Ignorance

L’ignorance, opposée à la connaissance, est volontiers stigmatisée. L’ignorant est passible du bonnet d’âne, exposé à la moquerie, marginalisé.

Le caractère négatif de l’ignorance vient soit d’un jugement extérieur, en relation avec un savoir de référence, soit d’une évaluation de conséquences dommageables pour l’intéressé du fait de ne pas savoir quelque chose. Mais le fait de savoir ou de ne pas savoir quelque chose n’est en soi ni bien ni mal.

Le maître peut dénoncer objectivement l’ignorance de l’élève qui ne connait pas la leçon qui figure dans le manuel scolaire mais, du point de vue de l’élève, l’ignorance n’est pas forcément négative. L’ignorance est négative quand le fait de ne pas savoir lire, écrire et compter conduit à échouer à un examen, ou bien à se faire rouler dans la farine par des escrocs. Elle ne l’est pas quand elle évite de se farcir la tête avec des mots et des chiffres qui ne procurent aucun plaisir et n’ont pas d’utilité concrète. L’ignorance peut même être positive quand le manuel scolaire est périmé ou que l’acquisition de connaissance se fait au détriment d’autre chose de plus important pour l’épanouissement des individus.

Les paysans du XVIe siècle ignoraient que la terre tourne mais savaient parfaitement à quel moment il fallait semer ou moissonner.

Le fait que la grande majorité des ressortissants des pays occidentaux ignorent la langue chinoise n’est pas un handicap à ce jour – pas plus qu’au XVIe siècle – mais cela pourrait changer.

Que trop de personnes ignorent les bases de l’hygiène et de la transmission de certaines maladies constitue un danger pour elles et pour la collectivité. Tout comme le fait d’ignorer les fondamentaux du code de la route.

L’ignorance des règles de la politesse d’un pays étranger peut provoquer plus de problèmes que l’ignorance des règles de grammaire.

L’ignorance des internautes qui, quand ils cliquent sur le bouton « je m’inscris » d’un réseau social, ne comprennent pas qu’ils s’engagent contractuellement, sur fond de droit californien, à céder leur données à l’entreprise qui possède le réseau, peut avoir des conséquences plus que désagréables (perte ou divulgation de données, temps perdu en réclamations).

Plus de quinze ans après la loi du 13 mars 2000, l’ignorance de la valeur légale de l’écrit sous forme électronique (qui caractérise un nombre toujours impressionnant de décideurs, dans l’administration comme dans le secteur privé) apporte encore de la confusion et des lourdeurs dans les organisations.

Le fait d’ignorer la date de naissance des enfants de Céline Dion est dramatique pour ses fans mais, pour les autres, c’est juste un peu moins de données dans un cerveau déjà très encombré.

On voit que le monde numérique modifie les relations entre les personnes et le savoir. Certes l’accès aux ressources en ligne permet de faire reculer l’ignorance des fondamentaux de tel ou tel domaine de connaissance, pour le bien être de tous mais les nouveaux fondamentaux numériques sont ignorés ! Dans le même temps, la la dictature de l’actualité et du buzz agit comme les algues sargasses qui étouffent le paysage et paralysent les activités humaines.

Le champ de la connaissance, scientifique ou people, politique ou culturelle, etc., apparaît aujourd’hui si vaste qu’il suggère un rééquilibre des relations entre savoir et ignorance.

La société connectée incite à redéfinir les bases de la connaissance utile au XXI siècle, à dénoncer la connaissance subie et à militer pour l’ignorance choisie!

À l’heure de la pollution numérique et de l’infobésité qu’elle exacerbe, l’ignorance est une vertu thérapeutique.

 

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Invariance

Parler d’invariance dans ce monde qui change en permanence, est-ce bien raisonnable ?

D’autant plus que la variance ne date pas d’hier : « Souvent femme varie » dit le proverbe (comme si l’homme ne variait pas et ne changeait pas d’idée comme de chemise…° ; le paysage que l’on regarde n’est jamais le même, de même que le mur de l’internaute sur Facebook ou Linkedin qui change à chaque minute.

C’est que l’invariance ne s’applique pas aux choses et aux gens, mais aux lois de la nature telles que les savants les décrivent et les analysent. Le mot invariance appartient d’abord au vocabulaire de la physique et des mathématiques où elle caractérise des lois.

Invariance me semble donc bien adapté pour qualifier deux « lois » archivistiques que j’observe depuis des décennies maintenant.

Tout d’abord, l’invariance de la bi-fonctionnalité de l’écrit.

Depuis l’invention de l’écriture il y a cinq millénaires, son usage se répartit invariablement entre deux grands objectifs :

  1. noter le savoir et les idées pour les transmettre, à des proches ou aux générations futures, qu’il s’agisse de transmission d’une connaissance ancestrale, de science, de littérature ou de création artistique ;
  2. tracer les actes effectués par les humains dans leurs relations réciproques, dans le but de prouver ce qui a été fait, parce que l’on devra rendre des comptes, ré-exploiter les données, défendre ses droits.

Dans les deux cas, il y a enregistrement de l’information sur un support physique (on retrouve là la définition classique du document), support choisi en fonction de la technologie du moment mais aussi de la nature de l’information. L’invariance de ces deux fonctions de l’écrit a été portée pendant des millénaires par deux couples de mots : livre et document (pour l’objet) et bibliothèque et archives (pour le lieu de conservation). Les deux mondes ont toujours vécu et vivent en harmonie (quand il y a querelle, ce n’est souvent que polémique corporatiste entre les agents chargés de l’écrit).

Le numérique a fait éclater tout cela, m’a-t-on déjà objecté. Je n’en crois rien et je l’ai longuement expliqué dans un article publié par le Bulletin des Bibliothèques de France en 2012 sous le titre « L’opposition millénaire archives/bibliothèques a-t-elle toujours un sens à l’ère du numérique ? », en ligne ici. Certes la « documentation » en tant que discipline et pratique professionnelle dédiée à l’utilisateur s’est immiscée entre le livre et le document d’archives mais cela ne change rien au fondement de la bi-fonctionnalité.

Ensuite, l’invariance de la bi-directionnalité des documents engageants.

Je dis volontiers à mes interlocuteurs qu’il n’y a finalement que deux types de documents à archiver :

  1. les documents liés à une relation hiérarchique (dimension verticale) incluant les décisions évidemment (loi, arrêté, délibération, jugement…), mais aussi les documents qui s’y rattachent (comptes rendus, rapports…) ;
  2. les documents issus d’une relation contractuelle (dimension horizontale) qui englobent les actes co-signés (les contrats) et plus généralement tout document échangé qui se trouve opposable à un tiers.

Là encore, on va me dire que la société connectée chamboule tout cela. Non.

Les données, l’information numérique constitue soit un produit d’information ou de connaissance ; soit une trace informative avec valeur commerciale, administrative, juridique (le clic vaut contrat, la touche « entrée » vaut signature, etc.).

Ce qui change est la façon de nommer les concepts, par suite des évolutions technologiques et des modes sociétales qu’elles induisent, mais pas les concepts eux-mêmes. Jusqu’à preuve du contraire…

 

 

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Réflexion sur le vrac numérique

Le mot vrac, d’une manière générale, renvoie à deux réalités bien différentes : le bric-à-brac et le conditionnement en gros. Il en va de même pour le « vrac numérique » et il convient de distinguer les deux cas de figure.

Halte au vrac !

Le terme vrac comporte une double connotation de mélange d’objets et d’hétérogénéité de ces objets. On trouvera ainsi dans une brocante, pêle-mêle: un roman de Julien Gracq, un album sur l’Aubrac, une statue de saint Patrick, un froc, une cassette VHS de Fric-Frac, 10 grammes de crack, un rapport sur l’Afrique, un décor d’Alexandre Astruc, un disque de rock…

Pour les archivistes, un vrac d’archives (papier) est un amoncellement de boîtes et de cartons plus ou moins en bon état, contenant des registres traçant des événements ou la vie de personnes et de lieux, des factures périmées, des contrats égarés, des courriers oubliés, des brouillons abandonnés, des copies éculées, des analyses toujours pertinentes, des notes dépareillées, de la documentation inusitée, etc., tout cela dans le plus grand désordre, désordre initial (le contenu des cartons fait suite au vidage d’armoire d’un collaborateur qui a quitté le service) ou désordre ultérieur (par suite des manutentions successives).

Dans l’environnement numérique, le vrac désigne le plus souvent le fait d’avoir, amoncelé au petit bonheur la chance dans (ou à côté de) l’arborescence capricieuse d’un serveur quelconque, quelques centaines, milliers ou dizaines de milliers de fichiers numériques de toutes provenances et de toutes valeurs, de tous formats de données, nativement numériques ou issus d’un scan, faisant office de copie de travail ou de copie de substitution à l’original papier, connu de leur seul rédacteur ou partagé par plusieurs collègues. L’effet de vrac tient aussi à l’absence totale de règles de nommage, de sorte que, le plus souvent, on ne peut connaître le contenu d’un document qu’en l’ouvrant pour le parcourir (s’il n’est pas verrouillé par un mot de passe), et on n’en connaîtra la valeur que si le statut de validation et de diffusion figure dans le document, ce qui n’est pas gagné).

Ce vrac-là est invivable pour l’utilisateur, au moins pour l’utilisateur qui cherche un document qu’il n’a pas produit et qui ne peut donc s’aider de sa propre mémoire humaine. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! Certes, un algorithme ad hoc peut jouer le rôle de l’aimant dans la recherche et identifier des fichiers précieux sous une apparence anodine ; cela reste toutefois du traitement curatif quand on attendrait du préventif ; en dehors de l’attrait du vrac pour l’amateur de chasse de trésor ou pour l’animation d’un stand de e-pêche à la ligne un après-midi de kermesse, ce n’est pas très emballant. Depuis quinze ans que ces vracs numériques fleurissent, croissent et se multiplient dans les serveurs des entreprises et des administrations, il serait pas temps de prendre le problème à la racine et de contrôler la constitution de ces vracs documentaires.

Vive le vrac !

L’autre sens du mot vrac renvoie à l’absence de conditionnement de détail d’une denrée ou d’un produit. Au lieu de se présenter dans des paquets ou sachets suivant un critère de poids (100 gr, 250 gr, 1 kg) ou de volume (½ litre, 1 litre, 2 litres), les grains de café, les haricots, les châtaignes, les cerneaux de noix, le riz, les bonbons, les perles ou les boutons s’entassent dans de grandes boîtes ou dans des caisses. En revanche, le conditionnement « en vrac » exige de prendre en considération la variété du produit, sa provenance, ses caractéristiques d’utilisation, son mode de cuisson, sa conservation, son prix, etc. afin de ne pas mélanger des éléments qu’il faudrait ensuite trier pour pouvoir utiliser correctement ledit produit. On ne mélangera pas, a priori, des grains de café arabica avec des grains de café robusta ou des grains de café du Libéria, de même qu’on ne brassera pas des grains de riz rond avec du riz complet, du riz basmati et du riz sauvage !

L’avantage du conditionnement en vrac est double : pour le gestionnaire, c’est une économie de place et de matériau d’emballage ; pour le consommateur, c’est la possibilité de choisir lui-même la quantité désirée, en évitant d’acheter plus qu’il ne souhaite et sans s’embarrasser d’un packaging publicitaire qui ne l’intéresse pas, même si celui-ci est recyclable.

Peut-on transposer cela au monde de l’information ? Oui !

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Réjouissance

Après la jouissance, parler de réjouissance est naturel, même si la relation entre les deux notions, au travers du préfixe « re » (sans doute le préfixe le plus attachant de la langue française) n’est pas évidente car il n’exprime là ni la répétition de la jouissance ni un retour à celle-ci.

La réjouissance est simplement le fait de se réjouir, d’éprouver de la joie. Pour ma part, je me réjouis quotidiennement.

Je me réjouis de l’usage d’Internet où je peux, tantôt en un clic, tantôt avec trois clics et un peu d’esprit critique, vérifier une information historique qu’il était naguère parfois bien long de trouver même en disposant du Quid ou de l’Encyclopédie Universalis .

Je me réjouis de ce qu’une grande majorité des gens réagissent positivement aux publicités intrusives des sites gratuits (sans quoi le système s’effondrerait) ce qui me permet, moi qui ignore largement cette publicité, d’accéder au système financés par les autres, merci à tous ! Continuer la lecture

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Jouissance

N’étant ni juriste ni sexologue, qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire sur le sujet ?

Sans aller chercher bien loin dans ma connaissance directe et indirecte du monde profond et secret des archives, il m’est facile d’évoquer plusieurs situations en rapport avec la question.

Le cas le plus neutre est celui de l’archiviste qui, confronté à un lot d’archives de valeur historique oublié dans un grenier ou une cave, ressent tout d’un coup la joie d’être le premier à ouvrir et lire ces documents depuis leur création ou depuis leur classement, quelques siècles ou quelques décennies plus tôt. Le temps se comprime et c’est comme si on prenait un ascenseur ultra rapide pour se retrouver auprès de personnages d’une autre époque (genre Les Visiteurs mais plus subtil). Sans aller jusqu’au frisson ressenti par l’archéologue ou l’explorateur faisant soudain face à un site splendide oublié de l’humanité – tel Burckhardt découvrant Pétra (Jordanie) en 1812, il y a une jouissance certaine de l’archiviste face à sa découverte. Ce sentiment de jouissance est le plus souvent intime, solitaire, mais il peut se manifester collectivement et se partager.

À d’autres moments, une sensation de jouissance, proche de l’ivresse du pouvoir, peut s’emparer de l’archiviste en situation de Continuer la lecture

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Maintenance

Maintenance. Ce pourrait être un mot qui signifie l’art de vivre « ici et maintenant », hic et nunc. Les adeptes de la maintenance seraient ceux (et celles) qu’on appelle communément les épicuriens, ou encore, et c’est assez différent, ceux et celles qui se concentrent sur l’instant présent, pour qui ce qui s’est passé hier est déjà sorti de la vie et ce qui se passera demain ne compte pas. Les réseaux sociaux sont une formidable illustration de cette « maintenance »-là…

Mais ce n’est pas le cas. La maintenance est une activité technique qui consiste à effectuer les travaux, de manière curative mais aussi préventive, pour assurer le bon fonctionnement d’un équipement dans la durée (et pas seulement maintenant !). Le fait d’entretenir, réparer, ou vérifier une machine pour éviter des dysfonctionnements est pratiquement aussi ancien que l’existence des machines, ce qui remonte très loin dans l’histoire, et le mot « entretien » en français désigne ces tâches depuis longtemps. Pourtant le terme de maintenance dans ce sens est récent en français (fin du XXe siècle) et si on le rencontre plus tôt dans la littérature, c’est pour exprimer le fait de maintenir une idée, une attitude… ; dans son acception technique actuelle, le terme est un emprunt à l’anglais (un des très nombreux mots latins de l’anglais) via le vocabulaire du monde industriel. Une langue crée de nouveaux mots quand elle en a besoin.

La première définition normative de la maintenance date de 1994 dans un texte de l’AFNOR. Mise à jour en 2001, elle dit « Ensemble de toutes les actions techniques, administratives et de management durant le cycle de vie d’un bien, destinées à le maintenir ou à le rétablir dans un état dans lequel il peut accomplir la fonction requise. »

C’est que le développement industriel et la sophistication des outils ont conduit à spécialiser des métiers sur ces opérations pour en faire une activité à part entière, avec ses règles, ses techniques et ses formations spécifiques, et même son jargon, par exemple avec la TMA (tierce maintenance applicative) qui s’est imposée dans toutes les religions (et que même l’athée aima…).

Du coup, maintenance et entretien cherchent à redéfinir leurs périmètres respectifs d’intervention. D’après Wikipédia, « la maintenance concernerait tout ce qui fait appel aux énergies (électricité, pneumatique, mécanique, hydraulique, automatique, électronique, informatique, etc.) tandis que l’entretien concernerait tout ce qui n’est pas technologique (nettoyage, peinture, plomberie, serrurerie, menuiserie, vitrerie, etc.) ».

Et, soudain, une question me traverse l’esprit : qu’en est-il de l’information ? Est-elle entretenue ? Est-elle maintenue ? Ou n’est-elle qu’une chose immatérielle attachée à l’instant présent, une manifestation du « maintenant » ?

Certes, on entretient les documents, supports de l’information, au moyen de pochettes plastifiées pour éviter de les salir ou de les déchirer sur le court terme, ou au moyen de chemises en papier neutre pour le grand voyage dans le temps, ou bien en rafraîchissant des bandes magnétiques, ou encore en migrant les données sur un autre support.

Certes, on maintient les systèmes informatiques où circulent les données, où sont stockés les documents numériques, où sont capturées les traces de connexion, grâce à des sauvegardes, des contrôles, des tests, des développements, des mises à jour système, etc.

Mais l’information elle-même ? Puisqu’elle n’est pas réductible au support qui ne fait que l’héberger à une date donnée, ni réductible au système par lequel elle transite, on devrait pouvoir répondre à la question ! Je vais avancer une suggestion : du point de vue de son propriétaire (la personne physique ou morale qui en assume l’existence et les conséquences), l’information doit être maintenue, c’est-à-dire que ce propriétaire doit prendre les mesures préventives et curatives pour éviter une défaillance de cette information (sa non-disponibilité) et des accidents (sa mauvaise utilisation) ; du point de vue de l’utilisateur, l’information s’entretient – comme la rumeur mais aussi comme la santé – en la manipulant, en la retweetant, en la recopiant, en l’expliquant, en la commentant, etc.

Mais ce n’est qu’une suggestion…

 

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Reconnaissance

Je tiens à exprimer ma plus vive et plus entière reconnaissance aux législateurs de tous les pays démocratiques qui ont, par leur engagement politique et leur expertise, contribué à la construction d’une réglementation fiscale solide et équitable, applicable à tous les citoyens d’un pays, comme il est logique dans un système démocratique. Si je leur suis reconnaissante, c’est parce que leur action a incité ceux qui s’estiment trop riches et trop importants pour payer l’impôt à contourner le système ; parce que ces règles fiscales ont incité les milliardaires resquilleurs à trouver des biais pour ne pas verser leur obole au pot commun ; parce que l’existence de certaines lois a excité l’imagination d’opulents personnages, handicapés du sens civique, pour escamoter leurs obligations.

Or, je suis particulièrement reconnaissante aux exilés fiscaux, ces personnalités de notre histoire contemporaine qui ont décidé de dérober leurs surplus de lingots d’or et de patrimoine aux regards de l’administration et qui ont résolument choisi de s’installer dans un pays plus accueillant. Je leur suis reconnaissante, indirectement mais reconnaissante tout de même, parce que leur désir incompressible de placer leur argent sale ou pas très propre dans un paradis fiscal a suscité l’émergence et l’épanouissement de cabinets d’avocats spécialisés dans la création de sociétés offshore et a incité des hommes d’affaires à répondre à ce besoin afin de faciliter leur vie de fraudeurs.

Car je veux dire ici toute ma reconnaissance pour ces cabinets juridiques lointains qui, grâce à ces clients peu regardants de la loi et de la morale, ont rédigé au fil des années des kyrielles de registres de sociétés-écrans, des paquets de tableaux de flux financiers, des notes juridiques avisées, et aussi une foultitude de mails anodins ou imprudents, créant ainsi de beaux dossiers qui constituent de magnifiques archives. Je leur suis reconnaissante parce que ces activités border-line ont excité la curiosité de hackeurs et de lanceurs d’alerte ; parce que ces belles archives, bien nourries, bien classées, ont incité des journalistes d’investigation à enquêter ; parce que ces révélations ont suscité l’intérêt des médias d’information.

Et je tiens à exprimer ma plus sincère reconnaissance à John Doe (pseudo du lanceur d’alerte à l’origine des Panama Papers), mais aussi aux journalistes d’investigation de l’ICIJ qui ont analysé les millions de fichiers subtilisés aux serveurs du cabinet Mossack-Fonseca, ainsi qu’aux éditeurs de logiciels qui ont permis le traitement et la protection des données. Je leur suis reconnaissante d’avoir mis à la disposition du grand public (dont je fais partie) le détail de cette affaire d’envergure.

Bref, j’adresse ma reconnaissance à tous ces acteurs. Car si la législation fiscale n’existait pas, il n’y aurait pas de fraudeurs. Sans fraudeurs, il n’y aurait pas de paradis fiscaux. Sans paradis fiscaux, il n’y aurait pas d’enquête sur les paradis fiscaux. Et je n’aurais pas pu écrire l’article « Panama papers : 4 remarques sur la forme » que j’ai publié la semaine dernière. CQFD.

Et je leur tire mon chapeau, un panama pour l’occasion (sous les tropiques, c’est de rigueur).

 

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Panama papers : 4 remarques sur la forme

Le fond de l’affaire fait couler beaucoup d’encre (je devrais plutôt écrire : fait glisser beaucoup de doigts et de pouces sur beaucoup de claviers). Le fond de l’histoire ne m’a pas surprise et, s’il ébranle le monde politico-financier, il ne change pas mon ordinaire. En revanche, la forme des « Panama papers » a retenu toute mon attention : les mots, le système de recherche, les volumes et le point de départ de l’opération.

Terminologie documentaire et archivistique

La première remarque concerne les mots utilisés, en anglais et en français, pour parler des informations en cause. J’ai d’abord analysé le texte de référence, c’est-à-dire le texte publié par l’ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists) sur son site.

Je pense y avoir trouvé la réponse à une première question que je me posais : pourquoi Panama papers et pas Panama Leaks ou Panama Gate ? L’appellation a été choisie par l’ICIJ, peut-être parce que dans le monde des avocats, la notion de papiers est encore très présente.

L’article est assez long (près de 6000 mots). Il présente de manière factuelle les résultats des investigations. Les termes qui désignent les sources divulguées sont principalement document et record, utilisés respectivement 36 et 31 fois ; le mot file est aussi très présent (27 occurrences) : A massive leak of documents exposes… The cache of 11.5 million records shows… The files reveal… The leaked records come from… The files contain… The secret documents suggest…

Information et data sont moins fréquents (10 et 5 fois). Ils apparaissent notamment dans les phrases suivantes : “The information from this unremunerated whistleblower documents transactions as far back as the 1970s and eventually totaled 2.6 terabytes of data” et “The data includes emails, financial spreadsheets, passports and corporate records”, que les Echos, via le Süddeutsche Zeitung présentent ainsi:

Dans les médias francophones, on trouve différentes traductions : le mot qui, dans le corpus d’articles que j’ai constitué, apparaît le plus souvent est sans doute document mais on trouve aussi fichiers et archives : « Mes collègues et moi avons analysé des archives contenant 11,5 millions de documents internes provenant des fichiers de Mossack Fonseca »  (rue89) ; « La fuite contient la quasi-totalité des archives et données informatiques d’une seule et même société » (le Matin) ; « des millions de documents confidentiels, baptisés « Panama Papers » » (lci.tf1) ; « 11 millions et demi de fichiers, les archives du cabinet, depuis 1977 jusqu’à 2015. Plus de 2,6 téraoctets de données » (rtl) ; « millions de documents et données provenant des archives de Mossack Fonseca » (le Monde) ; « près de 11,5 millions de documents, piratés dans les archives » (nouvelobs) ; « 11, 5 millions de documents des archives du cabinet panaméen Mossack Fonseca » (les Échos).

Conclusion, loin des recommandations artificielles et inopérantes de l’AFNOR, le mot records est volontiers  traduit par archives et c’est très clair pour tout le monde. Cela méritait d’être souligné. Le mot document est l’entité documentaire de second niveau, comme fichier qui a une connotation plus technique.

À noter aussi que le mot dossier qui est courant en français dans les expressions « dossier d’affaire » ou « dossier client » et qui aurait même pu servir de nom français à l’affaire « Dossiers panaméens » ou « Dossier Panama » (plus court) n’apparaît quasiment pas (je n’ai relevé qu’une occurrence dans les Échos). File est donc systématiquement traduit par fichier (informatique), alors qu’il a aussi le sens de dossier en français. La raison en est que face aux deux sens de file en anglais, le sens informatique l’emporte sans appel.

Le plan de classement est mort. Vive le moteur de recherche !

Les articles de presse qui détaillent un peu la méthode d’investigation du consortium (le Monde ou la Dépêche) mettent en évidence les technologies qui ont rendu possible ces révélations (mécanisme de requête approximative, logiciel de traitement de données OpenRefine, l’outil de visualisation en graphes Linkurious…).

Comme je l’explique volontiers à mes clients et à mes étudiants, le plan de classement documentaire, l’indexation, les métadonnées saisies par l’utilisateur, c’est périmé ; c’est un truc du XXe siècle. La puissance des moteurs de recherche rend d’une certaine façon caduc l’exercice de classement intellectuel. La machine ordonne (numériquement, alphabétiquement ou selon tout autre critère qu’on lui indique) beaucoup plus vite et mieux que l’humain. Le bond quantitatif est énorme. La génération actuelle des moteurs de recherche sait créer à la volée, à partir de la demande de l’utilisateur, le plan de classement qui répond le mieux à ses besoins, et qui ne sera pas forcément le plan de classement d’un autre utilisateur.

Cependant, l’efficacité des outils d’exploitation de l’information et des algorithmes de recherche doit beaucoup à la « qualité » du fonds exploité. Par « qualité », j’entends ici deux notions majeures pour l’exploitation d’un fonds d’archives : la structure et l’exhaustivité.

Ce qui importe, en effet, dans une opération de traitement algorithmique de l’information de preuve, c’est que le fonds de données dans lequel on navigue soit structuré ou structurable au travers de quelques éléments basiques qui sont constitutifs de toute action tracée ou enregistrée : une date, un lieu, un ou plusieurs acteurs identifiés et un verbe qui dit la nature de l’action (acheter, regarder, payer, entrer, sortir, autoriser, refuser, informer…).

De ce point de vue, le fonds du cabinet Mossack-Fonseca est structuré, comme l’est le fonds de tout cabinet d’avocats, d’une manière simple, hiérarchique et rigoureuse avec, comme colonne vertébrale, la liste ou le registre des clients, d’où partent les dossiers clients composés, d’une part, des documents légaux (actes de société), d’autre part, chronologiquement, des séries d’opérations (ici les  tableaux de flux financiers) et des courriers/courriels échangés.

Avec un ensemble de dossiers de provenances diverses ou non structurés sur des sujets dont la liste n’est pas connue, les requêtes serait plus difficiles ou, plutôt, les résultats de ces requêtes seraient plus difficiles à interpréter et à vérifier.

Sur le plan qualitatif, il me semblerait toutefois inapproprié de parler de bond ou de seuil franchi. Les méthodes manuelle et algorithmique ne sont pas comparables ; elles sont complémentaires. En effet, l’algorithme fait gagner beaucoup en brassage de données mais l’utilisateur perd quelque chose qui a été essentiel pendant des siècles, c’est le contexte, le contact physique, direct, avec la matière étudiée, la vue du tout au départ de la recherche, l’approche en zoom du chercheur ou de l’expert qui sait percevoir en quelques secondes, par des indices visuels et sensoriels, une foultitude d’informations sur la densité des archives, sur le mode de création des dossiers, sur la fiabilité de l’information exploitée, etc.. Sauf erreur ou manque d’expérience de ma part, avec les algorithmes, on perd cela et on ne sait pas encore vraiment le remplacer. C’est peut-être ce que disent les policiers en comparant les outils technologiques de la police scientifique et le mode d’enquête des « vieux » commissaires à l’affût des comportements humains…

Autre remarque concernant l’exhaustivité. Quand le nom d’un grand de ce monde ne sort pas de la moulinette mise en place par l’ICIJ, cela ne veut pas dire que cette personne ne possède pas de société offshore quelque part ou n’a pas fraudé le fisc. Cela signifie simplement qu’elle n’est pas ou n’était pas cliente de Mossack-Fonseca. Car si le lot de documents que représentent les Panama Papers est exhaustif en termes de noms de clients et d’actionnaires, le cabinet Mossack-Fonseca (malgré sa réussite et son assise mondiale) ne détient pas le monopole de la prestation de ce genre de service. Certains journaux n’ont pas tort de le faire remarquer. Il faut veiller à ne pas confondre exhaustivité d’un fonds d’archives et exhaustivité de la connaissance.

Des volumes qui donnent le vertige… à certains

Le troisième aspect de cette analyse de forme tient au volume d’information et aux indicateurs de mesure de ce volume.

Les journalistes en général (je ne parle pas des journalistes d’investigation) et la plupart des gens qui les lisent ont le tournis devant les chiffres avancés : 11,5 millions de fichiers (4,8 millions de mails, 3,1 millions de tableaux, 2,1 millions de PDF, etc.), soit 2,6 To de données, etc.

Les réflexions de certains organes de presse sont à cet égard très révélatrices : « Le journal allemand possède son lot d’experts du data-journalisme, mais à lui tout seul, il lui aurait fallu des dizaines d’années pour éplucher l’entièreté des données collectées. » (vanityfair) ; « … selon plusieurs médias ayant épluché les fichiers provenant des archives du cabinet d’avocats basé au Panama » (Nicematin). Quant aux Échos, on y trouve une bien curieuse équivalence… : « 2,6 tera octets, soit l’équivalent de 34.665 épisodes de séries télévisées! ».

Les professionnels de l’information, ceux dont le quotidien est le traitement des documents (fichiers, mails, données) produits ou reçus par une entreprise et qui l’engagent vis-à-vis de la loi ou vis-à-vis d’autrui, ne seront pas surpris, eux, par ces chiffres, Dieu merci ! Le volume de la fuite est impressionnant, celui des données, non.

Ce qui ressort, là, c’est que le numérique atomise la perception de l’information, que la dématérialisation centuple les unités d’information. Et la société n’a pas encore établi et enseigné les indicateurs appropriés à cette nouvelle appréciation de l’information dans l’environnement numérique.

Raisonnons. Avec 240000 sociétés gérées par le cabinet Mossack Fonseca, les 11,5 millions de documents donnent une moyenne de 48 documents par dossier ce qui n’a rien d’exorbitant, certains dossiers étant très minces quand d’autres atteignent plusieurs milliers de pièces comme le signale les Échos.

Petit calcul à partir de la donnée « 11,5 millions de fichiers ». Avec l’hypothèse, très réaliste, qu’un fichier correspond en moyenne à 3 ou 4 pages d’un document ou dossier papier, on aurait donc pour le cabinet Mossack-Fonseca un ensemble de 40 millions de pages. À raison de 800 pages par boîte d’archives de 10 cm de côté, on aboutit à 5 kilomètres linéaires de documents. Avec 500 collaborateurs du cabinet, cela revient à 2 armoires de dossiers par collaborateur depuis 1977 (il y a plus de documents pour la dernière décennie que pour les années 1980 mais cela ne change rien).

En répartissant le même volume de 5 kml de dossier par les 376 journalistes qui ont travaillé à l’affaire, cela fait (de manière assez théorique, je l’admets) 14 mètres linéaires par journaliste à exploiter, ce qui n’est pas démesuré (deux grandes armoires) ; la question est plus celle de l’organisation des résultats, de l’échange entre les membres de l’équipe de journalistes et des vérifications extérieures, comme dans tout travail d’enquête.

Sans outils de mesure entre l’objet documentaire et la connaissance potentielle qu’elle referme, on risque de retomber dans un imaginaire fantasmatique. Pour ma part, je croise tous les jours des entreprises qui ont accumulé 2 To de données, et bien davantage.

Ce qui doit impressionner n’est pas le volume des données mais leur mise en commun, leur partage dans un cadre immensément plus large que le cercle des destinataires initiaux, au moyen des technologies numériques. On parle trop des données et pas assez des réseaux.

Au commencement était la messagerie électronique

À force de chercher sur le net, j’ai fini par trouver l’information essentielle qui me manquait : le point de départ de la fuite est le piratage du serveur de messagerie de Mossack-Fonseca (voir nouvelobs) : les mails, bien sûr, externes et internes, avec les pièces jointes. J’aurais aimé plus de détail mais je n’en ai pas trouvé.

La messagerie électronique est symptomatique de la question de la gouvernance d’entreprise en matière d’information. Le risque est dans les échanges incontrôlés (contenus) ou mal sécurisés (routage, stockage). C’est ce que le CR2PA, Club de l’archivage managérial, s’efforce d’expliquer au travers de ses actions. Mais les dirigeants d’entreprise se comportent plus souvent comme des cigales que comme des fourmis. . Ils risquent de se trouver fort dépourvus quand la bise sera revenue.

***

Cet article entend démontrer que la gestion de l’information est une discipline à part entière :

  1. qui nécessite une métrique claire (à reconstruire dans le monde numérique) ;
  2. qui se doit de concilier les concepts diplomatiques, archivistiques et documentaires avec les technologies de l’information (réseaux, cloud, moteurs de recherche, etc.);
  3. et qui se renierait en acceptant de mettre la machine avant l’humain.

Dans l’affaire des Panama Papers, il s’agit a priori de journalistes qui, au nom du bien commun, s’en prennent à des individus supposés délinquants mais les technologies et les méthodes d’analyse sont, seraient les mêmes pour des gens malhonnêtes qui voudraient nuire à d’honnêtes citoyens.

Soyons donc vigilants, car on vit une époque formidable !

 

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Gourance

Si tu t’imagines
Fillette fillette
Si tu t’imagines
Xa va xa va xa
Va durer toujours
La saison des za
La saison des za
Saison des amours
Ce que tu te goures
Fillette fillette
Ce que tu te goures

Pour (ré)écouter Juliette Gréco, cliquez .

Ce poème de Raymond Queneau reprend, après Horace et Ronsard, le thème (éternel lui) des conséquences dévastatrices du temps qui passe sur la beauté de la jeunesse et l’erreur que commettent si souvent les humains en croyant qu’aujourd’hui durera…

Cette gourance qui consiste à ne pas voir que le temps s’écoule inexorablement pour tout être et toute chose est très répandue. Issue d’une mauvaise appréciation de l’effet du temps, elle est observable dans de nombreux domaines et le poème est transposable à l’envi. Par exemple, on aurait pu écrire, il y a quelques temps déjà :

Si tu t’imagines
Disquette disquette
Si tu t’imagines
Xa va xa va xa
Va durer toujours
La saison des za
Saison des archives
Qui courent et qui vivent
Ce que tu te goures
Disquette disquette
Ce que tu te goures
Les belles données
Les zéros clonés
Les uns combinés
Si tu crois xa va
Xa va xa va xa
Va durer toujours
Ce que tu te goures
Disquette disquette
Ce que tu te goures
Formats dans l’impasse
Supports qui s’effacent
Les données trépassent
C’est déjà ton tour
Les données s’effritent
Les zéros se mitent
Les uns se délitent
Alors migre migre
Change de support
Vise l’e-coffre-fort
Échappe à la mort
Si tu le fais pas
Ce que tu te goures
Disquette disquette
Ce que tu te goures
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Résistance

Dans son édition du 26 mars 2016, quelques jours après les attentats de Bruxelles, le journal Le Monde publie un ensemble de dix-sept petits textes sur le thème de la résistance. Le terrorisme a réveillé un concept que les médias réservaient il y a peu encore, en page « éducation », au Concours national de la Résistance et de la Déportation organisé avec les associations d’anciens combattants pour les collégiens.

Les diverses facettes du concept de résistance sont abordées par les uns et les autres [les mots en gras sont de mon fait] :

  • le fait de tenir bon face aux insultes ou aux mauvaises influences (Ismaël Saidi) ;
  • la résistance peut être une affaire individuelle mais elle est surtout une affaire collective (Pascal Couvert) ;
  • « Nommez l’ennemi, nommez le mal, parlez haut et clair, tout est là, le reste est détail, il relève de la technique » (Boualem Sansal) ;
  • « résister, c’est aussi combattre ces clichés, ces préjugés et ces imprécisions du langage et de la pensée » (Ruwen Ogien) ;
  • résister à la tentation d’ajouter à la confusion, et « refuser de relayer les rumeurs et les photos de corps » (Damien Leloup) ;
  • il faut se garder de transformer la résistance en « surenchère répressive » et « refuser de détruire [l’État de droit] au motif de le défendre » (Mireille Delmas-Marty).

La principale citation que je veux retenir se trouve sous la plus d’Annette Wievorka, historienne (et ce n’est pas un hasard…) : « Car le plus difficile, […], c’est bien de comprendre ce monde nouveau et mouvant dans lequel nous vivons ».

Comprendre et connaître le contexte avant d’opérer un acte de résistance efficace. Ce qui veut dire aussi que la résistance s’inscrit dans le temps, et que le temps passé et le temps à venir ne sont pas dissociables du temps présent. Or, la dimension temporelle est assez peu présente dans cette série de textes sur la résistance.

Résister pourquoi ? Parce qu’on veut préserver l’intégrité de personnes, de territoires, de biens et de valeurs qu’on ne veut pas perdre, pour pouvoir en jouir encore demain.

Comment résister ? En se blindant le jour où l’ennemi a déjà frappé ou en anticipant les risques grâce à l’analyse des éléments qui interagissent, avec leur évolution respective et leurs incompatibilités, et en réfléchissant à des alternatives à la confrontation délétère ?

Quand faut-il agir ou au contraire s’abstenir ? Est-il parfois trop tôt, ou trop tard ?

Je prends l’exemple, très banal, d’un document d’archives face à l’usure du temps (mais on pourrait tout aussi bien penser à une plage face à la montée du niveau de la mer, aux femmes enceintes face au zika ou à la tranquillité des internautes face aux publicités intrusives).

Donc, une personne constate que tel document un peu ancien auquel elle tient est déchiré ; pour le rendre plus résistant, elle va le barder de bandes de scotch. Emplâtre éphémère ! Car le scotch est, à moyen et long temps, un ennemi avéré des archives ; l’acidité de la colle va attaquer le papier et le jaunir puis se détacher du papier. Dans cet exemple, le remède est pire que le mal. Si l’on sait cela, on saura qu’il faut procéder autrement pour contribuer à la résistance du document (voir les techniques de restauration par exemple ici). Et on sera aussi sensibilisé au fait que, s’il est trop tard pour mieux produire ce document-là, la production de nouveaux documents de valeur doit intégrer les principes de conservation dès le départ (en numérique comme en papier d’ailleurs).

Moralité : ignorance et superficialité pervertissent les actes de résistance.

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Confiance II

Quelle confiance accorder à un article de presse, à un texte universitaire, à un écrit encyclopédique, voire à un billet de blog ?

Plusieurs éléments entrent en ligne de compte, et d’abord l’auteur. Il ne s’agit pas d’être nécessairement d’accord avec les commentaires des faits ou les opinions exprimées mais d’ajouter foi à l’exposé des faits commentés. On lit avec confiance le texte d’un auteur que l’on connaît déjà, qu’on a déjà lu et apprécié. Le capital confiance acquis par la lecture de précédents écrits fonctionne comme un crédit qui se reporte sur les nouveaux, avec le risque de la déception puis du discrédit en cas de défaillance par rapport aux attentes du lecteur.

Ceci suppose que le texte ait un auteur. Or, il y a des exceptions. Il est ainsi frappant de constater que depuis les turbulences qui ont agité la direction du journal Le Monde il y a deux ans, les éditoriaux du Monde sont non seulement anonymes mais encore se trouvent relégués en dernier page. N’est-ce pas paradoxal pour un éditorial ? L’absence de signature se veut peut-être une signature collégiale mais elle sonne surtout comme une cloche qui dirait « passez votre chemin, personne n’a pas grand-chose à dire ici ».

Quand l’auteur n’est pas connu, l’éditeur en tant que personne qui a choisi l’auteur, peut transférer sur lui son propre capital confiance. La personnalité de l’éditeur semble avoir perdu de son prestige depuis un demi-siècle dans le monde du livre imprimé et qu’il ne s’est pas encore affirmé dans le monde numérique. On parle beaucoup d’éditorialisation mais ce nouveau concept est assez technique, ras du texte et on cherche parfois vainement une vision éditoriale au sens des grands éditeurs des XIXe et XXe siècles.

Quand l’éditeur n’est pas plus connu que l’auteur, le critique peut être le vecteur de la confiance. Le critique est la personne qui connaît l’éditeur ou qui a lu l’auteur et qui, au travers de son analyse d’un écrit, va inspirer ou non confiance à son propre lecteur qui décidera alors de lire le document d’origine. La critique traditionnelle semble elle aussi en perte de vitesse ; les comptes rendus de lecture se font plus rares que naguère ; les publications, peut-être trop nombreuses ou trop légères, sont signalées, référencées, citées, mais finalement peu critiquées, sans doute parce qu’Internet permet au lecteur de butiner directement des informations sur l’auteur, de voir des images, de lire des extraits, de voir le nombre de likes sur les réseaux sociaux ; sans doute aussi parce que l’immédiateté ambiante empêche d’attendre qu’un critique ait pris le temps de rédiger une analyse complète sur la publication en question et pousse du même coup le critique à expédier un avis superficiel ou de complaisance. Dommage.

Dans le domaine universitaire, on pourrait se fier, pour la qualité des textes, au diplôme de l’auteur mais les différentes affaires de plagiat révélées ces dernières années ont mis en évidence la négligence et la légèreté de ces jurys qui ne lisent pas les thèses ou n’osent pas les noter à leur juste valeur.

À qui se fier alors ?

Les références, les liens hypertextes vers les sources utilisées, ont cette fonction de prouver le sérieux de l’article en donnant au lecteur le moyen d’aller vérifier par lui-même la véracité de ce qui est avancé. Est-ce la panacée ? Certes, l’absence de toute référence dans l’exposé d’un fait peut être suspecte (le meilleur exemple sur le sujet est le canular de Shane Fitzgerald, cet étudiant irlandais qui, en 2009, a piégé The Guardian et d’autres journaux en ajoutant dans la biographie de Maurice Jarre sur Wikipédia un récit de son invention, juste pour prouver le manque de rigueur des journalistes). Mais l’excès de références produit l’effet inverse. Quelle confiance accorder à un texte farci de références à chaque ligne ? La concaténation de citations est-elle un garant de l’exactitude et de la pensée ? Qui vérifie les références ? Il est du reste assez facile de fabriquer des liens sans véritable valeur intellectuelle ; beaucoup ne s’en privent pas.

Reste la consistance de l’article lui-même, sa logique, sa vraisemblance, sa cohérence ; là, au moins, on devrait n’avoir besoin de rien ni de personne pour se faire sa propre idée de la valeur d’un texte. Il faut juste un peu d’esprit critique…

C’est finalement comme pour les champignons : pour savoir ce qui est comestible ou toxique, savoureux ou insipide, on peut se fier au guide touristique, au mycologue averti ou au pharmacien, mais surtout à son éducation et à sa propre expérience.

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Confiance I

Avoir confiance, c’est avoir l’intime certitude qu’on ne vous trompe pas.

La confiance n’est plus ce qu’elle était.

Jadis cohabitaient trois catégories de gens : les naïfs qui étaient prêts à acheter un élixir de jeunesse ou des casseroles magiques au premier bonimenteur baratinant le chaland sur la place du village ; ceux qui se défiaient de tout et de tous ; et ceux qui faisaient confiance à leur boucher pour la qualité de sa viande provenant de bovins qui ruminaient dans le pré voisin le mois précédent, à leur médecin de famille pour son empathie pluri-décennale, à l’instituteur pour sa méthode et sa patience et à d’autres personnes aux compétences diverses avec qui ils entretenaient une relation personnelle et de proximité, une relation de confiance.

Dans la société connectée, où la technologie et les réseaux peuvent multiplier par cent le nombre d’informations et par mille la possibilité de leur diffusion, ou plutôt par dix mille le nombre de données et par cent mille le temps de leur propagation, le rapport aux choses évolue. Toutefois, entre ceux qui cliquent sur tout ce qui bouge sans réaliser qu’ils s’engagent et aliènent leurs données personnelles, et ceux qui répondent aux spams leur annonçant qu’ils ont gagné à la loterie, la proportion des naïfs n’a pas faibli. Et il y a toujours un parti de ceux qui se défient du numérique comme du reste et qui refusent catégoriquement toute transaction sur le net.

Entre les deux se situe la majorité de la population qui cherche de nouveaux critères de confiance quand la relation humaine de proximité qui inspirait (ou non) confiance fait place à des outils sophistiqués, à un dispositif dont on ne peut appréhender humainement les tenants et les aboutissants. Que devient la confiance spontanée dans un monde où l’accès aux denrées alimentaires, à la santé ou à la connaissance dépend d’un système complexe qui ne fonctionne que par écrans interposés, où le code-barres remplace la vue et le toucher (par exemple, les petites rayures noires et blanches qui certifient que ces lasagnes sont fourrés à la viande de bœuf), où l’algorithme remplace l’expérience (logiciel anti-pollution dans les moteurs automobiles…), où la notification remplace la conversation, où les polices de caractères remplacent le tracé évocateur du manuscrit ?

La confiance numérique est en question. La confiance que l’homme peut accorder à l’outil numérique se résume le plus souvent à la fiabilité de celui-ci, une fiabilité technique ou mathématique. La confiance en la qualité, en l’authenticité, en la sincérité des choses est-elle vraiment la confiance en l’outil ou la confiance dans les humains impliqués dans la production et la diffusion de ces choses ? La confiance –  ou la défiance – dans une machine ou une information peut-elle ne pas être liée à la confiance qu’y accorde une personne que l’on connaît et en qui on a confiance ?

Face à une passerelle qui enjambe un précipice, qu’est-ce qui peut inspirer confiance ? L’apparence de l’ouvrage aux poutrelles métalliques flambant neuves ? La notice d’un guide de voyage, publié par un éditeur que vous appréciez, qui vante sa qualité ? Le guide qui vous accompagne et qui vous rassure parce que vous lui faites confiance, à lui ? Le fait que plusieurs personnes viennent de la traverser sous vos yeux sans dommage ? Le fait que vous êtes déjà passé plusieurs fois sur des passerelles semblables ? Ou le fait que, avant de vous élancer à votre tour, vous avez pris soin de vous encorder à un solide tronc d’arbre ?

La confiance numérique a d’abord à voir avec la confiance dans une personne. Or, le numérique va vite mais l’humain requiert du temps.

Et la défiance ? C’est pareil.

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Bienveillance

La bienveillance n’est pas le fait des animaux. Une mère poule, louve ou manchote veille sur ses petits et en général « veille bien » mais la bienveillance, en tant que vertu conduisant à un comportement généreux envers autrui, est le propre des humains.

La bienveillance est le « charme » par lequel la bienfaisance opère, explique Vladimir Jankélévitch dans Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien (1957). On peut l’observer dans sa vie familiale, sociale, ou au travail, ce dernier lieu d’exercice de la bienveillance ayant actuellement le vent en poupe dans les médias. En lien avec le bien-être au travail – dont le déficit a bien des effets négatifs quand il ne provoque pas des drames, la bienveillance dans l’entreprise est devenue un sujet d’étude.

Le bien-être au travail dépend de la bienveillance de tous et de chacun, ou peut-être de chacun et de tous. La question est : qui doit commencer ?

En tout état de cause, ce sont bien les humains qui font preuve de bienveillance.

Sauf… ceux (et celles) :

  • qui sont un peu ours et qui restent dans leur coin, évitant ainsi les situations où leur bienveillance pourrait être sollicitée (dépanner la machine à café, proposer une solution, formuler un mot d’encouragement, se charger d’une petite tâche qui fait avancer le schmilblick et caetera) ;
  • qui sont chiens, bougonnent, ne se mêlent pas, ne s’occupent que d’eux-mêmes, sont susceptibles, etc., autrement dit ceux qui ne sont pas « pas chiens » ;
  • qui se font les corbeaux pour dénoncer anonymement leur prochain et leur plus lointain – notamment sur les réseaux sociaux, avec une lâcheté que les volatiles du même nom ne se permettraient pas ;
  • qui se montrent rats et ne participent pas au cadeau offert au collègue qui part à la retraite ou dans un autre poste ;
  • qui posent régulièrement un lapin parce qu’ils ont oublié le rendez-vous fixé, par négligence, insouciance ou autre manque de générosité ;
  • qui harcèlent leur petits camarades, leurs responsables ou leurs stagiaires, au point de les faire devenir chèvres ;
  • qui jouent les cigales en s’éclatant tout au long de l’année aux frais de la princesse sans voir les autres qui triment ;
  • qui jouent les fourmis concentrées sur leur petit business, avec un respect aveugle et implacable de la petite procédure, trop occupées à ruminer leurs petites souffrances pour prêter attention à celles des autres ;
  • sans parler des butors de toutes espèces ;
  • et des blaireaux de tous poils (black or white) qui étalent leur manque de savoir-vivre dans les transports en commun, dans l’ascenseur (qui est aussi un moyen de transport en commun), dans les magasins, dans les jardins publics et dans les services non moins publics.

Jusqu’à preuve du contraire.

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Ordonnance

Comme document, une ordonnance est une recommandation émanant d’une autorité, généralement un médecin ou un gouvernement, avec application immédiate. L’ordonnance énonce ce qu’il faut faire pour résorber un dysfonctionnement, remettre de l’ordre là où le désordre s’est manifesté, là où un vice enraye le bon fonctionnement du corps, humain ou social. En principe.

L’ordonnance peut également émaner du juge, avec les noms toujours poétiques du langage juridique : ordonnance de référé, ordonnance de renvoi (rien à voir avec les RGO ou reflux gastro-œsophagiens – le bicarbonate de sodium n’est là d’aucun secours), ordonnance de non-lieu et ordonnance non-conciliation (les ordonnances de oui-quelque chose n’ont pas droit de cité), ordonnance de prise de corps, ordonnance de soit-communiqué, etc.

En dehors des cadres médical, législatif et judiciaire, la rédaction d’une ordonnance est purement gratuite. Celle qui suit l’est doublement : elle est sans fondement officiel et elle ne coûte rien.

Symptômes : perte de mémoire historique et gaucheries caractérisées dans le maniement de l’information et des outils numériques.

Prescription :

  • ingérer l’ordonnance de Villers-Cotterêts promulguée par le roi de France François 1er (à l’époque François tout court – il en va du nom des rois comme du nom des papes, on numérote à partir du second) en 1539 ; outre la particularité d’être le plus ancien texte législatif français encore en vigueur (du moins les articles 110 et 111 concernant la langue française), l’ordonnance de Villers-Cotterêts est à l’origine de l’état civil puisqu’elle instaure la tenue de registres des baptêmes des sujets du roi ; l’enregistrement des mariages et des sépultures suivra en 1579 avec l’ordonnance de Blois ; la tenue en double des registres (mesure de sauvegarde pour l’archivage) sera décidée par l’ordonnance de Saint-Germain-en-Laye en 1667 ; quatre siècles et demi plus tard, tous les États n’ont pas encore mis en œuvre cette pierre angulaire de l’archivage national ;
  • inhaler les « Ordonnances de juillet », appellation collective de plusieurs ordonnances prises par Charles X le 25 juillet 1830 ; ces ordonnances-là prévoyaient s’inscrivent dans un tout autre registre : le roi décide de suspendre la liberté de la presse, dissoudre la chambre des députés et modifier le système électoral… L’effet réel à l’opposé de l’effet recherché, fut de provoquer une insurrection les 27, 28 et 29 juillet (les Trois Glorieuses) et la chute peu glorieuse du roi ; comme quoi, légiférer par ordonnance est effectivement très rapide mais le lieu d’atterrissage n’est pas garanti… À méditer (l’histoire est un anticorps mais les politiques sont en général trop prétentieux pour croire qu’ils peuvent être malades) ;
  • siroter ou suçoter (pour une fixation efficace de leur principe actif) les différentes ordonnances du XXIe siècle (prises par des gouvernements de droite et de gauche) relatives au développement de l’administration électronique et à l’évolution du droit dans l’environnement numérique (en lien avec la reconnaissance légale de l’écrit électronique de la loi du 13 mars 2000) – commencer par l’ ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, et celle 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats, du régime général et de la preuve des obligations. Pour la posologie (volume de texte à absorber, fréquence de lecture et de relecture, renouvellement du traitement), cela dépend du degré de maturité du patient face à la société numérique ; par exemple, pour ceux qui impriment encore sur papier les documents validés sous forme électronique au motif que « le papier seul fait foi », il est recommandé de tripler la dose. Si les symptômes persistent, il faudra envisager une opération…

 

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Chance

« La chance, c’est un autre mot pour dire le destin, me reprit Maxie, ses yeux brillant d’une lueur mystique. Soit on le prend en main, soit on se le prend dans le cul ». Ce sont les propos que John Le Carré prête à un de ses personnages, un mercenaire en Afrique, dans son roman Le Chant de la mission.

Un autre Anglais expérimenté, Winston Churchill, a déclaré : « La chance n’existe pas; ce que vous appelez chance, c’est l’attention aux détails ». La sentence a un parfum de sérendipité : l’observation assidue de son environnement permet non seulement de trouver ce que l’on cherche mais aussi de trouver ce que l’on pourrait chercher, et encore (d’aventure, by any chance…) de détecter les indices d’une menace ou de repérer une opportunité à saisir.

Il est amusant de noter que le mot « chance » – formé  sur le verbe choir (tomber) pour désigner la façon dont les dés tombent de la main du joueur et plus généralement la façon dont les événements vous tombent dessus – n’a pas connu la même évolution en anglais et en français. L’anglais a conservé le caractère tantôt positif tantôt négatif de ce qui arrive ; chance en anglais se traduit fréquemment par « risque » : to take a chance signifie aussi bien tenter sa chance que prendre un risque. En français, en revanche, la connotation négative est tombée en désuétude et le mot chance est aujourd’hui utilisé avec le sens de « heureux » hasard, de bonne fortune, de succès. Du reste, il y a un mot particulier pour le hasard malheureux, c’est la malchance, en anglais bad luck ou misfortune.

La citation de John Le Carré laisse entendre que la chance est le résultat d’une confrontation entre un événement extérieur et un comportement individuel : d’un côté un danger, d’origine naturelle ou humaine, avec des probabilités de survenance selon le temps et le lieu (inondation, chute de pierres, crise financière, agression, flash de radar sur une route à vitesse limitée, maladie, revente des données personnelles sur les réseaux sociaux, etc.), de l’autre, la possibilité et la volonté de connaître ce danger, de l’anticiper, de l’éviter, de le contrer. Le curseur se promène sur le front des cas de figures…

Jean n’a pas de chance : la promotion attendue lui est passée sous le nez (y aurait-il un lien avec son tweet « mon patron est un con », abondamment retweeté ?) ; la police lui a retiré son permis de conduire après que son véhicule ait renversé un piéton dans une rue en sens interdit (pas facile le lire en même temps un SMS et le panneau indicateur) ; son ordinateur a été piraté ; son appartement a été cambriolé (ah oui, en y repensant, cette conversation l’autre jour au restau avec des amis sur les digicodes et les mesures de protection mises en place par les uns et les autres, à la table d’à-côté, ils avaient l’air d’écouter attentivement…) ; sa maison de campagne sur le bord de la rivière a été complètement dévastée par une crue ; son avion est parti sans l’attendre (la tour de contrôle ne gère pas les embouteillages automobiles) ; avec tous ces soucis, Jean a pris du poids ces derniers temps et ne rentre plus dans son jean ; son couple bat de l’aile, etc.

Jean raconte ses mésaventures à Chris qui, pour sa part, a obtenu un nouveau job, a gagné un prix à un concours d’arts plastiques ; garde la ligne en combinant intelligemment gastronomie et activité physique, a eu un bonus de son assurance pour bonne conduite et a trouvé un trèfle à quatre feuilles dans un jardin public.

Considérant l’inégalité de sa situation par rapport à celle de Chris, Jean s’exclamera immanquablement : « Oui mais toi, tu as de la chance ! » ou encore, dans une variante un tantinet argotique : « Oui mais toi, tu as le cul bordé de nouilles ! ».

Conclusion, cette histoire de chance, du début à la fin, c’est tout de même un peu cucul.


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Excroissance

La croissance, c’est bien. La décroissance, ce n’est pas mal. Mais, sans aucune hésitation, ce que je préfère, c’est l’excroissance.

Excroissance en un seul mot, bien sûr, car l’ex-croissance, la croissance d’avant, ne relève plus de l’actualité ; elle a rejoint la liste des objets dépassés, comme l’ex-Yougoslavie, l’ex-KGB, l’ex-musée de l’Homme, l’ex-président, l’ex-ministre…

L’excroissance concerne d’abord les êtres vivants, dont le principe est de croître jour après jour, car il ne saurait y avoir excroissance sans croissance. Les excroissances se rencontrent sur la peau et les os sous la forme de protubérances qui parasitent le corps humain comme les acrochordons et les exostoses. On les trouve aussi sur les troncs d’arbre, sous les noms de broussins ou de loupes.

L’excroissance est une anomalie de croissance, un écart par rapport à la norme. Elle se caractérise par l’émergence de quelque chose là où, a priori, en suivant les règles observées ou établies, rien ne devrait pousser. La raison de cet écart de comportement est un blocage des circuits d’alimentation et de respiration habituels, une contrariété dans le processus de croissance qui conduit à cette déviation, à la formation d’une saillie dans la silhouette standard du corps considéré.

Plus généralement, le mot excroissance peut s’appliquer à tout ce qui dépasse d’un corps, d’un objet, d’un processus, voire d’un phénomène politique, social, linguistique, etc., dès lors que le développement attendu connaît une orientation imprévue, une nouvelle branche dans une nouvelle direction.

Il faut bien avouer qu’au sens propre, l’excroissance a souvent une sale allure… Un bourrelet, un orgelet ou un kyste sont rarement agréables à regarder.

Mais, comme en beaucoup de choses, il faut dépasser les apparences. L’excroissance brute peut renfermer des beautés ou des trésors en puissance. La meilleure illustration de cette affirmation tient dans les meubles et tableaux de marqueterie réalisés par le dessinateur alsacien Charles Spindler (1865-1938) et ses émules à partir de loupes d’arbres, par exemple sa « chaise à dossier pensée », créée en 1908 et conservée au au musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg dont voici le dossier :

où je ne peux m’empêcher de voir la tête d’un moustachu aux yeux pensifs, peut-être la tête d’un historien qui réfléchit aux excroissances archivistiques et aux gibbosités documentaires qui nourriront sa thèse…

Car les archives aussi connaissent des excroissances. Dans le processus d’accroissement d’un fonds archivistique, il se trouve toujours des documents que l’on n’attend pas, des pièces qui échappent à la normalité des séries organiques, des sources documentaires qui dérogent à la production ordinaire des archives. Ces excroissances archivistiques sont le fruit d’une intelligence contrariée par une organisation trop rigide ou trop mollassonne, comme le journal d’un directeur qui s’ennuie pendant les réunions et écrit ses pensées ou croquent ses collègues dans un cahier qui restera, ou bien une collection de correspondance semi-personnelle ou encore des dossiers thématiques dont le bourgeonnement est due à une initiative individuelle.

Certaines de ces excroissances sont aussi  moches que creuses ; d’autres s’avèrent de petites pépites pour celui ou celle qui sait les détecter et apprécier leur valeur.

À examiner à la loupe, évidemment !

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Décroissance

Le préfixe/préverbe dé- est assurément l’un des plus subtils de la langue française ; c’est en tout cas mon préféré (ex-aequo avec ré-).

Ainsi la décroissance n’est pas seulement le fait de décroître (comme la croissance est le fait de croître) mais aussi le fait, sensiblement différent, de croître moins vite, autrement dit le fait de ralentir la croissance.

Le concept politico-philosophique de décroissance est relativement récent. Il découle de la comparaison entre la croissance démographique et économique et les ressources de la planète qui l’alimentent. Constat : la balance penche en défaveur de la nature… Parallèlement, le bonheur de l’humanité– que la croyance scientifique et populaire a longtemps corrélé à la croissance économique – n’est pas au rendez-vous.

Le plus n’est pas une fin en soi.

Le mieux concurrence le plus (vive les gastronomes et les nutritionnistes !) mais la qualité ne suffit plus. L’adéquation à l’environnement et aux autres est le nouveau modèle pour tempérer les excès de la mondialisation.

Voici venue l’heure du juste, de la consommation adaptée à la fois aux besoins et aux moyens, par exemple avec la simplicité volontaire, philosophie de la décroissance. C’est juste sensé.

A priori, la décroissance vise le flux et non le stock. Il ne s’agit pas de détruire ce qui est produit mais de réduire l’augmentation du stock en produisant moins vite, le temps de permettre à la nature le temps de régénérer les ressources, ce qui se fait sur un terme court, moyen, long ou très très long selon les matières, et parfois pas du tout.

Mais l’idée d’une dose de raisonnable, basé sur le pourquoi avant le comment, concerne toutes les activités. J’en conclus que la décroissance s’applique aussi à l’archivage (flux) et aux archives (stock).

Du reste, parmi les conseils de base pour la simplicité volontaire, j’en relève plusieurs qui sont parfaitement transposables à la gestion de l’information et à l’archivage : apprenez à fabriquer par vous-même ; désencombrez votre intérieur ; consommez mieux et localement ; découvrez les vertus du partage et de l’échange.

Quelle pertinence à consommer dix feuilles de papier ou dix fichiers numériques pour écrire à quelqu’un qu’on va lui téléphoner, sans avoir rien à lui dire d’ailleurs, puis stocker le tout négligemment ou, ce qui est pire, archiver chaque élément soigneusement, parce qu’une loi française mal écrite et mal comprise dit que « tout document est archive » ou que « tout écrit est trésor national » ? C’est drôle le jour du carnaval mais irresponsable au quotidien.

Faut-il stocker toutes les données au motif que nos aïeux ont eu jadis soif de connaissance sans pouvoir l’assouvir, faute de documents ?

La capacité des technologies numériques à tout enregistrer, tout sauvegarder, tout rechercher, est-elle une raison nécessaire et suffisante à un archivage illimité ?

Pourquoi faire payer aux générations d’aujourd’hui et de demain la préservation et la pérennisation de kilomètres et de teraoctets d’archives inutiles ?

Le discours sur la décroissance pourrait efficacement inspirer une politique d’archivage…

Il faudrait pour cela donner plus de place à l’intelligence humaine, celle qui met le bon sens au service du bien être et qui a bien du mal à trouver sa place entre l’enclume de l’intelligence académique et le marteau de l’intelligence artificielle.

Il faudrait aussi un peu de courage politique, denrée rare. Les ressources de la planète en courage politique seraient-elles déjà épuisées ?

 

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Croissance

On nous rebat les oreilles avec la croissance : « La croissance en France a atteint 1,1% en France en 2015, selon les chiffres publiés par l’Insee » ; « Après des années de décélération, la croissance des ventes en ligne accélère à nouveau depuis près d’un an » ; « 35 Zettaoctets en 2020. C’est le volume des données qui devra être stocké à cette échéance soit une croissance moyenne par an de 45 % par rapport au 1,2 Zo de la fin de 2010 ».

Pour ma part, je me contente d’observer scientifiquement le phénomène de la croissance des données, des documents et des archives.

Car la croissance est un phénomène, naturel ou humain, et non une fin en soi.

Quand on considère la totalité des archives (accumulation des traces de l’activité humaine depuis l’invention de l’écriture qui permet de produire sciemment des traces), on peut être effrayé de l’accroissement des volumes stockés et surtout de l’accélération du rythme de cette croissance depuis quelques décennies. Il y a trente ans déjà, Michel Melot soulignait le vertige qui peut saisir le bibliothécaire face à la masse de documents engrangés, prenant l’exemple des monceaux d’affiches publicitaires conservées à titre patrimonial.

On parle de croissance exponentielle mais si le terme est évocateur dans le langage courant, il n’est vraisemblablement pas rigoureux pour les archives dans la mesure où les archives sont une matière physico-intellectuelle bien difficile à mesurer. Certes, les services d’archives établissent annuellement des statistiques relatives aux accroissements des collections mais si on essaie de dégager des taux de croissance, on se rend compte que les termes de la comparaison sont souvent de natures hétérogènes : ce ne sont pas tout à fait des torchons et des serviettes que l’on compare mais des flux avec des stocks, des boîtes avec des documents, des actes avec des pages, des informations et des octets, des originaux et des copies…

Et puis, que conclure de ces chiffres ? Est-ce beaucoup ? Est-ce trop peu ? Quelle est la référence ? Existe-t-il un modèle auquel on pourrait valablement se reporter ? Peu importe, les chiffres augmentent et on s’en félicite.

Cette griserie collective de la croissance des archives pourrait laisser croire que la qualité des archives est corrélée à leur quantité… Si la connaissance historique était indexée sur la masse des archives, on pourrait penser que plus les archives d’une société sont volumineuses, plus sa population connaît l’histoire. À voir et écouter l’actualité, on a plutôt, hélas, le sentiment du contraire tant l’histoire, ancienne ou récente, est ignorée de notre énarchie and Co.

Je reprends un exemple concret et fiable que j’ai déjà commenté il y a quelques années mais qui continue de me turlupiner. Dans son rapport de 2011 sur l’avenir des Archives de France, le conseiller d’État Maurice Quénet, cite quelques chiffres sur la collecte des archives des cabinets des ministres français de la Défense : 20,8 mètres linéaires pour le cabinet d’Alain Richard (1997-2002), 70 ml pour celui de Michèle Alliot-Marie (2002-2007). En un quinquennat, le taux de croissance de ces archives est de 335 % ! So what ?

Je serais curieuse de savoir ce que représenteront au printemps 2017, dix ans après le départ de Michèle Alliot-Marie, les archives papier du cabinet de Jean-Yves Le Drian pour le quinquennat en cours. La projection du taux énoncé plus haut conclut à 784 mètres linéaires de dossiers… Une bonne trouée dans la forêt de Brocéliande !

Mais, me diront certains, ce discours est complètement périmé avec le numérique car les volumes de données ne sont plus un problème, ça tient dans une petite puce et les moteurs de recherche retrouvent tout. Qu’ils se détrompent car autant qu’on puisse l’observer à ce jour, avec le numérique, c’est pareil. Et en plus, c’est pire !

 

 

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Redondance

La redondance (de l’information), c’est comme le cholestérol : il y a la bonne et il y a la mauvaise. La bonne correspond à l’information en plus ; la mauvaise, à l’information en trop.

La redondance positive, celle de l’information en plus, concerne la sauvegarde délibérée des données : les données stockées sur des serveurs, des disques, des fichiers, sont redondées, c’est-à-dire, dupliquées, voire tripliquées sur d’autres serveurs, disques, fichiers, dans un but de sécurité. La copie de sécurité existait déjà avec la copie manuelle, la photocopie ou le microfilm mais cette acception du mot redondance ne s’est développée qu’avec l’informatique. Cette redondance est technique, déconnectée du sens de l’écriture. Elle vise l’enveloppe, le support, pour prévenir une défaillance du système, et non le contenu qui reste cependant le bénéficiaire final de l’opération.

La redondance négative, celle qui correspond à l’information en trop, est assez subtile. J’en distingue trois types : la redondance administrative, la redondance documentaire et la redondance archivistique.

La redondance administrative renvoie à la production de documents superflus dans l’accompagnement d’une tâche, par exemple la lettre ou le bordereau d’envoi d’une facture ou d’une attestation, du même signataire, mentionnant seulement « ci-joint la facture » ou « ci-joint l’attestation ». Ces documents d’accompagnement sans valeur ajoutée, outre le gaspillage de temps et de papier, dénote l’application irréfléchie d’une procédure inadaptée, un goût de l’emphase parfois, un manque de sobriété assurément.

La redondance documentaire est issue de la reproduction, par divers acteurs, d’un texte publié par un autre, le véritable auteur. Le procédé est en vogue sur le Net où, pense-t-on, l’espace ne coûte rien et peut rapporter beaucoup… Le cas le plus typique est la reproduction des dépêches de l’AFP, coquilles comprises, contribuant à « la vacuité des professionnels de “la com’” » dénoncée par cyceron. La diffusion pour son propre compte d’une reproduction prime la rediffusion d’une production qui serait plus honnête. On peut y voir la flemme de la réécriture ou l’incompétence du commentaire.

La redondance archivistique est la conséquence organique des processus, parfois complexes, d’élaboration des connaissances et des décisions.

D’une part, la production de statistiques, de journaux comptables, de rapports scientifiques ou d’études économiques suppose la collecte de documents bruts, traités et récapitulés dans un document définitif. Les informations récapitulées sont redondantes, partiellement comme dans un bulletin de salaire dont le mois de décembre ne reprend pas toutes les données de l’année et n’autorise pas à détruire les onze premiers bulletins, ou intégralement comme dans des formulaires d’enquêtes dont toutes les données sont compilées dans la restitution finale.

D’autre part, la ramification des processus de concertation, d’approbation et de décision se traduit par la production de nombreux exemplaires d’un document (les destinataires) ou d’un dossier (les membres de la commission) dont certains resteront de passives copies tandis que d’autres vivront leur propre vie, alimentés par d’autres informations, façonnés par un autre classement, enrichis par un autre contexte, intégrés dans un autre fonds.

La redondance archivistique conduit au tri, à la nécessaire destruction des archives inutiles car si la disparition de documents apparemment redondants peut s’avérer catastrophique, la grande majorité des documents redondants n’a pas d’intérêt à être conservée, conservation qui coûte, quoi qu’on en dise. La question est d’évaluer correctement le degré de redondance, sur une échelle qui est malheureusement encore à inventer et à normaliser, en fonction d’une analyse argumentée du niveau de risque de la perte d’un document pour les besoins de preuve et de mémoire des métiers d’abord, pour les historiens ensuite. À moins que le sujet de l’étude historique ne soit la redondance elle-même…

 

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Sous-traitance

La sous-traitance est devenue un rouage très important de l’économie. Or on n’en mesure pas toujours toutes les conséquences.

Mais peut-on tout sous-traiter ?

Oui, à condition cependant d’être en position ou en responsabilité de traiter ce qu’on veut sous-traiter. Car comment sous-traiter ce qu’on ne traite pas ?

Aurait-on idée de donner un sous-titre à un document qui n’a pas de titre ?

Imaginerait-on de sous-louer un appartement qu’on ne loue pas ? Hum… Ce deuxième argument n’est pas convaincant car, justement, on trouve des petits malins qui tirent un loyer d’un squat ou des parties communes d’une copropriété… Ce n’est pas un modèle à suivre. Ce n’est pas non plus une sous-location à proprement parler.

Revenons à la sous-traitance.

La sous-traitance, c’est tentant. C’est vrai, pourquoi faire ce qu’on peut faire faire par les autres ?

La sous-traitance est un sport en vogue, un sport de cols blancs qui n’est cependant pas dénué de risque, à plus ou moins long terme.

Dans un premier temps, il y a le risque de ne plus avoir la main sur ce qui est fabriqué. Ne vous êtes-vous jamais demandé, à propos de votre sous-traitant : « Mais qu’est-ce qu’il fabrique ? » J.

Outre la qualité du produit – plus exactement les défauts de qualité – les risques se situent dans la dilution de la responsabilité (la fameuse sous-traitance en cascade), avec les incertitudes sur le respect du droit du travail ou de la santé des employés (de la santé au travail) par les sous-traitants du sous-traitant. Loin des yeux, loin du cœur (et il n’y a pas que les maladies cardio-vasculaires…).

À plus long terme, avec le besoin de mémoire différé, on retrouve la question de l’archivage (voir la question du temps différé dans l’archivage). Je crains que la majorité des entreprises qui sous-traitent n’aient pas encore bien compris que les documents issus de la sous-traitance sont –sauf disposition expression – leur propriété et engagent leur responsabilité. Ces documents possèdent une valeur de traçabilité de la fabrication, mais aussi de justificatif de dépenses et encore de preuve que ce qui a été fait a bien été fait comme cela devait être fait, en application de la réglementation en vigueur à la date de la production, ou du moins dans le respect de l’état de l’art. Or, dans le domaine immobilier, de l’environnement, de la santé, voire d’un « simple » audit, on parle facilement en décennies.

Un beau jour arrive où un avocat, un auditeur, un responsable de projet cherche le document qui prouve que les choses ont bien été faites comme elles devaient l’être. Et c’est là qu’arrive la question qui fâche : où est le document ? Qui l’a archivé ? Qui était chargé de le conserver ? Qui a pensé à préciser dans le contrat de sous-traitance les responsabilités d’archivage entre l’entreprise cliente et le sous-traitant ? Qui a pensé que la conservation a un prix et qu’il est préférable d’anticiper cette dépense plutôt que d’attendre que les papiers soient moisis ou que les données soient illisibles ?

Eh oui, la sous-traitance mérite d’être gérée avec soin dans la perspective du risque documentaire.

Sans parler de l’ennui de l’ingénieur qui passe tout son temps à rédiger des cahiers des charges et à relire des livrables de sous-traitants, alors qu’il a compétence et appétence pour le travail sous-traité. Encore une illustration de la déchéance de rationalité

 

 

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