupant est effectivement la concentration des acteurs qui tend vers le monopole, avec le fait de ne pas pouvoir changer de fournisseur…

On peut toujours espérer que les gouvernements veilleront à mieux encadrer juridiquement l’utilisation des données. Mais il faut surtout changer de comportement. Aide-toi, le Ciel t’aidera. Il ne faut pas être naïf.

 

 

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Flagrance

De fragrance à flagrance, il n’y a qu’un pas. Seule une lettre diffère, le r remplacé par un l (ces deux lettres que la langue nipponne ne distingue quasiment pas, de sorte que je prie les internautes japonais qui me lisent, if any, de bien vouloir m’excuser de ces subtilités).

Il y a cependant deux notions bien distinctes, celle de l’odorat (fragrance) et celle de la brûlure (voir le maléfice de flagrance dans Harry Potter).

Quoi qu’il en soit, le mot flagrance m’est très sympathique, plus euphonique que l’expression de flagrant délit dont il est synonyme, courante dans les services de police et chez les détectives privés chasseurs d’adultère. La flagrance est aussi une notion de l’administration sociale et fiscale.

Personnellement, j’aime lire et relire l’article L169 du livre de procédure fiscale (un de mes codes de lois préférés) : « Le droit de reprise de l’administration s’exerce jusqu’à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l’imposition est due, lorsque l’administration a dressé un procès-verbal de flagrance fiscale dans les conditions prévues à l’article L. 16-0 BA, au titre d’une année postérieure ».

On pourrait penser que cet article de code ne concerne que les fraudeurs qui, s’ils sont assurément trop nombreux, restent une minorité par rapport aux contribuables. Mais non ; les non-fraudeurs sont aussi concernés dans le sens où l’administration se réserve la possibilité d’un contrôle rétroactif. C’est là une menace pour tous car il ne suffit plus aujourd’hui, quand on est honnête, de prouver ce qu’on a fait mais aussi et surtout ce qu’on n’a pas fait. Cela requiert de conserver, de manière systématique, beaucoup plus de traces que les simples enregistrements des décisions (la vérité est une, le mensonge est multiple). Imaginons que vous n’avez jamais fraudé mais que, au bout de sept ou huit ans, un de vos collaborateurs ou un tiers maquille les comptes dans votre système ; l’administration qui constate la fraude ne sait pas a priori qui a mal agi et elle se donne le droit de remonter dix ans en arrière dans vos archives. Si les archives sont détruites, elles ne seront pas en mesure de dire qu’elles étaient sans tache.

Pour les malhonnêtes, l’administration a inventé depuis quelques années la procédure d’enquête de flagrance pour coincer les sociétés éphémères créées uniquement pour la fraude et dissoutes juste après. Quand le contrôleur fiscal soupçonne une entreprise de fraude aux cotisations sociales ou à la TVA, il peut dresser (quel verbe magnifique !) un procès-verbal de flagrance, une sorte de petit drapeau (flag) planté au milieu du champ de fraude.

Un procès-verbal de flagrance fiscale… Je trouve l’expression coulante, douce, poétique, sentiment qui n’est sans doute pas partagé par les protagonistes de la flagrance. Encore que…

Pour le responsable légal de l’entreprise, ça chauffe ! Il est vraisemblable que l’enquête de flagrance dégage pour lui une fragrance de cramé. Il est pris en quelque sorte dans le feu de son action de tromperie. Son baratin en défense, le contrôleur ne l’a pas cru. Autrement dit, le type est cuit. Une vraie déflagration morale dans l’entreprise. C’est ça, la flagrance.

Mais pour le fonctionnaire, le procès-verbal de flagrance est comme un exploit (comme un exploit d’huissier). Il concrétise l’application de la procédure ; il trace les faits au plus près de leur survenance (travail illégal, commerce sans TVA, activité illicite, fausses factures, etc.). D’autant plus que les possibilités d’investigation que procurent les technologies actuelles font du numérique un complice de la flagrance fiscale. N’est-ce pas magnifique et jouissif ?

Pour le responsable de l’archivage et de la conservation, c’est toujours agréable de gérer des documents aux noms évocateurs (surtout que l’administration conserve l’original, le contrôlé n’ayant qu’une copie via notification). Mon seul regret est de n’avoir jamais vu ni archivé un procès-verbal de flagrance. Un jour peut-être…

 

 

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L’archivobésité, une question passionnante

La CGT a un mérite : faire parler des archives nationales dans la grande presse.

La récente chronique de Michel Guerrin dans Le Monde commente l’accusation de « fossoyeuse des archives » lancée par la CGT à la (nouvelle) ministre de la Culture. La guéguerre entre le syndicat et les politiques (policitiens-ciennes) est récurrente et stérile. La responsabilité du fossoyage, si fossoyage il y a (l’argumentation est archivistiquement un peu légère), est vraisemblablement répartie chez l’ensemble des protagonistes. Le sujet est assez affligeant et, je le crains, sans issue.

Mais, vers la fin de sa chronique, Michel Guerrin s’intéresse au trop plein des archives nationales : « Cette affaire pose une autre question. L’État ne conserve-t-il pas trop de documents ? Les chiffres sont édifiants. Les 14 premiers siècles d’archives, qui vont jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, représentent 20 kilomètres de documents » écrit le rédacteur en chef du Monde. On atteint aujourd’hui les 800 kilomètres linéaires…

C’est la vraie question. Cette « archivobésité » est un sujet passionnant, celui dont il faudrait débattre. Avec mon expérience de plus de trente ans dans le monde des archives et de l’archivage – dont la moitié dans le secteur public – j’ai acquis la conviction qu’on pourrait détruire 30 à 50% des stocks des archives nationales, soit 250 à 400 kml, sans grand dommage pour l’histoire, et que, par ailleurs, il manque un certain nombre de fonds qui n’ont jamais été collectés (plusieurs kilomètres, voire dizaines de kilomètres). Est-ce exagéré ? Peut-être. Peut-être pas. Il faudrait cartographier plus précisément ces 800 km, en tenant compte de la nature des documents, de la thématique, de la période, mais aussi de la fréquence de consultation (sachant qu’une bonne partie est soumise à un délai de communicabilité au public de 50 ou 100 ans). Il n’est pas irréaliste d’envisager cette cartographie par « grain » de 100 mètres linéaires. J’avais proposé de le faire il y a plus de vingt ans mais le projet n’a eu de suite.

Quelle est la politique archivistique du gouvernement ? Je ne la trouve ni clairement exprimée sur un site officiel ni débattue dans les forums… La réglementation récente laisse sur sa faim, entre la lubie du tout archive (au terme de la loi du 20 février 2015, le moindre fichier serait « trésor national ») et des textes qui s’intéressent le plus souvent à la logistique, à la statistique ou aux supports numériques (le support semble l’emporter sur la valeur du contenu).

Veut-on tout conserver ? Cela défie le sens commun. Alors, quels sont les critères de constitution des archives publiques ? En quelques décennies, le contexte de production et de diffusion de l’information écrite ou enregistrée a radicalement changé : volumes exponentiels, diversification des producteurs, interdisciplinarité, etc. Comment gère-t-on la redondance, énorme, entre toutes les sources d’information ? Quelle proportion entre la production documentaire de l’administration et celles des autres acteurs de la vie nationale (et internationale) ? Quelle articulation entre l’institution des Archives et d’autres institutions patrimoniales comme les Bibliothèques et les Musées ou les établissements dotés de moyens techniques spécifiques tel que l’INA pour l’audiovisuel ?

Tant sur le plan financier (ce sont nos impôts qui financent les archives publiques) que sur le plan mémoriel (les archives, depuis la Révolution française appartiennent à la Nation, les minutes notariales si chères aux généalogistes depuis 1979 seulement), cet enjeu mériterait un débat public, pas seulement d’experts mais avec un peu de pédagogie car je lis quelques inexactitudes dans les commentaires des internautes à l’article de Michel Guérin.

En effet, tout un chacun est concerné par le devenir des traces engageantes ou mémorables de l’activité humaine : actes officiels, décisions, contrats, jugements, correspondance, dossiers techniques, documentation administrative, pétitions, rapports de police, etc. qui sont depuis des siècles à l’origine des archives, quels que soient les supports d’écriture ou d’enregistrement utilisés. Quelle est la représentativité des documents d’aujourd’hui pour demain ? Lesquels auront du sens pour étayer l’histoire de la nation française et des personnes (physiques ou morales) qui ont croisé son territoire et son administration ? En répondant à la question, on se trompera forcément car il est difficile de prédire l’avenir. Ce n’est pas une raison pour ne pas s’adonner à l’exercice, s’enrichir de l’analyse du passé et du présent, et la partager.

Voir les commentaires au billet : https://www.linkedin.com/pulse/larchivobésité-une-question-passionnante-marie-anne-chabin

 

 

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Fragrance

Fragrance est un mot plus littéraire pour dire parfum, senteur, en français et aussi en anglais. L’étymologie lointaine est la même que celle de flair.

La fragrance est plutôt agréable, subtile… C’est, pour moi, les œillets, les freesias et les pois de senteur dans le jardin de mon grand-père ; ou les petits sablés confectionnés avec la peau de lait de la ferme quand ils sortaient du four de la cuisine familiale ; ou encore quelques produits de beauté dont la production, elle aussi, a cessé.

Le caractère immatériel et fugace d’une fragrance la rend difficile à décrire. Les experts de la fragrance que sont les nez disposent d’un vocabulaire technique pour décrire les différents facettes des parfums, un peu comme peuvent le faire les œnologues pour l’arôme du vin. Ordinairement, on procède avec des images, des rapprochements avec d’autres odeurs plus communes mais pour que la description soit un peu précise, il faut pour cela partager la même culture : les fragrances de beurre de yak ou de fleur de colza ne parlent pas à tout le monde.

Il y a cependant des parfums plus faciles à définir parce qu’ils ont une composante chimique qu’il est possible d’analyser et de reproduire. On peut ainsi créer artificiellement un parfum qui rappelle une senteur naturelle, ce dont ne se privent pas les fabricants de produits ménagers, ad nauseam. D’après slate.fr, il est aujourd’hui possible d’acheter une bouteille de fragrance de vieux livres. La finalité peut être nostalgique (donner de la culture à un nouvel appartement trop neuf par exemple) ou une démarche de séduction (ce parfum, paraît-il, serait une arme redoutable pour séduire des bibliophiles du sexe opposé, ou pas du reste).

On parle depuis quelques années des odeurs numériques mais il s’agit plus de fabriquer des sensations olfactives dans un lieu public ou un commerce que de capturer telle fragrance dans son contexte. La combinaison des mots fragrance et digitale correspond encore essentiellement à ceci :

Car, et c’est un autre défaut de la fragrance, il n’est pas possible de l’archiver pour la sentir de nouveau plus tard. Ça, c’est vraiment ennuyeux. Car sans archive, il n’y a pas de preuve et peu de mémoire. Or, les senteurs peuvent influencer un geste bienveillant ou malveillant et devraient constituer des documents utiles pour la compréhension des faits. Force est de constater que les cinq sens ne sont pas sur un pied d’égalité en matière d’archivage. Je ne parle pas bien sûr de la fragrance des archives elles-mêmes, ni même de leur goût (Arlette Farge) mais des odeurs des choses du quotidien ou d’événements extraordinaires dont on voudrait garder la trace, à toutes fins utiles.

Pour ma part, je rêve de pouvoir utiliser mon smartphone pour enregistrer les fragrances comme on fait des photos, même en amateur. J’aimerais aussi visiter des expositions avec les « fichiers odeurs » de plusieurs sources sur une thématique ; il y aurait des précisions sur le contexte de la captation parfumée, la profondeur de champ, le cadrage, etc. Je m’imagine visitant des expos olfactives sur les fêtes à l’andouillette, les pins après la pluie, la chaleur à Hong-Kong, les huîtres…

Enregistrer les fragrances numériques, « il n’y a plus que ça que je voudrais voir avant de mourir ». C’est là une formule d’une de mes arrière-grands-mères, qu’elle déclina longtemps en de nombreuses occasions car elle vécut âgée.

 

 

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Accointance

Accointance est un vieux mot que sa forme anglaise, acquaintance, plus usitée, remet un peu au goût du jour.

Il s’agit, au pluriel, de certaines relations qu’entretiennent certaines personnes, pour leur profit ou leur intérêt. L’emploi du mot, en français, souligne volontiers le caractère officieux de la relation et traduit parfois, dans la bouche du locuteur, une condamnation moral de ces liens, coquins ou douteux (sans aller forcément jusqu’à la French connection).

La forme anglaise, quant à elle, n’a pas cette connotation et sa neutralité est plus conforme à l’étymologie latine du mot qui signifie simplement connaissance. Notons au passage que l’accointance n’a rien à voir avec le coin, même si on imagine aisément un lien entre certaines accointances et certains coins discrets… Toujours est-il que c’est cette connotation tendancieuse, malicieuse, subtile, qui fait le charme de l’accointance, tant dans la littérature française que dans la conversation.

L’usage réserve les accointances aux personnes mais pourquoi les documents – qui sont du reste créés par des personnes – n’en auraient-ils pas ?

En effet, il est manifeste que certains documents entretiennent des liens particuliers avec d’autres documents, pour leur intérêt et pour leur profit, que ce soit de manière officielle ou officieuse.

Les documents qui ont pour but d’attester ou de prouver quelque chose développent des accointances informationnelles, avec des actes, des registres, des dossiers, des listes, des plans, des images, etc. appartenant à d’autres lieux ou d’autres milieux.

Ces accointances se matérialisent par la présence dans le document de données telles que mentions d’enregistrement et références, capables de constituer une caution pour le document ainsi « accointé » :

  • tel acte de vente a ses entrées chez le notaire qui peut, le cas échéant, conforter ses dires et appuyer son action ;
  • tel rapport comporte des références uniques qui sont un sésame vers de nouvelles connaissances qu’on espère fructueuses ou du moins agréables.

Un document doté de nombreuses références peut donc renforcer son autorité ou son impact au moyen de ces relations qu’il fait jouer pour arriver à ses fins ou étendre son expérience. Cet « entredocument » (sur le modèle de l’entregent) est forcément un plus dans l’existence d’un document.

L’accointance écrite est une question de forme du document, d’indices que la personne qui rédige, qui valide ou qui gère le document intègre à celui-ci. Elle n’est pas liée au support. Cependant, les technologies numériques permettent d’immédiatiser ces connexions via un simple clic.

Ce qui me faisait dire, récemment, dans une conversation sur la preuve numérique, que la preuve réside en grande partie dans la capacité du document à activer ces liens extérieurs et que, en quelque sorte, le document probant est d’abord un objet connecté.

 

 

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Ignorance

L’ignorance, opposée à la connaissance, est volontiers stigmatisée. L’ignorant est passible du bonnet d’âne, exposé à la moquerie, marginalisé.

Le caractère négatif de l’ignorance vient soit d’un jugement extérieur, en relation avec un savoir de référence, soit d’une évaluation de conséquences dommageables pour l’intéressé du fait de ne pas savoir quelque chose. Mais le fait de savoir ou de ne pas savoir quelque chose n’est en soi ni bien ni mal.

Le maître peut dénoncer objectivement l’ignorance de l’élève qui ne connait pas la leçon qui figure dans le manuel scolaire mais, du point de vue de l’élève, l’ignorance n’est pas forcément négative. L’ignorance est négative quand le fait de ne pas savoir lire, écrire et compter conduit à échouer à un examen, ou bien à se faire rouler dans la farine par des escrocs. Elle ne l’est pas quand elle évite de se farcir la tête avec des mots et des chiffres qui ne procurent aucun plaisir et n’ont pas d’utilité concrète. L’ignorance peut même être positive quand le manuel scolaire est périmé ou que l’acquisition de connaissance se fait au détriment d’autre chose de plus important pour l’épanouissement des individus.

Les paysans du XVIe siècle ignoraient que la terre tourne mais savaient parfaitement à quel moment il fallait semer ou moissonner.

Le fait que la grande majorité des ressortissants des pays occidentaux ignorent la langue chinoise n’est pas un handicap à ce jour – pas plus qu’au XVIe siècle – mais cela pourrait changer.

Que trop de personnes ignorent les bases de l’hygiène et de la transmission de certaines maladies constitue un danger pour elles et pour la collectivité. Tout comme le fait d’ignorer les fondamentaux du code de la route.

L’ignorance des règles de la politesse d’un pays étranger peut provoquer plus de problèmes que l’ignorance des règles de grammaire.

L’ignorance des internautes qui, quand ils cliquent sur le bouton « je m’inscris » d’un réseau social, ne comprennent pas qu’ils s’engagent contractuellement, sur fond de droit californien, à céder leur données à l’entreprise qui possède le réseau, peut avoir des conséquences plus que désagréables (perte ou divulgation de données, temps perdu en réclamations).

Plus de quinze ans après la loi du 13 mars 2000, l’ignorance de la valeur légale de l’écrit sous forme électronique (qui caractérise un nombre toujours impressionnant de décideurs, dans l’administration comme dans le secteur privé) apporte encore de la confusion et des lourdeurs dans les organisations.

Le fait d’ignorer la date de naissance des enfants de Céline Dion est dramatique pour ses fans mais, pour les autres, c’est juste un peu moins de données dans un cerveau déjà très encombré.

On voit que le monde numérique modifie les relations entre les personnes et le savoir. Certes l’accès aux ressources en ligne permet de faire reculer l’ignorance des fondamentaux de tel ou tel domaine de connaissance, pour le bien être de tous mais les nouveaux fondamentaux numériques sont ignorés ! Dans le même temps, la la dictature de l’actualité et du buzz agit comme les algues sargasses qui étouffent le paysage et paralysent les activités humaines.

Le champ de la connaissance, scientifique ou people, politique ou culturelle, etc., apparaît aujourd’hui si vaste qu’il suggère un rééquilibre des relations entre savoir et ignorance.

La société connectée incite à redéfinir les bases de la connaissance utile au XXI siècle, à dénoncer la connaissance subie et à militer pour l’ignorance choisie!

À l’heure de la pollution numérique et de l’infobésité qu’elle exacerbe, l’ignorance est une vertu thérapeutique.

 

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Invariance

Parler d’invariance dans ce monde qui change en permanence, est-ce bien raisonnable ?

D’autant plus que la variance ne date pas d’hier : « Souvent femme varie » dit le proverbe (comme si l’homme ne variait pas et ne changeait pas d’idée comme de chemise…° ; le paysage que l’on regarde n’est jamais le même, de même que le mur de l’internaute sur Facebook ou Linkedin qui change à chaque minute.

C’est que l’invariance ne s’applique pas aux choses et aux gens, mais aux lois de la nature telles que les savants les décrivent et les analysent. Le mot invariance appartient d’abord au vocabulaire de la physique et des mathématiques où elle caractérise des lois.

Invariance me semble donc bien adapté pour qualifier deux « lois » archivistiques que j’observe depuis des décennies maintenant.

Tout d’abord, l’invariance de la bi-fonctionnalité de l’écrit.

Depuis l’invention de l’écriture il y a cinq millénaires, son usage se répartit invariablement entre deux grands objectifs :

  1. noter le savoir et les idées pour les transmettre, à des proches ou aux générations futures, qu’il s’agisse de transmission d’une connaissance ancestrale, de science, de littérature ou de création artistique ;
  2. tracer les actes effectués par les humains dans leurs relations réciproques, dans le but de prouver ce qui a été fait, parce que l’on devra rendre des comptes, ré-exploiter les données, défendre ses droits.

Dans les deux cas, il y a enregistrement de l’information sur un support physique (on retrouve là la définition classique du document), support choisi en fonction de la technologie du moment mais aussi de la nature de l’information. L’invariance de ces deux fonctions de l’écrit a été portée pendant des millénaires par deux couples de mots : livre et document (pour l’objet) et bibliothèque et archives (pour le lieu de conservation). Les deux mondes ont toujours vécu et vivent en harmonie (quand il y a querelle, ce n’est souvent que polémique corporatiste entre les agents chargés de l’écrit).

Le numérique a fait éclater tout cela, m’a-t-on déjà objecté. Je n’en crois rien et je l’ai longuement expliqué dans un article publié par le Bulletin des Bibliothèques de France en 2012 sous le titre « L’opposition millénaire archives/bibliothèques a-t-elle toujours un sens à l’ère du numérique ? », en ligne ici. Certes la « documentation » en tant que discipline et pratique professionnelle dédiée à l’utilisateur s’est immiscée entre le livre et le document d’archives mais cela ne change rien au fondement de la bi-fonctionnalité.

Ensuite, l’invariance de la bi-directionnalité des documents engageants.

Je dis volontiers à mes interlocuteurs qu’il n’y a finalement que deux types de documents à archiver :

  1. les documents liés à une relation hiérarchique (dimension verticale) incluant les décisions évidemment (loi, arrêté, délibération, jugement…), mais aussi les documents qui s’y rattachent (comptes rendus, rapports…) ;
  2. les documents issus d’une relation contractuelle (dimension horizontale) qui englobent les actes co-signés (les contrats) et plus généralement tout document échangé qui se trouve opposable à un tiers.

Là encore, on va me dire que la société connectée chamboule tout cela. Non.

Les données, l’information numérique constitue soit un produit d’information ou de connaissance ; soit une trace informative avec valeur commerciale, administrative, juridique (le clic vaut contrat, la touche « entrée » vaut signature, etc.).

Ce qui change est la façon de nommer les concepts, par suite des évolutions technologiques et des modes sociétales qu’elles induisent, mais pas les concepts eux-mêmes. Jusqu’à preuve du contraire…

 

 

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Réflexion sur le vrac numérique

Le mot vrac, d’une manière générale, renvoie à deux réalités bien différentes : le bric-à-brac et le conditionnement en gros. Il en va de même pour le « vrac numérique » et il convient de distinguer les deux cas de figure.

Halte au vrac !

Le terme vrac comporte une double connotation de mélange d’objets et d’hétérogénéité de ces objets. On trouvera ainsi dans une brocante, pêle-mêle: un roman de Julien Gracq, un album sur l’Aubrac, une statue de saint Patrick, un froc, une cassette VHS de Fric-Frac, 10 grammes de crack, un rapport sur l’Afrique, un décor d’Alexandre Astruc, un disque de rock…

Pour les archivistes, un vrac d’archives (papier) est un amoncellement de boîtes et de cartons plus ou moins en bon état, contenant des registres traçant des événements ou la vie de personnes et de lieux, des factures périmées, des contrats égarés, des courriers oubliés, des brouillons abandonnés, des copies éculées, des analyses toujours pertinentes, des notes dépareillées, de la documentation inusitée, etc., tout cela dans le plus grand désordre, désordre initial (le contenu des cartons fait suite au vidage d’armoire d’un collaborateur qui a quitté le service) ou désordre ultérieur (par suite des manutentions successives).

Dans l’environnement numérique, le vrac désigne le plus souvent le fait d’avoir, amoncelé au petit bonheur la chance dans (ou à côté de) l’arborescence capricieuse d’un serveur quelconque, quelques centaines, milliers ou dizaines de milliers de fichiers numériques de toutes provenances et de toutes valeurs, de tous formats de données, nativement numériques ou issus d’un scan, faisant office de copie de travail ou de copie de substitution à l’original papier, connu de leur seul rédacteur ou partagé par plusieurs collègues. L’effet de vrac tient aussi à l’absence totale de règles de nommage, de sorte que, le plus souvent, on ne peut connaître le contenu d’un document qu’en l’ouvrant pour le parcourir (s’il n’est pas verrouillé par un mot de passe), et on n’en connaîtra la valeur que si le statut de validation et de diffusion figure dans le document, ce qui n’est pas gagné).

Ce vrac-là est invivable pour l’utilisateur, au moins pour l’utilisateur qui cherche un document qu’il n’a pas produit et qui ne peut donc s’aider de sa propre mémoire humaine. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! Certes, un algorithme ad hoc peut jouer le rôle de l’aimant dans la recherche et identifier des fichiers précieux sous une apparence anodine ; cela reste toutefois du traitement curatif quand on attendrait du préventif ; en dehors de l’attrait du vrac pour l’amateur de chasse de trésor ou pour l’animation d’un stand de e-pêche à la ligne un après-midi de kermesse, ce n’est pas très emballant. Depuis quinze ans que ces vracs numériques fleurissent, croissent et se multiplient dans les serveurs des entreprises et des administrations, il serait pas temps de prendre le problème à la racine et de contrôler la constitution de ces vracs documentaires.

Vive le vrac !

L’autre sens du mot vrac renvoie à l’absence de conditionnement de détail d’une denrée ou d’un produit. Au lieu de se présenter dans des paquets ou sachets suivant un critère de poids (100 gr, 250 gr, 1 kg) ou de volume (½ litre, 1 litre, 2 litres), les grains de café, les haricots, les châtaignes, les cerneaux de noix, le riz, les bonbons, les perles ou les boutons s’entassent dans de grandes boîtes ou dans des caisses. En revanche, le conditionnement « en vrac » exige de prendre en considération la variété du produit, sa provenance, ses caractéristiques d’utilisation, son mode de cuisson, sa conservation, son prix, etc. afin de ne pas mélanger des éléments qu’il faudrait ensuite trier pour pouvoir utiliser correctement ledit produit. On ne mélangera pas, a priori, des grains de café arabica avec des grains de café robusta ou des grains de café du Libéria, de même qu’on ne brassera pas des grains de riz rond avec du riz complet, du riz basmati et du riz sauvage !

L’avantage du conditionnement en vrac est double : pour le gestionnaire, c’est une économie de place et de matériau d’emballage ; pour le consommateur, c’est la possibilité de choisir lui-même la quantité désirée, en évitant d’acheter plus qu’il ne souhaite et sans s’embarrasser d’un packaging publicitaire qui ne l’intéresse pas, même si celui-ci est recyclable.

Peut-on transposer cela au monde de l’information ? Oui !

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Réjouissance

Après la jouissance, parler de réjouissance est naturel, même si la relation entre les deux notions, au travers du préfixe « re » (sans doute le préfixe le plus attachant de la langue française) n’est pas évidente car il n’exprime là ni la répétition de la jouissance ni un retour à celle-ci.

La réjouissance est simplement le fait de se réjouir, d’éprouver de la joie. Pour ma part, je me réjouis quotidiennement.

Je me réjouis de l’usage d’Internet où je peux, tantôt en un clic, tantôt avec trois clics et un peu d’esprit critique, vérifier une information historique qu’il était naguère parfois bien long de trouver même en disposant du Quid ou de l’Encyclopédie Universalis .

Je me réjouis de ce qu’une grande majorité des gens réagissent positivement aux publicités intrusives des sites gratuits (sans quoi le système s’effondrerait) ce qui me permet, moi qui ignore largement cette publicité, d’accéder au système financés par les autres, merci à tous ! Continuer la lecture

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Jouissance

N’étant ni juriste ni sexologue, qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire sur le sujet ?

Sans aller chercher bien loin dans ma connaissance directe et indirecte du monde profond et secret des archives, il m’est facile d’évoquer plusieurs situations en rapport avec la question.

Le cas le plus neutre est celui de l’archiviste qui, confronté à un lot d’archives de valeur historique oublié dans un grenier ou une cave, ressent tout d’un coup la joie d’être le premier à ouvrir et lire ces documents depuis leur création ou depuis leur classement, quelques siècles ou quelques décennies plus tôt. Le temps se comprime et c’est comme si on prenait un ascenseur ultra rapide pour se retrouver auprès de personnages d’une autre époque (genre Les Visiteurs mais plus subtil). Sans aller jusqu’au frisson ressenti par l’archéologue ou l’explorateur faisant soudain face à un site splendide oublié de l’humanité – tel Burckhardt découvrant Pétra (Jordanie) en 1812, il y a une jouissance certaine de l’archiviste face à sa découverte. Ce sentiment de jouissance est le plus souvent intime, solitaire, mais il peut se manifester collectivement et se partager.

À d’autres moments, une sensation de jouissance, proche de l’ivresse du pouvoir, peut s’emparer de l’archiviste en situation de Continuer la lecture

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Maintenance

Maintenance. Ce pourrait être un mot qui signifie l’art de vivre « ici et maintenant », hic et nunc. Les adeptes de la maintenance seraient ceux (et celles) qu’on appelle communément les épicuriens, ou encore, et c’est assez différent, ceux et celles qui se concentrent sur l’instant présent, pour qui ce qui s’est passé hier est déjà sorti de la vie et ce qui se passera demain ne compte pas. Les réseaux sociaux sont une formidable illustration de cette « maintenance »-là…

Mais ce n’est pas le cas. La maintenance est une activité technique qui consiste à effectuer les travaux, de manière curative mais aussi préventive, pour assurer le bon fonctionnement d’un équipement dans la durée (et pas seulement maintenant !). Le fait d’entretenir, réparer, ou vérifier une machine pour éviter des dysfonctionnements est pratiquement aussi ancien que l’existence des machines, ce qui remonte très loin dans l’histoire, et le mot « entretien » en français désigne ces tâches depuis longtemps. Pourtant le terme de maintenance dans ce sens est récent en français (fin du XXe siècle) et si on le rencontre plus tôt dans la littérature, c’est pour exprimer le fait de maintenir une idée, une attitude… ; dans son acception technique actuelle, le terme est un emprunt à l’anglais (un des très nombreux mots latins de l’anglais) via le vocabulaire du monde industriel. Une langue crée de nouveaux mots quand elle en a besoin.

La première définition normative de la maintenance date de 1994 dans un texte de l’AFNOR. Mise à jour en 2001, elle dit « Ensemble de toutes les actions techniques, administratives et de management durant le cycle de vie d’un bien, destinées à le maintenir ou à le rétablir dans un état dans lequel il peut accomplir la fonction requise. »

C’est que le développement industriel et la sophistication des outils ont conduit à spécialiser des métiers sur ces opérations pour en faire une activité à part entière, avec ses règles, ses techniques et ses formations spécifiques, et même son jargon, par exemple avec la TMA (tierce maintenance applicative) qui s’est imposée dans toutes les religions (et que même l’athée aima…).

Du coup, maintenance et entretien cherchent à redéfinir leurs périmètres respectifs d’intervention. D’après Wikipédia, « la maintenance concernerait tout ce qui fait appel aux énergies (électricité, pneumatique, mécanique, hydraulique, automatique, électronique, informatique, etc.) tandis que l’entretien concernerait tout ce qui n’est pas technologique (nettoyage, peinture, plomberie, serrurerie, menuiserie, vitrerie, etc.) ».

Et, soudain, une question me traverse l’esprit : qu’en est-il de l’information ? Est-elle entretenue ? Est-elle maintenue ? Ou n’est-elle qu’une chose immatérielle attachée à l’instant présent, une manifestation du « maintenant » ?

Certes, on entretient les documents, supports de l’information, au moyen de pochettes plastifiées pour éviter de les salir ou de les déchirer sur le court terme, ou au moyen de chemises en papier neutre pour le grand voyage dans le temps, ou bien en rafraîchissant des bandes magnétiques, ou encore en migrant les données sur un autre support.

Certes, on maintient les systèmes informatiques où circulent les données, où sont stockés les documents numériques, où sont capturées les traces de connexion, grâce à des sauvegardes, des contrôles, des tests, des développements, des mises à jour système, etc.

Mais l’information elle-même ? Puisqu’elle n’est pas réductible au support qui ne fait que l’héberger à une date donnée, ni réductible au système par lequel elle transite, on devrait pouvoir répondre à la question ! Je vais avancer une suggestion : du point de vue de son propriétaire (la personne physique ou morale qui en assume l’existence et les conséquences), l’information doit être maintenue, c’est-à-dire que ce propriétaire doit prendre les mesures préventives et curatives pour éviter une défaillance de cette information (sa non-disponibilité) et des accidents (sa mauvaise utilisation) ; du point de vue de l’utilisateur, l’information s’entretient – comme la rumeur mais aussi comme la santé – en la manipulant, en la retweetant, en la recopiant, en l’expliquant, en la commentant, etc.

Mais ce n’est qu’une suggestion…

 

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Reconnaissance

Je tiens à exprimer ma plus vive et plus entière reconnaissance aux législateurs de tous les pays démocratiques qui ont, par leur engagement politique et leur expertise, contribué à la construction d’une réglementation fiscale solide et équitable, applicable à tous les citoyens d’un pays, comme il est logique dans un système démocratique. Si je leur suis reconnaissante, c’est parce que leur action a incité ceux qui s’estiment trop riches et trop importants pour payer l’impôt à contourner le système ; parce que ces règles fiscales ont incité les milliardaires resquilleurs à trouver des biais pour ne pas verser leur obole au pot commun ; parce que l’existence de certaines lois a excité l’imagination d’opulents personnages, handicapés du sens civique, pour escamoter leurs obligations.

Or, je suis particulièrement reconnaissante aux exilés fiscaux, ces personnalités de notre histoire contemporaine qui ont décidé de dérober leurs surplus de lingots d’or et de patrimoine aux regards de l’administration et qui ont résolument choisi de s’installer dans un pays plus accueillant. Je leur suis reconnaissante, indirectement mais reconnaissante tout de même, parce que leur désir incompressible de placer leur argent sale ou pas très propre dans un paradis fiscal a suscité l’émergence et l’épanouissement de cabinets d’avocats spécialisés dans la création de sociétés offshore et a incité des hommes d’affaires à répondre à ce besoin afin de faciliter leur vie de fraudeurs.

Car je veux dire ici toute ma reconnaissance pour ces cabinets juridiques lointains qui, grâce à ces clients peu regardants de la loi et de la morale, ont rédigé au fil des années des kyrielles de registres de sociétés-écrans, des paquets de tableaux de flux financiers, des notes juridiques avisées, et aussi une foultitude de mails anodins ou imprudents, créant ainsi de beaux dossiers qui constituent de magnifiques archives. Je leur suis reconnaissante parce que ces activités border-line ont excité la curiosité de hackeurs et de lanceurs d’alerte ; parce que ces belles archives, bien nourries, bien classées, ont incité des journalistes d’investigation à enquêter ; parce que ces révélations ont suscité l’intérêt des médias d’information.

Et je tiens à exprimer ma plus sincère reconnaissance à John Doe (pseudo du lanceur d’alerte à l’origine des Panama Papers), mais aussi aux journalistes d’investigation de l’ICIJ qui ont analysé les millions de fichiers subtilisés aux serveurs du cabinet Mossack-Fonseca, ainsi qu’aux éditeurs de logiciels qui ont permis le traitement et la protection des données. Je leur suis reconnaissante d’avoir mis à la disposition du grand public (dont je fais partie) le détail de cette affaire d’envergure.

Bref, j’adresse ma reconnaissance à tous ces acteurs. Car si la législation fiscale n’existait pas, il n’y aurait pas de fraudeurs. Sans fraudeurs, il n’y aurait pas de paradis fiscaux. Sans paradis fiscaux, il n’y aurait pas d’enquête sur les paradis fiscaux. Et je n’aurais pas pu écrire l’article « Panama papers : 4 remarques sur la forme » que j’ai publié la semaine dernière. CQFD.

Et je leur tire mon chapeau, un panama pour l’occasion (sous les tropiques, c’est de rigueur).

 

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Panama papers : 4 remarques sur la forme

Le fond de l’affaire fait couler beaucoup d’encre (je devrais plutôt écrire : fait glisser beaucoup de doigts et de pouces sur beaucoup de claviers). Le fond de l’histoire ne m’a pas surprise et, s’il ébranle le monde politico-financier, il ne change pas mon ordinaire. En revanche, la forme des « Panama papers » a retenu toute mon attention : les mots, le système de recherche, les volumes et le point de départ de l’opération.

Terminologie documentaire et archivistique

La première remarque concerne les mots utilisés, en anglais et en français, pour parler des informations en cause. J’ai d’abord analysé le texte de référence, c’est-à-dire le texte publié par l’ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists) sur son site.

Je pense y avoir trouvé la réponse à une première question que je me posais : pourquoi Panama papers et pas Panama Leaks ou Panama Gate ? L’appellation a été choisie par l’ICIJ, peut-être parce que dans le monde des avocats, la notion de papiers est encore très présente.

L’article est assez long (près de 6000 mots). Il présente de manière factuelle les résultats des investigations. Les termes qui désignent les sources divulguées sont principalement document et record, utilisés respectivement 36 et 31 fois ; le mot file est aussi très présent (27 occurrences) : A massive leak of documents exposes… The cache of 11.5 million records shows… The files reveal… The leaked records come from… The files contain… The secret documents suggest…

Information et data sont moins fréquents (10 et 5 fois). Ils apparaissent notamment dans les phrases suivantes : “The information from this unremunerated whistleblower documents transactions as far back as the 1970s and eventually totaled 2.6 terabytes of data” et “The data includes emails, financial spreadsheets, passports and corporate records”, que les Echos, via le Süddeutsche Zeitung présentent ainsi:

Dans les médias francophones, on trouve différentes traductions : le mot qui, dans le corpus d’articles que j’ai constitué, apparaît le plus souvent est sans doute document mais on trouve aussi fichiers et archives : « Mes collègues et moi avons analysé des archives contenant 11,5 millions de documents internes provenant des fichiers de Mossack Fonseca »  (rue89) ; « La fuite contient la quasi-totalité des archives et données informatiques d’une seule et même société » (le Matin) ; « des millions de documents confidentiels, baptisés « Panama Papers » » (lci.tf1) ; « 11 millions et demi de fichiers, les archives du cabinet, depuis 1977 jusqu’à 2015. Plus de 2,6 téraoctets de données » (rtl) ; « millions de documents et données provenant des archives de Mossack Fonseca » (le Monde) ; « près de 11,5 millions de documents, piratés dans les archives » (nouvelobs) ; « 11, 5 millions de documents des archives du cabinet panaméen Mossack Fonseca » (les Échos).

Conclusion, loin des recommandations artificielles et inopérantes de l’AFNOR, le mot records est volontiers  traduit par archives et c’est très clair pour tout le monde. Cela méritait d’être souligné. Le mot document est l’entité documentaire de second niveau, comme fichier qui a une connotation plus technique.

À noter aussi que le mot dossier qui est courant en français dans les expressions « dossier d’affaire » ou « dossier client » et qui aurait même pu servir de nom français à l’affaire « Dossiers panaméens » ou « Dossier Panama » (plus court) n’apparaît quasiment pas (je n’ai relevé qu’une occurrence dans les Échos). File est donc systématiquement traduit par fichier (informatique), alors qu’il a aussi le sens de dossier en français. La raison en est que face aux deux sens de file en anglais, le sens informatique l’emporte sans appel.

Le plan de classement est mort. Vive le moteur de recherche !

Les articles de presse qui détaillent un peu la méthode d’investigation du consortium (le Monde ou la Dépêche) mettent en évidence les technologies qui ont rendu possible ces révélations (mécanisme de requête approximative, logiciel de traitement de données OpenRefine, l’outil de visualisation en graphes Linkurious…).

Comme je l’explique volontiers à mes clients et à mes étudiants, le plan de classement documentaire, l’indexation, les métadonnées saisies par l’utilisateur, c’est périmé ; c’est un truc du XXe siècle. La puissance des moteurs de recherche rend d’une certaine façon caduc l’exercice de classement intellectuel. La machine ordonne (numériquement, alphabétiquement ou selon tout autre critère qu’on lui indique) beaucoup plus vite et mieux que l’humain. Le bond quantitatif est énorme. La génération actuelle des moteurs de recherche sait créer à la volée, à partir de la demande de l’utilisateur, le plan de classement qui répond le mieux à ses besoins, et qui ne sera pas forcément le plan de classement d’un autre utilisateur.

Cependant, l’efficacité des outils d’exploitation de l’information et des algorithmes de recherche doit beaucoup à la « qualité » du fonds exploité. Par « qualité », j’entends ici deux notions majeures pour l’exploitation d’un fonds d’archives : la structure et l’exhaustivité.

Ce qui importe, en effet, dans une opération de traitement algorithmique de l’information de preuve, c’est que le fonds de données dans lequel on navigue soit structuré ou structurable au travers de quelques éléments basiques qui sont constitutifs de toute action tracée ou enregistrée : une date, un lieu, un ou plusieurs acteurs identifiés et un verbe qui dit la nature de l’action (acheter, regarder, payer, entrer, sortir, autoriser, refuser, informer…).

De ce point de vue, le fonds du cabinet Mossack-Fonseca est structuré, comme l’est le fonds de tout cabinet d’avocats, d’une manière simple, hiérarchique et rigoureuse avec, comme colonne vertébrale, la liste ou le registre des clients, d’où partent les dossiers clients composés, d’une part, des documents légaux (actes de société), d’autre part, chronologiquement, des séries d’opérations (ici les  tableaux de flux financiers) et des courriers/courriels échangés.

Avec un ensemble de dossiers de provenances diverses ou non structurés sur des sujets dont la liste n’est pas connue, les requêtes serait plus difficiles ou, plutôt, les résultats de ces requêtes seraient plus difficiles à interpréter et à vérifier.

Sur le plan qualitatif, il me semblerait toutefois inapproprié de parler de bond ou de seuil franchi. Les méthodes manuelle et algorithmique ne sont pas comparables ; elles sont complémentaires. En effet, l’algorithme fait gagner beaucoup en brassage de données mais l’utilisateur perd quelque chose qui a été essentiel pendant des siècles, c’est le contexte, le contact physique, direct, avec la matière étudiée, la vue du tout au départ de la recherche, l’approche en zoom du chercheur ou de l’expert qui sait percevoir en quelques secondes, par des indices visuels et sensoriels, une foultitude d’informations sur la densité des archives, sur le mode de création des dossiers, sur la fiabilité de l’information exploitée, etc.. Sauf erreur ou manque d’expérience de ma part, avec les algorithmes, on perd cela et on ne sait pas encore vraiment le remplacer. C’est peut-être ce que disent les policiers en comparant les outils technologiques de la police scientifique et le mode d’enquête des « vieux » commissaires à l’affût des comportements humains…

Autre remarque concernant l’exhaustivité. Quand le nom d’un grand de ce monde ne sort pas de la moulinette mise en place par l’ICIJ, cela ne veut pas dire que cette personne ne possède pas de société offshore quelque part ou n’a pas fraudé le fisc. Cela signifie simplement qu’elle n’est pas ou n’était pas cliente de Mossack-Fonseca. Car si le lot de documents que représentent les Panama Papers est exhaustif en termes de noms de clients et d’actionnaires, le cabinet Mossack-Fonseca (malgré sa réussite et son assise mondiale) ne détient pas le monopole de la prestation de ce genre de service. Certains journaux n’ont pas tort de le faire remarquer. Il faut veiller à ne pas confondre exhaustivité d’un fonds d’archives et exhaustivité de la connaissance.

Des volumes qui donnent le vertige… à certains

Le troisième aspect de cette analyse de forme tient au volume d’information et aux indicateurs de mesure de ce volume.

Les journalistes en général (je ne parle pas des journalistes d’investigation) et la plupart des gens qui les lisent ont le tournis devant les chiffres avancés : 11,5 millions de fichiers (4,8 millions de mails, 3,1 millions de tableaux, 2,1 millions de PDF, etc.), soit 2,6 To de données, etc.

Les réflexions de certains organes de presse sont à cet égard très révélatrices : « Le journal allemand possède son lot d’experts du data-journalisme, mais à lui tout seul, il lui aurait fallu des dizaines d’années pour éplucher l’entièreté des données collectées. » (vanityfair) ; « … selon plusieurs médias ayant épluché les fichiers provenant des archives du cabinet d’avocats basé au Panama » (Nicematin). Quant aux Échos, on y trouve une bien curieuse équivalence… : « 2,6 tera octets, soit l’équivalent de 34.665 épisodes de séries télévisées! ».

Les professionnels de l’information, ceux dont le quotidien est le traitement des documents (fichiers, mails, données) produits ou reçus par une entreprise et qui l’engagent vis-à-vis de la loi ou vis-à-vis d’autrui, ne seront pas surpris, eux, par ces chiffres, Dieu merci ! Le volume de la fuite est impressionnant, celui des données, non.

Ce qui ressort, là, c’est que le numérique atomise la perception de l’information, que la dématérialisation centuple les unités d’information. Et la société n’a pas encore établi et enseigné les indicateurs appropriés à cette nouvelle appréciation de l’information dans l’environnement numérique.

Raisonnons. Avec 240000 sociétés gérées par le cabinet Mossack Fonseca, les 11,5 millions de documents donnent une moyenne de 48 documents par dossier ce qui n’a rien d’exorbitant, certains dossiers étant très minces quand d’autres atteignent plusieurs milliers de pièces comme le signale les Échos.

Petit calcul à partir de la donnée « 11,5 millions de fichiers ». Avec l’hypothèse, très réaliste, qu’un fichier correspond en moyenne à 3 ou 4 pages d’un document ou dossier papier, on aurait donc pour le cabinet Mossack-Fonseca un ensemble de 40 millions de pages. À raison de 800 pages par boîte d’archives de 10 cm de côté, on aboutit à 5 kilomètres linéaires de documents. Avec 500 collaborateurs du cabinet, cela revient à 2 armoires de dossiers par collaborateur depuis 1977 (il y a plus de documents pour la dernière décennie que pour les années 1980 mais cela ne change rien).

En répartissant le même volume de 5 kml de dossier par les 376 journalistes qui ont travaillé à l’affaire, cela fait (de manière assez théorique, je l’admets) 14 mètres linéaires par journaliste à exploiter, ce qui n’est pas démesuré (deux grandes armoires) ; la question est plus celle de l’organisation des résultats, de l’échange entre les membres de l’équipe de journalistes et des vérifications extérieures, comme dans tout travail d’enquête.

Sans outils de mesure entre l’objet documentaire et la connaissance potentielle qu’elle referme, on risque de retomber dans un imaginaire fantasmatique. Pour ma part, je croise tous les jours des entreprises qui ont accumulé 2 To de données, et bien davantage.

Ce qui doit impressionner n’est pas le volume des données mais leur mise en commun, leur partage dans un cadre immensément plus large que le cercle des destinataires initiaux, au moyen des technologies numériques. On parle trop des données et pas assez des réseaux.

Au commencement était la messagerie électronique

À force de chercher sur le net, j’ai fini par trouver l’information essentielle qui me manquait : le point de départ de la fuite est le piratage du serveur de messagerie de Mossack-Fonseca (voir nouvelobs) : les mails, bien sûr, externes et internes, avec les pièces jointes. J’aurais aimé plus de détail mais je n’en ai pas trouvé.

La messagerie électronique est symptomatique de la question de la gouvernance d’entreprise en matière d’information. Le risque est dans les échanges incontrôlés (contenus) ou mal sécurisés (routage, stockage). C’est ce que le CR2PA, Club de l’archivage managérial, s’efforce d’expliquer au travers de ses actions. Mais les dirigeants d’entreprise se comportent plus souvent comme des cigales que comme des fourmis. . Ils risquent de se trouver fort dépourvus quand la bise sera revenue.

***

Cet article entend démontrer que la gestion de l’information est une discipline à part entière :

  1. qui nécessite une métrique claire (à reconstruire dans le monde numérique) ;
  2. qui se doit de concilier les concepts diplomatiques, archivistiques et documentaires avec les technologies de l’information (réseaux, cloud, moteurs de recherche, etc.);
  3. et qui se renierait en acceptant de mettre la machine avant l’humain.

Dans l’affaire des Panama Papers, il s’agit a priori de journalistes qui, au nom du bien commun, s’en prennent à des individus supposés délinquants mais les technologies et les méthodes d’analyse sont, seraient les mêmes pour des gens malhonnêtes qui voudraient nuire à d’honnêtes citoyens.

Soyons donc vigilants, car on vit une époque formidable !

 

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Gourance

Si tu t’imagines
Fillette fillette
Si tu t’imagines
Xa va xa va xa
Va durer toujours
La saison des za
La saison des za
Saison des amours
Ce que tu te goures
Fillette fillette
Ce que tu te goures

Pour (ré)écouter Juliette Gréco, cliquez .

Ce poème de Raymond Queneau reprend, après Horace et Ronsard, le thème (éternel lui) des conséquences dévastatrices du temps qui passe sur la beauté de la jeunesse et l’erreur que commettent si souvent les humains en croyant qu’aujourd’hui durera…

Cette gourance qui consiste à ne pas voir que le temps s’écoule inexorablement pour tout être et toute chose est très répandue. Issue d’une mauvaise appréciation de l’effet du temps, elle est observable dans de nombreux domaines et le poème est transposable à l’envi. Par exemple, on aurait pu écrire, il y a quelques temps déjà :

Si tu t’imagines
Disquette disquette
Si tu t’imagines
Xa va xa va xa
Va durer toujours
La saison des za
Saison des archives
Qui courent et qui vivent
Ce que tu te goures
Disquette disquette
Ce que tu te goures
Les belles données
Les zéros clonés
Les uns combinés
Si tu crois xa va
Xa va xa va xa
Va durer toujours
Ce que tu te goures
Disquette disquette
Ce que tu te goures
Formats dans l’impasse
Supports qui s’effacent
Les données trépassent
C’est déjà ton tour
Les données s’effritent
Les zéros se mitent
Les uns se délitent
Alors migre migre
Change de support
Vise l’e-coffre-fort
Échappe à la mort
Si tu le fais pas
Ce que tu te goures
Disquette disquette
Ce que tu te goures
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Résistance

Dans son édition du 26 mars 2016, quelques jours après les attentats de Bruxelles, le journal Le Monde publie un ensemble de dix-sept petits textes sur le thème de la résistance. Le terrorisme a réveillé un concept que les médias réservaient il y a peu encore, en page « éducation », au Concours national de la Résistance et de la Déportation organisé avec les associations d’anciens combattants pour les collégiens.

Les diverses facettes du concept de résistance sont abordées par les uns et les autres [les mots en gras sont de mon fait] :

  • le fait de tenir bon face aux insultes ou aux mauvaises influences (Ismaël Saidi) ;
  • la résistance peut être une affaire individuelle mais elle est surtout une affaire collective (Pascal Couvert) ;
  • « Nommez l’ennemi, nommez le mal, parlez haut et clair, tout est là, le reste est détail, il relève de la technique » (Boualem Sansal) ;
  • « résister, c’est aussi combattre ces clichés, ces préjugés et ces imprécisions du langage et de la pensée » (Ruwen Ogien) ;
  • résister à la tentation d’ajouter à la confusion, et « refuser de relayer les rumeurs et les photos de corps » (Damien Leloup) ;
  • il faut se garder de transformer la résistance en « surenchère répressive » et « refuser de détruire [l’État de droit] au motif de le défendre » (Mireille Delmas-Marty).

La principale citation que je veux retenir se trouve sous la plus d’Annette Wievorka, historienne (et ce n’est pas un hasard…) : « Car le plus difficile, […], c’est bien de comprendre ce monde nouveau et mouvant dans lequel nous vivons ».

Comprendre et connaître le contexte avant d’opérer un acte de résistance efficace. Ce qui veut dire aussi que la résistance s’inscrit dans le temps, et que le temps passé et le temps à venir ne sont pas dissociables du temps présent. Or, la dimension temporelle est assez peu présente dans cette série de textes sur la résistance.

Résister pourquoi ? Parce qu’on veut préserver l’intégrité de personnes, de territoires, de biens et de valeurs qu’on ne veut pas perdre, pour pouvoir en jouir encore demain.

Comment résister ? En se blindant le jour où l’ennemi a déjà frappé ou en anticipant les risques grâce à l’analyse des éléments qui interagissent, avec leur évolution respective et leurs incompatibilités, et en réfléchissant à des alternatives à la confrontation délétère ?

Quand faut-il agir ou au contraire s’abstenir ? Est-il parfois trop tôt, ou trop tard ?

Je prends l’exemple, très banal, d’un document d’archives face à l’usure du temps (mais on pourrait tout aussi bien penser à une plage face à la montée du niveau de la mer, aux femmes enceintes face au zika ou à la tranquillité des internautes face aux publicités intrusives).

Donc, une personne constate que tel document un peu ancien auquel elle tient est déchiré ; pour le rendre plus résistant, elle va le barder de bandes de scotch. Emplâtre éphémère ! Car le scotch est, à moyen et long temps, un ennemi avéré des archives ; l’acidité de la colle va attaquer le papier et le jaunir puis se détacher du papier. Dans cet exemple, le remède est pire que le mal. Si l’on sait cela, on saura qu’il faut procéder autrement pour contribuer à la résistance du document (voir les techniques de restauration par exemple ici). Et on sera aussi sensibilisé au fait que, s’il est trop tard pour mieux produire ce document-là, la production de nouveaux documents de valeur doit intégrer les principes de conservation dès le départ (en numérique comme en papier d’ailleurs).

Moralité : ignorance et superficialité pervertissent les actes de résistance.

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Confiance II

Quelle confiance accorder à un article de presse, à un texte universitaire, à un écrit encyclopédique, voire à un billet de blog ?

Plusieurs éléments entrent en ligne de compte, et d’abord l’auteur. Il ne s’agit pas d’être nécessairement d’accord avec les commentaires des faits ou les opinions exprimées mais d’ajouter foi à l’exposé des faits commentés. On lit avec confiance le texte d’un auteur que l’on connaît déjà, qu’on a déjà lu et apprécié. Le capital confiance acquis par la lecture de précédents écrits fonctionne comme un crédit qui se reporte sur les nouveaux, avec le risque de la déception puis du discrédit en cas de défaillance par rapport aux attentes du lecteur.

Ceci suppose que le texte ait un auteur. Or, il y a des exceptions. Il est ainsi frappant de constater que depuis les turbulences qui ont agité la direction du journal Le Monde il y a deux ans, les éditoriaux du Monde sont non seulement anonymes mais encore se trouvent relégués en dernier page. N’est-ce pas paradoxal pour un éditorial ? L’absence de signature se veut peut-être une signature collégiale mais elle sonne surtout comme une cloche qui dirait « passez votre chemin, personne n’a pas grand-chose à dire ici ».

Quand l’auteur n’est pas connu, l’éditeur en tant que personne qui a choisi l’auteur, peut transférer sur lui son propre capital confiance. La personnalité de l’éditeur semble avoir perdu de son prestige depuis un demi-siècle dans le monde du livre imprimé et qu’il ne s’est pas encore affirmé dans le monde numérique. On parle beaucoup d’éditorialisation mais ce nouveau concept est assez technique, ras du texte et on cherche parfois vainement une vision éditoriale au sens des grands éditeurs des XIXe et XXe siècles.

Quand l’éditeur n’est pas plus connu que l’auteur, le critique peut être le vecteur de la confiance. Le critique est la personne qui connaît l’éditeur ou qui a lu l’auteur et qui, au travers de son analyse d’un écrit, va inspirer ou non confiance à son propre lecteur qui décidera alors de lire le document d’origine. La critique traditionnelle semble elle aussi en perte de vitesse ; les comptes rendus de lecture se font plus rares que naguère ; les publications, peut-être trop nombreuses ou trop légères, sont signalées, référencées, citées, mais finalement peu critiquées, sans doute parce qu’Internet permet au lecteur de butiner directement des informations sur l’auteur, de voir des images, de lire des extraits, de voir le nombre de likes sur les réseaux sociaux ; sans doute aussi parce que l’immédiateté ambiante empêche d’attendre qu’un critique ait pris le temps de rédiger une analyse complète sur la publication en question et pousse du même coup le critique à expédier un avis superficiel ou de complaisance. Dommage.

Dans le domaine universitaire, on pourrait se fier, pour la qualité des textes, au diplôme de l’auteur mais les différentes affaires de plagiat révélées ces dernières années ont mis en évidence la négligence et la légèreté de ces jurys qui ne lisent pas les thèses ou n’osent pas les noter à leur juste valeur.

À qui se fier alors ?

Les références, les liens hypertextes vers les sources utilisées, ont cette fonction de prouver le sérieux de l’article en donnant au lecteur le moyen d’aller vérifier par lui-même la véracité de ce qui est avancé. Est-ce la panacée ? Certes, l’absence de toute référence dans l’exposé d’un fait peut être suspecte (le meilleur exemple sur le sujet est le canular de Shane Fitzgerald, cet étudiant irlandais qui, en 2009, a piégé The Guardian et d’autres journaux en ajoutant dans la biographie de Maurice Jarre sur Wikipédia un récit de son invention, juste pour prouver le manque de rigueur des journalistes). Mais l’excès de références produit l’effet inverse. Quelle confiance accorder à un texte farci de références à chaque ligne ? La concaténation de citations est-elle un garant de l’exactitude et de la pensée ? Qui vérifie les références ? Il est du reste assez facile de fabriquer des liens sans véritable valeur intellectuelle ; beaucoup ne s’en privent pas.

Reste la consistance de l’article lui-même, sa logique, sa vraisemblance, sa cohérence ; là, au moins, on devrait n’avoir besoin de rien ni de personne pour se faire sa propre idée de la valeur d’un texte. Il faut juste un peu d’esprit critique…

C’est finalement comme pour les champignons : pour savoir ce qui est comestible ou toxique, savoureux ou insipide, on peut se fier au guide touristique, au mycologue averti ou au pharmacien, mais surtout à son éducation et à sa propre expérience.

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Confiance I

Avoir confiance, c’est avoir l’intime certitude qu’on ne vous trompe pas.

La confiance n’est plus ce qu’elle était.

Jadis cohabitaient trois catégories de gens : les naïfs qui étaient prêts à acheter un élixir de jeunesse ou des casseroles magiques au premier bonimenteur baratinant le chaland sur la place du village ; ceux qui se défiaient de tout et de tous ; et ceux qui faisaient confiance à leur boucher pour la qualité de sa viande provenant de bovins qui ruminaient dans le pré voisin le mois précédent, à leur médecin de famille pour son empathie pluri-décennale, à l’instituteur pour sa méthode et sa patience et à d’autres personnes aux compétences diverses avec qui ils entretenaient une relation personnelle et de proximité, une relation de confiance.

Dans la société connectée, où la technologie et les réseaux peuvent multiplier par cent le nombre d’informations et par mille la possibilité de leur diffusion, ou plutôt par dix mille le nombre de données et par cent mille le temps de leur propagation, le rapport aux choses évolue. Toutefois, entre ceux qui cliquent sur tout ce qui bouge sans réaliser qu’ils s’engagent et aliènent leurs données personnelles, et ceux qui répondent aux spams leur annonçant qu’ils ont gagné à la loterie, la proportion des naïfs n’a pas faibli. Et il y a toujours un parti de ceux qui se défient du numérique comme du reste et qui refusent catégoriquement toute transaction sur le net.

Entre les deux se situe la majorité de la population qui cherche de nouveaux critères de confiance quand la relation humaine de proximité qui inspirait (ou non) confiance fait place à des outils sophistiqués, à un dispositif dont on ne peut appréhender humainement les tenants et les aboutissants. Que devient la confiance spontanée dans un monde où l’accès aux denrées alimentaires, à la santé ou à la connaissance dépend d’un système complexe qui ne fonctionne que par écrans interposés, où le code-barres remplace la vue et le toucher (par exemple, les petites rayures noires et blanches qui certifient que ces lasagnes sont fourrés à la viande de bœuf), où l’algorithme remplace l’expérience (logiciel anti-pollution dans les moteurs automobiles…), où la notification remplace la conversation, où les polices de caractères remplacent le tracé évocateur du manuscrit ?

La confiance numérique est en question. La confiance que l’homme peut accorder à l’outil numérique se résume le plus souvent à la fiabilité de celui-ci, une fiabilité technique ou mathématique. La confiance en la qualité, en l’authenticité, en la sincérité des choses est-elle vraiment la confiance en l’outil ou la confiance dans les humains impliqués dans la production et la diffusion de ces choses ? La confiance –  ou la défiance – dans une machine ou une information peut-elle ne pas être liée à la confiance qu’y accorde une personne que l’on connaît et en qui on a confiance ?

Face à une passerelle qui enjambe un précipice, qu’est-ce qui peut inspirer confiance ? L’apparence de l’ouvrage aux poutrelles métalliques flambant neuves ? La notice d’un guide de voyage, publié par un éditeur que vous appréciez, qui vante sa qualité ? Le guide qui vous accompagne et qui vous rassure parce que vous lui faites confiance, à lui ? Le fait que plusieurs personnes viennent de la traverser sous vos yeux sans dommage ? Le fait que vous êtes déjà passé plusieurs fois sur des passerelles semblables ? Ou le fait que, avant de vous élancer à votre tour, vous avez pris soin de vous encorder à un solide tronc d’arbre ?

La confiance numérique a d’abord à voir avec la confiance dans une personne. Or, le numérique va vite mais l’humain requiert du temps.

Et la défiance ? C’est pareil.

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Bienveillance

La bienveillance n’est pas le fait des animaux. Une mère poule, louve ou manchote veille sur ses petits et en général « veille bien » mais la bienveillance, en tant que vertu conduisant à un comportement généreux envers autrui, est le propre des humains.

La bienveillance est le « charme » par lequel la bienfaisance opère, explique Vladimir Jankélévitch dans Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien (1957). On peut l’observer dans sa vie familiale, sociale, ou au travail, ce dernier lieu d’exercice de la bienveillance ayant actuellement le vent en poupe dans les médias. En lien avec le bien-être au travail – dont le déficit a bien des effets négatifs quand il ne provoque pas des drames, la bienveillance dans l’entreprise est devenue un sujet d’étude.

Le bien-être au travail dépend de la bienveillance de tous et de chacun, ou peut-être de chacun et de tous. La question est : qui doit commencer ?

En tout état de cause, ce sont bien les humains qui font preuve de bienveillance.

Sauf… ceux (et celles) :

  • qui sont un peu ours et qui restent dans leur coin, évitant ainsi les situations où leur bienveillance pourrait être sollicitée (dépanner la machine à café, proposer une solution, formuler un mot d’encouragement, se charger d’une petite tâche qui fait avancer le schmilblick et caetera) ;
  • qui sont chiens, bougonnent, ne se mêlent pas, ne s’occupent que d’eux-mêmes, sont susceptibles, etc., autrement dit ceux qui ne sont pas « pas chiens » ;
  • qui se font les corbeaux pour dénoncer anonymement leur prochain et leur plus lointain – notamment sur les réseaux sociaux, avec une lâcheté que les volatiles du même nom ne se permettraient pas ;
  • qui se montrent rats et ne participent pas au cadeau offert au collègue qui part à la retraite ou dans un autre poste ;
  • qui posent régulièrement un lapin parce qu’ils ont oublié le rendez-vous fixé, par négligence, insouciance ou autre manque de générosité ;
  • qui harcèlent leur petits camarades, leurs responsables ou leurs stagiaires, au point de les faire devenir chèvres ;
  • qui jouent les cigales en s’éclatant tout au long de l’année aux frais de la princesse sans voir les autres qui triment ;
  • qui jouent les fourmis concentrées sur leur petit business, avec un respect aveugle et implacable de la petite procédure, trop occupées à ruminer leurs petites souffrances pour prêter attention à celles des autres ;
  • sans parler des butors de toutes espèces ;
  • et des blaireaux de tous poils (black or white) qui étalent leur manque de savoir-vivre dans les transports en commun, dans l’ascenseur (qui est aussi un moyen de transport en commun), dans les magasins, dans les jardins publics et dans les services non moins publics.

Jusqu’à preuve du contraire.

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