Humanité

« Demandez L’humanité, l’Organe central du Parti communiste! »… Le slogan, scandé sur les marchés de naguère, est obsolète.

Mais il reste de cette formule une idée pérenne, celle de l’homme, l’être humain, qui joue un rôle central dans le fonctionnement de la machine (l’appareil). Ainsi, si l’utilisateur (l’humain) ne pilote pas le PC (personal computer – ah les sigles !), le système ne peut fonctionner correctement.

En dehors des pannes de courant, des virus informatiques et de l’instabilité des données numériques (maux pour lesquels il existe des antidotes), ce qui est le plus bloquant dans l’usage de l’ordinateur, c’est la masse informe des données, l’électronasse, l’accumulation de fichiers dont la moitié ou les trois quarts et peut-être 90% si on cherche bien, sont inutiles, fauteurs de confusion, potentiellement dangereux (l’actualité pointe régulièrement vers une archive-diable à ressort). Et cette électronasse coûte de plus en plus cher à stocker. Les directions informatiques en sont revenues, de l’idée reçue que le stockage ne coûte rien. Le stockage de données exponentielles est onéreux ; et si les données sont inutiles, la dépense l’est aussi !

Les machines, si puissantes, si performantes ne savent donc pas supprimer les données inutiles ?

Non, elles ne savent pas, et elles ne sauront jamais le faire seules, heureusement, car l’identification de ce qui est inutile relève de l’humain et non de la machine.

Les humains pourront-ils jamais trier ces milliards de données aux trois quarts inutiles ? Non, et heureusement, ce serait inhumain ! Heureusement, il y a des machines pour les tâches fastidieuses !

Le dirigeant qui fait face à quelques millions de fichiers informatiques sur les serveurs de l’entreprise ou de la collectivité se trouve à la croisée des chemins, très précisément de trois chemins :

  • le premier le mène directement vers le Cloud, qui dévorera toutes ses données et exigera régulièrement un nouveau tribut tel un Minotaure que l’on croît apaiser par des libations ;
  • le second le conduit vers Pôle Emploi car il s’agit de recruter sans attendre mille archivistes pour faire le tri des milliards de données, entre ce qu’il faut détruire et ce qu’il faut garder ; pas sûr que les actionnaires ou les contribuables soient d’accord ; pas sûr non plus que la e-archéologie par le petit bout de la lorgnette revalorise la profession d’archiviste ;
  • le troisième l’invite à se poser cinq minutes pour (re)lire cet article de James Santangelo (PricewaterhouseCoopers) qui n’a rien perdu de son actualité : http://content.arma.org/IMM/Libraries/Nov-Dec_2009_PDFs/IMM_1109_rise_of_the_machines.sflb.ashx

L’auteur fait la part du feu entre ce que la machine sait faire mieux que l’homme et ce que l’homme, être pensant et responsable, est seul à pouvoir faire. La solution ? Appliquer les principes fondamentaux du records management et organiser un classement des documents engageants en catégories suivant la responsabilité qu’ils tracent, par opposition à un classement purement thématique qui mêle les documents engageants avec les documents de travail et les copies dans un vaste bazar. Le reste, les outils s’en chargent !

Mais faut-il encore que l’humain veuille piloter la machine, et non l’inverse !

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Évolutivité

« Certains d’entre nous refusent d’évoluer. Les circonstances changent, mais ils refusent de changer avec elles. Ils ne connaissent que les chemins battus, les vieilles tactiques, ordonnées par leurs aïeux et qu’ils s’obstinent à suivre à leur tour, et qu’ils suivront jusqu’à la saint Glinglin. »

Un discours électoral ? Pas exactement. Ce sont les mots que Mark Twain, dans son Roman de Jeanne d’Arc, de 1896 (éd. française, Le Serpent à Plumes, 2002 p 358) prête au capitaine La Hire pour haranguer les chefs de guerre réticents à continuer le combat au moment où Jeanne veut conduire le dauphin à Reims.

Sans changer grand-chose – peut-être remplacer « tactiques » par « techniques » ou « pratiques » – on  pourrait retrouver les mêmes propos chez tout tribun s’efforçant de réveiller une population prisonnière de ses habitudes face au progrès technologique, refusant d’abandonner le métier à tisser à bras pour le métier Jacquard, ou d’accepter les automobiles à la place des voitures hippomobiles, ou encore de délaisser la faux et le fléau au profit de la moissonneuse-batteuse.

Ce pourrait être aussi le discours des défenseurs de l’archivage managérial aux adeptes des archives intermédiaires dans le monde numérique qui est désormais le nôtre, à moins que le « nuage » qui plane au-dessus de nos têtes n’absorbe aussi la saint Glinglin…

Transférer des documents accumulés dans un bureau vers un local d’archives, c’était bien quand ces documents étaient pertinents, bien identifiés et physiquement stables, c’est-à-dire il y a bien longtemps… Mais l’évolution technologique, sociale, politique, culturelle fait qu’aujourd’hui les actes qui engagent la responsabilité (faire, dire, savoir) sont loin d’être toujours tracés correctement, identifiés de façon satisfaisante et stockés en toute intégrité, de sorte que les classeurs et chemises qui attendaient jadis sagement le passage de l’archiviste pour une nouvelle vie dans l’antichambre des archives historiques, ont été remplacés par des kyrielles de bits trop souvent approximatifs, agglutinés sur des supports précaires, rapidement inexpressifs, déformés, inexploitables, sans garantie d’intégrité en attendant d’être tout simplement désintégrés ! Est-il sérieux de penser qu’on peut laisser s’accumuler des fichiers numériques par millions sans se préoccuper de leur production ni de leur qualité puis, quelques années plus tard, les ouvrir un par un pour voir s’ils sont intéressants pour l’histoire ?

Cette évolution des traces archivables exige une évolution des méthodes d’archivage.

Évolutivité : capacité à évoluer, adaptabilité à l’environnement. C’est aujourd’hui une qualité que l’on attribue plus souvent aux machines qu’aux humains. On parle de l’évolutivité des ordinateurs et des applications informatiques pour qualifier leur aptitude à répondre à la demande, à satisfaire des besoins croissants de performance, au travers de composants différents (une carte, un processeur, une mémoire…).

On se dit que l’humanité ferait bien de s’inspirer de l’ordinateur dans son aspiration à évoluer. Mais est-ce vraiment à la technique de montrer l’exemple à l’humain ? Ne devrait-ce pas être l’inverse ?

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Durabilité

Suite de l’histoire « fidèle et durable » (pour ceux qui n’étaient pas là la semaine dernière, il s’agit de la copie d’un document probant (article 1348 du code civil) et pas du président de la République…

Sur la fidélité, il y aurait encore à dire mais à chaque semaine suffit sa peine et il faut passer à la durabilité.

Durabilité. Un radical plutôt court [rappel : il ne s’agit pas de politique !] et un double suffixe : -abil aux nombreuses possibilités, et –ité, évidemment.

La durabilité renvoie à un objet solide, inusable, ou presque. Pour les uns, cela fait penser au petit lapin-tambour de Duracell ; pour d’autres à une marque de chemise qui porte bien son nom car elle ne date pas d’hier… Sauf que ça finit quand même par s’user. Certes il y a un bon capital au départ mais quand il a fondu, ça s’arrête…

Durabilité est facilement donné comme synonyme de pérennité mais s’il y a deux mots, c’est qu’il y a une différence. Il apparaît que la durabilité s’applique essentiellement aux objets dont elle constitue une qualité intrinsèque.

Dans le monde du vivant, on ne parle pas de durabilité, on parle de pérennité (ou de vivacité) : les botanistes parlent du linum perenne, pas du linum durabilis !

Il ne s’agit plus d’un objet et de sa résistance à l’usure à compter du jour de sa fabrication ou de sa mise en service ; il s’agit d’un corps vivant qui se maintient en vie au fil du temps en interaction avec le monde vivant qui l’entoure. Ce n’est pas l’organisme en soi qui est pérenne, c’est l’organisme dans son environnement.

Pour revenir à la conservation d’archives en général, et d’archives électroniques en particulier, on peut certes gloser sur la durabilité objective du support (une sorte de chemise Kidur virtuelle…) mais le support, sans le contenu et sans les éléments de traçabilité qui accompagnent la gestion du document archivé, n’est rien.

Ce qui a du sens, c’est la pérennité du document archivé dans sa complétude, c’est-à-dire un contenu, un contexte, une date, un support, des règles associées et les traces de son cycle de vie. Et c’est le système qui permet de maintenir vivant le document archivé, tant que son utilité demeure, pas son seul support « durable ».

Décidément, cet article 1348 du code civil gratte un peu… Il vieillit mal.

Alors ? Faut-il pour autant recommander l’infidélité et la fugacité ?

Quelle drôle d’idée !

Non ! Ce qu’il faut, c’est de la confiance et de la pérennisation !

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Fidélité

Donc (voir le billet de la semaine dernière), pour les copies, la notion de fidélité aurait damé le pion à celle de conformité.

L’article 1348 du code civil, issu de la loi du 12 juillet 1980, dit : « Les règles ci-dessus [production d’une preuve écrite] reçoivent aussi exception lorsqu’une partie ou le dépositaire n’a pas conservé le titre original et présente une copie qui en est la reproduction non seulement fidèle mais aussi durable. »

À l’époque, le texte vise la réalisation de microfilms et de photocopies (papier). C’est clair. Puis est venu le numérique et l’article 1348 a été mis en avant pour favoriser la numérisation suivie d’une destruction du papier numérisé (argument à l’origine de nombreux projets de GED). Enfin est arrivée la reconnaissance légale de l’écrit sous forme électronique, « admis en preuve au même titre que l’écrit sur support papier, sous réserve que etc. » (loi du 13 mars 2000).

Quelques années plus tard apparaissent des formulations curieuses.

L’instruction fiscale du 11 janvier 2007 décrit les conditions auxquelles les entreprises peuvent conserver sous forme électronique le double des factures clients émises sous forme papier. Optime ! Mais, comme le fait très justement remarquer Me Thierry Piette-Coudol dans un article consacré à la « copie fidèle et durable », le texte, en se référant à l’article 1348, confond « copie » et « double » ; il est vrai les fondamentaux de la diplomatique ont été injustement malmenés par l’usage du numérique.

L’arrêt de la Cour de Cassation du 4 décembre 2008 (voir le commentaire de Me Isabelle Renard) condamne la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) de la Marne, dans le litige qui l’oppose à la société Continent France, au motif que le courrier produit par la CPAM comme preuve de sa bonne foi, est présenté sous la forme d’une impression postérieure à la date présumée dudit courrier – de surcroît non signée – et n’en est donc pas une « copie fidèle ». Certes ce fichier Word et son impression ne valent pas tripette, dépourvus qu’ils sont de traces de validation et de date. Cependant, l’argument, là encore, s’accorde mal avec une analyse diplomatique.

Question : le double d’un courrier émis a-t-il jamais valablement prétendu être une « copie fidèle », ou plutôt une « copie » tout court ? Rédiger le brouillon (ou projet) d’un courrier qui sera mis en forme après validation de sa teneur et enregistré, geste séculaire dans le travail de bureau, ne correspond pas à la production d’une copie mais d’une minute. Les milliers de volumes de copies-lettres, peluriers ou chronos de courriers, autant de doubles (non signés) qui ont accompagné des décennies de secrétariat étaient-ils irrecevables ? Non, bien sûr, dès lors que les règles minimales d’enregistrement (numéro séquentiel, date) étaient respectées.

Dans Gaspard, Melchior et Balthazar, Michel Tournier montre le roi de Nippur (Balthazar) s’émerveillant de la beauté des taouages et scarifications des compagnons noirs du roi de Méroé. Gaspard lui répond : « Je tiens compte de cela quand je choisis mes hommes. Jamais un tatoué ne m’a trahi. », provoquant la remarque de Balthazar : « Étrange métaphore qui identifie tatouage et fidélité. »

Voilà enfin une définition ! La fidélité s’oppose à la trahison, et se matérialise par le tatouage et non par le clonage. La fidélité ne réside pas dans une reproduction à l’identique mais dans la trace irréversible du lien entre les deux parties. C’est bien par la traçabilité (identifiant, tatouage numérique…) que passe la fidélité entre un document et son double ou sa copie, et non par une apparence d’identité.

C’est à se demander si, en matière de fidélité, la littérature n’est pas plus pertinente que la loi…

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Conformité

Conformité.  De quoi ? À quoi ?

Dans conforme, il y a con, et il y a forme.

Con, c’est facile, tout le monde connaît ; ça veut dire… « avec » en latin et c’est le préverbe ou le préfixe de l’accompagnement, du partage : convivial, complice, confédération, convergence…

Forme, c’est une autre paire de manches… C’est très « informe » comme concept : s’agit-il des mensurations ? De l’agencement des composants ? De l’élan (genre « superforme » ?)

Bref, conformité a deux sens. Le premier, un peu désuet, renvoie à l’identité de deux entités indépendantes que l’on compare : dans une paire de manches (voir ci-dessus et ci-dessous), les deux manches peuvent conformes ou pas (ici, oui) :

La comparaison s’applique non seulement à des éléments matériels ou à des objets manufacturés, mais aussi à des idées, aux mœurs… C’est ainsi que dans le grand projet de fédération des États élaboré par Henri IV et Sully il y a quelques siècles (l’idée d’Europe ne date pas d’hier), Sully avait d’abord proposé d’inclure la Russie et ses habitants avant d’y renoncer, à cause, entre autres motifs, « des mille pratiques superstitieuses qui ne leur laissent presque aucune conformité avec nous ». Sic.

Le second sens, plus fréquent aujourd’hui, désigne le respect d’une relation hiérarchique entre deux choses : la seconde se doit d’être en accord avec la première, à laquelle elle se réfère ou à laquelle on la rattache. Ce cas se divise encore en deux « sous-cas » :

  • la re-production d’un objet ou d’un document au plus près de l’original : conformité physique d’un vase par rapport à son moule, conformité d’une copie par rapport à l’acte d’origine ;
  • la production ou l’existence d’un objet ou d’un document au regard d’un cadre de référence pré-existant ou pré-défini: travaux conformes à la réglementation, construction conforme au plan, loi conforme à la constitution, opération conforme à la procédure, état d’un livre d’occasion conforme à la petite annonce, etc. Il n’y a pas ici de « forme » à proprement parler ; il y a des exigences auxquelles il convient de se soumettre. Le constat de non-conformité, dans ce dernier sens, entraîne en général une action de « mise en conformité ».

Pour revenir aux documents, il est curieux de constater que la « copie certifiée conforme » pratique administrative bien ancrée dans les mœurs s’est émoussée depuis une vingtaine d’années, pour disparaître complètement au tournant du siècle, tandis que la « copie fidèle » a fait son entrée dans le code civil en 1980 et a renforcé son statut avec la loi du 13 mars 2000 sur la reconnaissance de l’écrit électronique.

La conformité serait-elle papière (voire paperassière) et la fidélité numérique ? À suivre…

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Assiduité

Assiduité : présence exacte et régulière de quelqu’un en quelque endroit où le conduisent son penchant, son plaisir ou son intérêt (entre autres).

Exemple : présence des internautes sur ce blog, régularité des visites depuis sa création le 28 juin 2011.

Google Analytics, le gentil et parfois fantaisiste mouchard qui piste les faits et gestes de l’internaute, ou plutôt de son adresse IP (ça fait  mieux par les temps qui courent), est un puits d’information pour l’auteur d’un blog.

Pour celui-ci, il indique 15000  visiteurs en neuf mois dont près de 5000 « revenants » parmi lesquels plus de 400 internautes assidus, comptant chacun cinquante à deux cents visites pour la période : Bienvenue, Welcome, Wëllkom, добро пожаловать, Willkommen, Degemer mad, نرحب !

Outre les pages qui concernent l’auteur du blog (autant savoir un peu à qui on a affaire), les pages les plus consultées sont celles de l’ouvrage Archiver, et après ?, publié en 2007 et mis intégralement en ligne fin août 2011.

La diplomatique numérique connaît un franc succès avec plus de 800 visiteurs attentionnés, ce qui témoigne de l’intérêt de cette discipline émergente.

Cependant, à côté de la traductibilité qui a mobilisé le public professionnel, ou de l’infobésité (l’angoisse du moment), les billets les plus consultés sont « nudité » et « sexualité » ; il est vrai que pour « nudité », la majorité des visiteurs n’ont  fait que passer, déçus sans doute par la nudité numérique … Conclusion 1 : l’esprit est curieux mais la chair est faible. Conclusion 2 : le numérique n’a pas encore convaincu tout le monde…

Le tag le plus cliqué est « mètre linéaire » ; c’est aussi l’expression la plus souvent saisie dans les moteurs de recherche qui aboutit au blog. Cette unité de mesure préoccupe nos contemporains, semble-t-il ; il faudrait creuser ce point davantage.

Mais le plus instructif sont les manifestations de la sérendipité, les expressions a priori étrangères à la « critique malicieuse et hebdomadaire de l’information numérique dans la société, à l’usage de ceux qui pensent (et donc archivent) » et qui, non seulement guident un nouvel internaute vers ce blog, mais surtout le conduisent à y prolonger son séjour. On trouve ainsi, parmi les expressions qui ont fait découvrir et apprécier le site : « cordialité langue française téléphone », « regarder la bouteille à moitié pleine plutôt », « plage naturiste » [amateur/trice de plage numérique ?], « exploiter l’information dans les jpeg », « critique de tweeter », « panneaux écraser vos mégots ».

Quant à l’internaute qui; ayant tapé « archivage inutile » Google, finit par explorer le blog de fond en comble avec une assiduité rare, il prouve qu’il n’est jamais vain de prêcher la bonne parole.

Adonques, poursuivez. Poursuivez ce blog de vos assiduités !

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Sexualité

Les archives ont-elles un sexe ?

Voilà une question qui pour une période de campagne électorale est suffisamment neutre.

Comment ça, neutre ? !

Pour nos amis anglophones peut-être (the record and its metadata), ou pour nos amis germanophones (das Archiv) voire latinophones (archivum). Mais en français, pour sûr, les archives ne sont pas neutres. Elles sont féminines !

Archives est un féminin pluriel, comme le sont les doux mots amours, délices ou orgues, les trois mots hermaphrodites de la langue française. Sauf qu’on ne dit pas « un archive » au singulier. Archives n’existe pas officiellement au singulier ;  l’Académie ne l’autorise pas. Ou plutôt le singulier du mot archives est « un document d’archives », comme l’indique très justement le Dictionnaire des archives publié par l’Afnor en 1992, sous la direction de Bruno Delmas. Depuis, archive au singulier prolifère, avec des sens variés, dans les institutions mêmes où, il y a dix ou quinze ans, on clouait au pilori celui (ou celle…) qui osait parler « d’archive ». Autres temps, autres mœurs…

Mais revenons à la sexualité, avec ses deux volets : la reproduction et le plaisir.

La reproduction des archives est un phénomène assez bien étudié au cours des âges.

Il a fallu quelques siècles pour passer de la copie manuscrite (avec ses nuances d’écriture) à la copie auto-carbonée, pâle et dégradée. Puis tout cela a été balayé par les photocopieurs avec leur accélération de reproduction, qui fait penser aux lapins ou aux souris. Enfin la reproduction numérique a quasiment remplacé ces vieilles pratiques analogiques : avec les scanners et la messagerie électronique, les archives se reproduisent sans même avoir le temps de dire « ouf ! ». Ce n’est plus de la reproduction ; c’est du clonage industriel. La gémellité d’antan (l’original et son double) est complètement dépassée ; à l’ère numérique, on a aisément des quintuplés, des sextuplés, des  centuplés… La comparaison avec les mammifères, même les plus féconds, n’est plus de mise ; l’image du  poisson s’impose.

Et le plaisir dans tout ça ?

Oh ! Il suffit d’être un tantinet voyeur pour réaliser qu’il y a là-dedans toutes les apparences du plaisir : ici, des dossiers bien musclés  se vautrent dans les archives,  des métadonnées s’agrippent à leur fichier, d’autres  données, lassées de leur format, le quittent pour un autre… Ailleurs, des répertoires d’un jour s’emboîtent dans des arborescences  libres de toutes règles, des documents nus s’entassent dans des zips de hasard. Là, des pièces, parfois étrangères, sont attachées à des mails particulièrement  engageants et ils/elles s’empilent les uns sur les unes avec une application licencieuse alors même que l’application a perdu toute licence… Plus loin, des écrits de tous poils s’enlacent, s’entrelacent et se prélassent dans des chemises de couleur. A l’étage, des feuillets de papier se collent à la pochette plastique qui les serre de trop près, des originaux et des copies sont imbriqués les unes dans les autres de sorte qu’il devient difficile de démêler le tien du mien … Un vrai kamasutra archival !

Sans oublier tous ces documents implacablement soumis aux durées légales de conservation…

Et le poète de chanter : l’archive est l’avenir du document, la la la.

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Sérendipité

La sérendipité était faite pour rencontrer le numérique : c’est incontestablement un très beau couple.

Le mot a été créé au XVIIIe siècle à partir d’un conte oriental du Moyen Âge, pour trouver son plein épanouissement au début du troisième millénaire.

Il désigne le fait de découvrir ou de recevoir, dans le déroulement d’un cheminement, quelque chose que l’on ne recherchait pas explicitement, comme les princes de Serendip qui, au cours de leurs aventures persanes, reçurent de nombreux bienfaits sans les avoir spécifiquement sollicités. La sérendipité caractérise bon nombre de découvertes scientifiques et autres, ce qui fut le thème du colloque de Cerisy en 2009. Voir aussi le Voyage en sérendipité.

Le hasard est connu pour faire bien les choses, parfois, mais le hasard ne suffit pas à définir la sérendipité, sinon pourquoi un mot nouveau ?

Les bénéfices de la sérendipité ne sont pas le fruit du seul hasard qui comblerait un bénéficiaire passif, mais plutôt la récompense de celui ou celle qui avance dans un esprit d’ouverture et de curiosité, avec une attitude à la fois positive et volontaire, aventurière et détachée, éveillée et entreprenante, quelqu’un qui fait confiance au hasard jusqu’à ce qu’il devienne une chance, quelqu’un qui cherche à séduire le hasard.

Bien sûr, il n’est pas nécessaire de voyager aux antipodes pour faire des découvertes heureuses. On peut actionner, modestement, la sérendipité à l’intérieur d’un dictionnaire ou d’une encyclopédie papier, en sautant d’une page définition à l’autre, en croisant les définitions, en fécondant les idées par les rapprochements de mots et de concepts, mais les limites du support matériel sont contraignantes. Avec le web2.0, la sérendipité s’envole. Les possibilités de découverte et d’acquisition de connaissances sont démultipliées. Les occasions de nouer des contacts fructueux sont illimitées

D’un autre côté, Internet est un océan si vaste et parcouru de tant de courants divers et souvent contradictoires, que, sans gouvernail et sans but, il est facile aussi d’y faire du sur-place et de croire qu’on voyage ; la pression de « l’actualité » empêche de réfléchir et laisse croire que l’on fait des découvertes alors qu’on tourne en boucle dans un petit paquet de pages, finalement plus étroit que le Petit Larousse… La posture du candidat à la sérendipité doit tenir compte de son environnement géographique et technologique.

La sérendipité assistée par ordinateur (SAO) requiert une plus grande attention au monde alentour que la sérendipité analogique en raison du foisonnement des contenus offerts à l’internaute, une vigilance à la hauteur des facultés de navigation qu’offre le réseau, un e-discernement adapté à la redondance, au manque de fiabilité, à l’instabilité des données, de même que le promeneur solitaire devra être a priori plus attentionné dans la jungle que dans une prairie normande…

La e-sérendipité sera donc au rendez-vous de celui ou celle qui saura voir les portes qui s’ouvrent, frapper aux bonnes portes, cliquer sur le bon lien, revenir en arrière à bon escient, etc. comme le ferait un voyageur esseulé qui rentre le soir à l’hôtel et va, plus ou moins consciemment se tromper d’étage, ouvrir la porte d’une autre chambre, attendre quelques minutes pour partager un ascenseur… provoquant peut-être une rencontre qui lui procurera une soirée plus bénéfique qu’un tête à tête avec la télévision…

On peut faire remarquer, enfin, que dans l’histoire d’origine, les princes de Serendip n’auraient jamais reçu toutes les richesses qu’ils reçurent s’ils n’avaient pas entrepris de visiter le vaste monde. Et ils n’auraient pas entrepris de visiter le vaste monde si le roi leur père ne les avait délibérément expulsés du royaume dans le but de parfaire leur éducation après un enseignement théorique…

La sérendipité, ça se mérite !

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Légalité

Légal. Ça a à voir avec la loi. Les dictionnaires de langue français précisent : établi par la loi, ou conforme à la loi.

Légal vient du latin lex, la loi. Mais régal ne vient pas du latin rex, le roi, qui vient cependant de rex, via le bas-latin, et qui a lui-même donné royal, tandis que loi, de son côté, produisait loyal, en s’éloignant un peu de la loi… Et puis, il y a l’anglais legal (prononcez : liːɡl) qui, tout en ayant la même origine latine (lex) signifie « juridique » plus que « légal » au sens français du terme.

Ah ! Les mots, les mots ! Ils nous embrouillent !

Heureusement, pour nous mettre d’accord, il y a :

Deux ou trois tasses, ne lésinons pas !

Sur ce, reprenons. Qu’est-ce qui est légal ?

Le dépôt, enfin ça dépend lequel : celui des livres et publications, quel qu’en soit le support, institué par François 1er en 1537 et étendu en 1992 à la radio et à la télévision, et bien sûr pas le dépôt des ordures ménagères au milieu des rues (encore que cela n’a pas toujours été, voir de nouveau l’époque de François 1er).

La médecine, quand elle prête main forte à la police ou à la justice dans l’exercice de la loi, avec les autopsies bien connues des amateurs de romans policiers.

L’informatique ? Oui, dans le même cas de figure que la médecine, avec un accent plus moderne, évidemment : voir investigation numérique légale ou computer forensic science.

L’archivage ? Non, l’archivage n’est pas légal à proprement parler puisqu’il n’est pas établi par la loi, en France du moins, mais sans être illégal pour autant, ouf !

Il existe des durées légales de conservation pour certains documents officiels, énoncées par l’un ou l’autre des codes, mais l’archivage en tant que démarche de « mise en archive » de ces documents qu’il faut conserver n’est pas formellement identifié par la loi. Et c’est bien dommage. Mais c’est ainsi. Du reste, est-ce possible ?

Si on se réfère à la définition légale des archives, créée par la loi du 3 janvier 1979, révisée en 2008, inscrite dans le Code du patrimoine depuis sa création en 2004, on peut voir que ce n’est pas simple : les archives sont définies, de facto, comme l’ensemble des documents produits par une personne publique ou privée dans l’exercice de son activité (voir la définition intégrale). La définition est très englobante, très généreuse. Tout est archive. On note surtout que les archives sont en quelque sorte auto-créées, fruit d’une génération spontanée et non de l’acte d’archiver… Peut-on archiver des archives ?

Parallèlement, les entreprises, et les administrations, font face à des volumes exponentiels de papier et de données numériques dont une bonne part est inutile ou périmée (paperasse, électronasse). Les organisations les plus avisées s’efforcent donc mettre en sécurité ce qui est important et de détruire le reste, autrement dit d’archiver leurs dossiers et leurs informations pertinentes. Et pour tout ça, il faut des équipements et des outils informatiques. C’est un marché, qui se développe depuis bientôt quarante ans pour le papier, depuis dix ans pour le numérique. On parle aujourd’hui d’archivage à valeur probante, d’archivage légal… (influence de l’anglais), ce qui est finalement un pléonasme, puisque l’archivage, dans sa définition essentielle de mise en sécurité dans un lieu protégé et géré dans le temps, a justement et principalement pour but de préserver la preuve, l’authenticité des documents qu’il vise…

Toujours est-il que, en France en 2012, l’archivage n’est pas légal mais il aimerait bien le revenir !

En attendant, l’archivage est extra-légal.

Hum !… C’est extra ! Vous en reprendrez bien une p’tite tasse ?


 

Légal. Ça a à voir avec la loi. Les dictionnaires de langue français précisent : établi par la loi, ou conforme à la loi.

Légal vient du latin lex, la loi. Mais régal ne vient pas du latin rex, le roi, qui vient cependant de rex, via le bas-latin, et qui a lui-même donné royal, tandis que loi, de son côté, produisait loyal, en s’éloignant un peu de la loi…

Et puis, il y a l’anglais legal (prononcez : liːɡl) qui, tout en ayant la même origine latine (lex) signifie « juridique » plus que « légal » au sens français du terme.

Ah ! Les mots, les mots ! Ils nous embrouillent !

Heureusement, pour nous mettre d’accord, il y a :

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Illimité

D’étymologie toute simple (préfixe latin « in » pour dire « sans », et limite), l’adjectif « illimité » possède une définition constante dans les dictionnaires de langue française depuis le XVIIIe siècle : « Qui n’a point de bornes, point de limites ». On peut distinguer deux applications : l’une pour la description de la nature ou la qualification de concepts pour exprimer qu’on n’en connaît pas la limite, avec une approche plutôt spatiale : étendue illimitée, liberté illimitée ; l’autre, appliquée à une action humaine pour exprimer que l’on n’a pas fixé de limite, en général temporelle : congé illimité, grève illimitée.

On constate aujourd’hui des emplois dérivés de l’adjectif « illimité » qui se présentent comme des signes d’une dérégulation du temps humain (voir aussi le billet temporalité).

En téléphonie et services web, l’argument de l’illimité est passé au premier plan : appels illimités, SMS illimités, accès illimité, bande passante illimitée, musique illimitée, wifi illimité, jusqu’à « forfait illimité » qui sonne comme un oxymore… Les fournisseurs de services de messagerie électronique vous proposent un « stockage illimité pour héberger vos fichiers et vos e-mails ». On trouve même l’offre d’un « Centre de bronzage illimité » avec « UV illimité » : rien que l’idée, à force de chaleur éternelle, fait froid dans le dos…

Il faut croire que l’accroche commerciale de l’illimité se révèle plus efficace que le classique « à volonté » dont c’est pourtant le sens, comme dans le domaine de la restauration « buffet à volonté ». Car il y a bien une limite, temporelle à ces services : même en ne dormant plus, même en étant hyper-agile de ses deux pouces, même en utilisant tous les artifices de la diffusion à de multiples destinataires, même en sous-traitant à vos amis Facebook (dont le nombre est illimité) pour vous relayer sur votre iPhone pendant que vous faites une pose déjeuner (attention aux frites à volonté !), vous serez toujours limité par le nombre d’heures dans une journée, le nombre de jours dans la semaine, de mois dans l’année, etc. L’illimité dans la publicité correspond donc à une sympathique illusion de liberté, complètement factice, un mirage de liberté qui devient vite un esclavage mais où le consommateur, par peur de ne pas bénéficier du service qu’il pense avoir payé, aime à se précipiter. Grand bien lui fasse.

Dans un autre ordre d’idée, on voit souvent dans les tableaux récapitulatifs des durées de conservation des documents d’archives : « durée de conservation : illimitée ». De deux choses l’une : ou bien les documents doivent être conservés sans limitation de temps par qu’ils ont été sélectionnés au titre du patrimoine historique ; ou bien, ils ont une valeur limitée dans le temps mais dont la borne n’a pas été fixée.

Si les archives relèvent du patrimoine commun, le terme illimité est inutile. Il suffit de regarder les circulaires de tri et de traitement des archives historiques de la direction des archives de France (DAF) / Service interministériel des archives de France (SIAF) : la notion d’illimité n’y figure pas, et c’est bien naturel. À partir du moment où les documents sont versés aux archives historiques, ils font partie du patrimoine, point ; avec tout ce que cela comporte en termes de préservation.

Si en revanche, les documents présentent une valeur pour celui qui les a émis ou reçus, il est hautement souhaitable de définir cette borne de conservation, même si elle relève du long terme (vie des organisations, vie des équipements, vie des personnes) car la définition d’une règle argumentée incite à la bonne gestion de l’archivage, tandis que la « durée de conservation illimitée » incite à la déresponsabilisation. Les records managers américains utilisent l’expression « permanent retention period », l’adjectif permanent, pour autant que les mots soient un vecteur de sens, étant plus incitatif car il évoque davantage une assistance de tous les instants, autrement dit, pour l’archivage, un contrôle et un reporting réguliers de l’état de conservation et de la disponibilité des documents archivés.

La longueur de ce billet étant limitée, on s’en tiendra là pour ce lundi. Bonne semaine !

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Calamité

Le SPAM est une calamité des temps technologiques.

Pourtant, objectivement, si vous voulez gagner facilement beaucoup d’argent et que vous trouvez le loto trop aléatoire, lancez-vous dans le SPAM, le Siphonage des Personnes Âgées Malades, c’est très rentable, et peu risqué.

Mode d’emploi : vous épluchez les Pages Blanches ou vous achetez un fichier commercial ; vous appelez les vieilles dames qui perdent la tête ou les vieux messieurs qui mélangent les francs et les euros ; vous les baratinez, sachant que vous vous adressez à des personnes foncièrement honnêtes et confiantes, jusqu’à ce qu’elles disent oui dans le combiné téléphonique, ignorant que vous saurez valoriser ce « oui » en contrat pernicieux ; si la conversation se passe bien, vous obtenez même le numéro de compte de votre interlocuteur, ça peut servir…

Avec plus de 800 000 personnes en France atteintes par la maladie d’Alzheimer, moins x-% placé en institutions, moins y-% qui malgré tout se méfie des démarcheurs les plus souriants, il reste de la ressource, un marché potentiel. C’est bonnard, Léonard !

Imaginons que vous créez une société de téléphonie que vous appelez Télécom Ltd. Vous partez en campagne où vous jouez facilement de la proximité du nom de votre entreprise avec l’opérateur historique, et vous ramenez une bonne pêche de numéros de compte et de promesses de contrats que l’intéressé n’osera pas ne pas signer quand il le recevra par la Poste avec l’injonction de finaliser la transaction. Et hop, c’est dans la poche. Cool, Raoul !

Ou encore, vous possédez une grosse entreprise de services télévisuels dénommée Entremise Moins. Quand un client âgé, sur le conseil d’un proche attentionné, vous envoie une lettre de résiliation de son abonnement parce qu’il n’utilise plus le service, à réception de la lettre, vous appelez mielleusement ledit client (qui ne se souvient pas de la lettre qu’il a rédigé trois jours plus tôt, c’est ça Alzheimer) et, profitant de l’absence de son entourage formé à la diplomatique et donc rompu à la détection des pièges commerciaux, vous manipulez habilement votre proie jusqu’à ce qu’elle « avoue » que oui, finalement, elle a eu tort de résilier et veut bien continuer son abonnement ; vous enregistrez la conservation de sorte qu’elle vaille contrat, et hop, par ici l’APA (entendez l’Autorisation de Prélèvement Automatique, siphonnée directement depuis l’autre APA, l’Allocation Personnalisée d’Autonomie). À l’aise, Blaise !

Bien sûr, l’abus de confiance visant des personnes crédules ne date pas d’aujourd’hui ni même de l’invention du téléphone. Au début du XIXe siècle, le mathématicien Chasles s’est laissé berner en grandes largeurs par le faussaire Vrain-Lucas. Combien de badauds ont acheté pour quelques sous une petite bouteille d’élixir de jouvence de perlin-pimpin à la foire de la saint Martin ? Mais aujourd’hui, compte tenu du chiffre d’affaire à la clé et des méthodes intrusives et mensongères, l’arnaque aux personnes âgées devient un problème de société, une véritable calamité sociale.

Côté pouvoirs publics, certes il y a l’alinéa 4 de l’article 313-2 du code pénal, mais il faut bien reconnaître qu’il est plus facile de verbaliser et de sanctionner l’automobiliste flashé à 51 kilomètres/heure dans la côte du village qu’il connaît par cœur depuis toujours, parce qu’une « commission » a décidé d’y implanter un panneau de limitation de vitesse à 50 km/h et un radar, que les abuseurs de séniors désarmés.

Si on ne peut pas compter sur la répression, il faut accentuer la prévention. Et pour le SPAM, la prévention, c’est l’éducation et la solidarité, mais la solidarité de personnes elles-mêmes formées à critiquer l’information. Or il est facile de constater en parcourant les commentaires des internautes sur les forums et les blogs de consommateurs et d’usagers que la plupart des citoyens sont incapables de critiquer valablement les paroles et les écrits qui les engagent, hélas.

Une suggestion pour lutter contre cette calamité publique : rendre l’enseignement de la diplomatique obligatoire, dès l’école maternelle. Fantastique, Dominique !

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Simplicité

La simplicité deviendrait-elle tendance ?

La société Azur Technology, éditeur et intégrateur de solutions  de dématérialisation de documents, affiche comme slogan « expert en simplicité » et déclare dans son message de vœu de cette année « En 2012, on aura tous besoin de simplicité ».

Simple ne serait donc plus synonyme de stupide ou de primaire ? Simple voudrait dire élémentaire et compréhensible ? Et pas seulement dans le monde de l’entreprise ? Espoir !

Revenant sur les catastrophes naturelles, industrielles et financières de l’année passée et les incertitudes qu’elles portent, Jean-Marc Vittori , dans son billet « Reprendre la main », en dernière page du Spécial bilan des Échos de janvier 2012, écrit : « Le futur n’est pourtant pas écrit. Avec de l’énergie, avec de la volonté aussi, nous pouvons reprendre la main. Mais à condition d’agir autrement. Il nous faut accepter, simplifier, repenser. », puis « Bien sûr, la réalité n’est pas simple. |…]  Raison de plus pour simplifier tout  ce qui peut l’être : les chaînes de commandement, les lois, les objets. Cette exigence peut amener à relocaliser, à redéfinir les contours d’une entreprise ou d’un service public. Mais c’est un impératif essentiel, minoré par des élites qui tirent leur pouvoir de leur capacité à manier cette complexité. ».

Hélas, il y a encore du chemin à parcourir ! Les tenants de la complexité sclérosante sont encore nombreux. Or, le premier instrument de cette complexité est un langage confus et confusionnel.

Un seul exemple dans le monde de l’information : on rencontre facilement des discours commerciaux ou administratifs qui mélangent sans les mixer les normes internationales sur l’archivage (records management) et des pratiques antinomiques (antinormiques ?), conduisant l’utilisateur à un empêtrement sémantique et opérationnel, au point qu’il finit par trouver normal de ne pas avancer… Celui ou celle qui cherche à comprendre ce qu’il doit faire ou ce qu’il peut faire face à la masse de données et de documents qui font exploser son armoire ou son serveur, trouvera facilement des phrases du type : « Concernant les documents d’activité à l’âge courant, il faudrait songer à verser les records dans un système de gestion intermédiaire de management d’archives ». Qui ne serait pas impressionné ?

Tout de même, ne serait-ce pas plus simple d’oser dire : « Ces documents sont engageants, il faut les archiver. » ?

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Consubstantialité

La consubstantialité est un de ces mots (voir aussi Nativité) qui se rattachent essentiellement au domaine religieux ou théologique  alors qu’ils se révèlent morphologiquement pertinents pour d’autres domaines de la connaissance, et notamment le monde documentaire.

La notion est formalisée par le premier concile de Nicée en 325, qui introduit le principe de consubstantialité du Père et du Fils : le Père et le Fils partagent la même nature, la même essence.

L’usage profane ce mot est assez rare (17 lettres, ça pèse…) mais il est aussi le plus souvent utilisé dans l’expression « X est consubstantiel de Y » dans le sens « X participe de Y » ou encore « X est indissociable de Y », ce qui n’est pas tout à fait le sens originel de « X et Y sont de même nature » ; par exemple dans les phrases : « le mensonge est consubstantiel de la politique » (blog de contribuables) ou « … la numérisation […] tend à mettre en question la consubstantialité [de l’œuvre] avec la texture matérielle de son support en laquelle résidait sa teneur » (article d’Isabelle Rieusset sur le numérique).

Pour revenir aux documents, aux écrits, aux dessins, aux photos ou aux films, il est frappant de voir à quel point des documents distincts semblent faits de la même substance, semblent sortir de la même veine, être constitués de la même matière originelle, de la même façon qu’un coupon de tissu va se transformer en divers vêtements distincts aux formes et aux finalités distinctes.

Cela n’a rien à voir avec le copié-collé qui n’est qu’une décalcomanie plus ou moins bien dissimulée. Il ne s’agit pas non plus du style propre à un auteur ou un artiste. Cela renvoie à la même atmosphère, aux mêmes convictions, au même vécu, qui se dégagent d’un faisceau de documents indépendants, par exemple les dossiers des collaborateurs et adeptes d’un chef charismatique, ou le corpus des cartes postales des poilus de la Grande Guerre, quels que soient les soldats.

Or, comme le numérique provoque une dissémination (sens français et non anglais) de la substance exprimée par l’homme au travers de l’écrit et de l’image, il accélère les influences, l’interpénétration des idées et des expressions, l’intertextualité. En conséquence, le numérique favorise la production de documents consubstantiels, de manière bien plus étendue que ne peut le faire un outil collaboratif d’édition multi-supports tel que le logiciel libre Substance.

On voit cette substance essentielle, ou plutôt cette essence substantielle, poindre dans les réclamations des e-clients, dans les jeux télévisés ou encore  dans les commentaires de blogs. C’est pourquoi il ne serait pas incongru d’envisager la consubstantialité documentaire comme critère d’analyse archivistique pour la sélection de la mémoire patrimoniale. Non ?

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Promiscuité

Il n’est pas rare dans l’archivage de confondre solidarité et promiscuité.
En cause, ce réflexe conditionné (par des siècles de pratiques papières ou par quelques décennies de dérégulation de l’information ?) de considérer que tous les documents ou toutes les informations qui se trouvent physiquement à un certain moment au même endroit ont la même valeur. On met n’importe quoi dans une boîte d’archives et on n’ose plus y toucher, on promène tout du bureau au couloir, du couloir à la cave et de la cave au centre d’archives sans oser remettre en cause le contenu qu’on promène. Pour les serveurs partagés de documents numériques, c’est encore pire. On grave tout en détournant le regard, pudiquement, comme si c’était honteux de regarder de plus près ce qui s’empile dans les répertoires ou dans un cédérom, comme si cette promiscuité documentaire était inéluctable ! Ou alors, il faudrait y voir une contribution, plus ou moins consciente mais assurément généreuse, à la constitution des masses qu’affronteront goulument, demain et après-demain, les nombreux adeptes du dieu TRI…
L’archivage n’est que le prolongement du classement. Si on archive promiscuitement, c’est parce qu’on classe de la même manière, sans tenir compte du caractère solidaire des éléments à classer, sans prendre en compte leur destin.

Les factures de téléphone sont à cet égard un cas intéressant : que l’envoi de la facture se fasse par La Poste ou par Internet, le détail des consommations, autrement dit le détail des numéros appelés, improprement appelé « fadette » pour « facture détaillée » (incise pour les Berrichons: George Sand doit se retourner dans sa tombe ! Pour les non Berrichons: cliquez là), donc le détail des numéros se trouve joint à la facture proprement dite (avec la somme à payer). Et de ce fait, les gens (particuliers, agents administratifs…) n’osent pas les dissocier, comme si une puissance supérieure imposait de laisser unis ces écrits qui l’ont été momentanément. Pourtant, si la facture est bien un document comptable que l’on conserve généralement dix ans, le relevé des consommations, lui, a une valeur de réclamation pendant un an (voir le code des Télécoms) et il est préférable de ne pas conserver plus longtemps ces données pour éviter leur mésutilisation lors d’une enquête administrative ou judiciaire…

Curieusement, ce manque de clairvoyance ne concerne guère que le monde de l’écrit. On n’aurait pas idée de penser que toutes les personnes qui se côtoient à un instant T dans un bus ont une communauté de destin. Cela peut arriver s’il s’agit d’un autocar d’un tour-opérateur qui transporte les membres d’un groupe constitué et interdépendant dans le déroulement du voyage selon un programme préétabli et validé, mais sur une ligne interurbaine, les probabilités sont infimes : les uns vont travailler, d’autres ont rendez-vous avec leur dentiste, d’autres encore se promènent ou reviennent du marché.
Justement, quand vous rentrez du marché, avec un panier garni de produits divers et variés, allez-vous, au motif de cette promiscuité ponctuelle au sein de votre panier, les ranger spontanément au même endroit ? Une personne normalement constituée rangera le beurre et les œufs dans le réfrigérateur, le pain frais sur la table de repas, le fromage de chèvre sous la cloche à fromages, le sirop d’érable dans le placard, le bouquet de basilic dans un verre d’eau, la viande rouge également dans le frigo, le saucisson d’Auvergne dans le garde-manger et les fleurs dans le salon…
Dans tous ces exemples, c’est bien la question de la valeur intrinsèque et de la destinée de chacun et, le cas échéant, de la destinée commune consentie qui joue, et non la proximité physique. Pourquoi pas pour l’archivage ?

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Solidarité

La solidarité est un de ces traits de caractère des personnes ou des groupes humains qui s’appliquent également aux documents, ce qui n’a finalement rien d’étonnant car les documents sont la trace de l’activité humaine et sont donc susceptibles de présenter les mêmes qualités et les mêmes défauts que leurs auteurs : clarté, duplicité, concision, confusion, originalité ou banalité, etc.
Une des définitions les plus courantes de la solidarité est « un lien d’engagement et de dépendance réciproque entre des personnes ainsi tenues à l’endroit des autres, généralement des membres d’un même groupe liés par une communauté de destin (famille, village, profession, entreprise, nation, etc.) ».
Or ce qui caractérise les documents d’une même affaire (une acquisition, un marché, un contentieux…) c’est bien le lien de dépendance des pièces du dossier et la communauté de destin de ces documents.

Le groupe archivistique se construit autour de l’acte qui définit l’affaire (un contrat, une décision, un jugement), acte qui engage son auteur et qui délimite le périmètre du dossier. Les autres éléments documentaires, ascendants ou descendants de l’acte principal, collatéraux et amis très chers, s’agrègent tout au long de l’affaire, dans une relation d’interdépendance, pour créer solidairement le dossier de l’affaire avec le rôle bien précis d’expliquer et de justifier cette action pendant le temps qu’il sera nécessaire de le faire.
Au sein de la petite communauté que constitue le dossier solidaire, pas de discrimination liée à la conformation, la taille, le poids, le lieu de naissance ou la couleur de peau : feuille de papier glacé 170 gr imprimé en couleur, liasse de trois centimètres de papier recyclé agrafée et remplie d’une fine écriture manuscrite, bande son, ZIP de fichiers PDF et JPEG ou fichier numérique au format XML de 7 méga-octets…, toutes les formes sont admises puisque, comme le rappelle la loi, la valeur de l’information ne dépend pas de son support.
Le dossier solidaire engage toutes ses composantes dans un destin commun, que l’on appelle réglementairement et professionnellement la durée de conservation :
« Mes sœurs (les pièces), mes frères (les documents), restons unis, pour le pire ou pour le meilleur ! »
« C’est ensemble que nous irons ensemble au coffre (Fichet-Bauche ou Cecurity.com) ou à la déchiqueteuse ; envers et contre tout, nous resterons soudés ! »
« Notre feuille de route a prévu un voyage de dix ans et nous nous soutiendrons quoi qu’il arrive ; et si un événement imprévu nous obligeait à poursuivre la route dix années de plus, notre engagement tiendra bon et c’est ensemble que nous franchirons ensemble la ligne d’arrivée ! »
« Enfin si, d’aventure, nous étions appelés à franchir le portail prestigieux des archives historiques, nous le franchirions ensemble ! Vive la solidarité ! ».

A suivre

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Médiocrité

Citations :
« Le propre de la médiocrité est de se croire supérieur » (François de La Rochefoucauld).
« L’âge moderne représente le triomphe de la médiocrité collective » (Gustave Le Bon).
« C’est toujours un grand trait de médiocrité que de ne pas savoir associer la méfiance et la clairvoyance » (Abel Bonnard).
Cela ressemble à un micro-trottoir lors de l’affaire Guttenberg
Il y a en effet de la médiocrité, au moins au sens classique du terme, dans le comportement de tous ses acteurs, pour leurs actions autant que pour leurs omissions.
Quelle idée de confondre une thèse de doctorat avec un dossier de préparation d’un discours politique ! Comment mépriser ou ignorer (ce qui est pire) à ce point les règles de l’Université quand on prétend en faire partie ? Comment peut-on rêver du grade de docteur et en même temps traiter l’exercice associé par-dessous la jambe (agiter la jambe pour un doctorat de danse de salon, passe encore, mais en droit international…).
Quand au dépeçage de la thèse par l’armée d’anonymes qui s’est abattue à bras raccourcis sur la proie des 475 pages qui constituent la thèse de doctorat de l’ex-ministre, on reste perplexe devant les chiffres : 94,4 % des pages concernés, 63,8% des lignes… C’est explicite, c’est original, c’est utile à l’analyse technique de la forme, mais c’est un peu limité intellectuellement pour juger de l’ensemble. Depuis quand évalue-t-on une thèse en pourcentage ?
Le procédé laisse le curieux sur sa faim : mais quelle est donc la « thèse » du doctorant ? Quelles étaient les conclusions de l’homme politique européen Karl-Theodor zu Guttenberg, alors dauphin de la chancelière Merkel, sur les relations entre les États-Unis et l’Europe qu’il déclare avoir étudiées ? Son mépris de la forme induirait-il de facto une nullité du fond ? Le problème des citations mis à part, ne reste-t-il rien ?
C’est à se demander si quelqu’un a vraiment lu la thèse autrement que comme une suite de caractères ? On veut espérer que le jury de l’université de Bayreuth l’a fait… Mais alors, comment un jury universitaire peut-il accorder le titre de docteur à l’auteur d’un travail aussi bâclé ? Car, contrairement à ce qu’ont titré un peu facilement certains journaux nationaux dont on taira le nom par charité, Guttenberg n’a jamais été un faux docteur ; il n’a pas forgé de toutes pièces son diplôme (il n’y a d’ailleurs pas besoin d’être ministre pour ça…) ; c’est bel et bien l’Université qui le lui a donné avant de se dédire et de le lui retirer. Alors, quelle est l’explication ? Les membres du jury auraient-ils lu en diagonale ou en rêvant à autre chose de plus folichon ? Seraient-ils d’aventure à ce point non spécialistes du sujet pour n’avoir pas détecté ces anomalies rédactionnelles ? Difficile à croire.
Certes, ce ne serait pas glorieux, mais ne vaut-il pas mieux assumer ses erreurs que les masquer derrière des écrans de fumée ? Si au moins, c’était un cas unique, une entorse isolée à la loi, une pratique exceptionnelle, une première, une atteinte sans précédent à la pudeur universitaire, on comprendrait…
Sans remuer les dessous politiques de l’affaire qui ne changent rien aux faits commentés ici (voir l’article de Wikipedia anglais, bien plus documenté que l’article en français), cette histoire ressemble à une farce médiocre où l’hypocrisie le dispute au manque de discernement, et vice versa car tout le monde, dans cette affaire, dans le vice versa…

Jeter un mégot par terre est condamnable, d’accord. Mais peut-on raisonnablement confondre un gros plan sur un mégot entouré de milliers de mégots sur un parking abandonné, avec un gros plan sur un mégot au milieu d’un jardin public d’essences rares, en Suisse de surcroît ?
Il y a peut-être une solution pour résorber le problème : arrêter de fumer.
Ou au moins arrêter d’être fumeux…

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Univer-cité

Cette affaire Guttenberg a donné un coup de projecteur supplémentaire sur le phénomène du « copié-collé », pratique ancestrale à laquelle les technologies ont donné un formidable coup de pouce : il est aujourd’hui facile de repérer un texte sur Internet, extrêmement facile de reproduire un paragraphe au format Word, HTML, XML et même PDF, et relativement facile de détecter des phrases identiques dans deux fichiers numériques distincts. Ah ! On est loin de La Fontaine et de son Ésope d’inspirateur !
Il faut citer ses sources. Qui oserait aujourd’hui prétendre le contraire ?
Chaque auteur peut prétendre au respect de ses idées et se doit de respecter celles des autres, a fortiori dans l’enceinte de l’université où l’on est censé acquérir la maîtrise des idées et de l’expression. La citation des sources s’opère facilement au moyen de conventions typographiques et de mise en page plus ou moins universelles. La reproduction de l’œuvre d’autrui sans référence, laissant croire au lecteur que l’auteur prétendu est l’auteur réel et que l’œuvre proposée est originale et authentique, peut être qualifié de plagiat.Cette règle sacro-sainte est régulièrement bafouée par des ignorants, des indélicats voire des faussaires, ce qu’illustre très bien le blog http://archeologie-copier-coller.com/.

Mais il faut noter aussi que l’esprit de la règle est parfois perverti, quand la citation cesse d’être l’outil d’une démonstration pour devenir une fin en soi.
De nos jours, un exposé brillant sans citations est forcément suspect, alors qu’un mémoire farci de citations rassure, même si elles ne sont rien de plus que des phrases juxtaposées, étrangères à tout raisonnement sur le fond du sujet censément traité.
Le système universitaire fait plus que défendre la citation ; il l’encourage, de manière un tantinet vicieuse, puisqu’il en fait un indicateur de performance des universitaires, comme si les guillemets avaient le pouvoir de remplacer les idées, comme si l’objectif n’était plus d’éprouver les connaissances d’un étudiant et sa capacité à réfléchir mais d’évaluer son habileté à faire de belles et multiples citations…
Au bout du compte, personne, ou presque, ne s’insurge plus devant une citation creuse. Qui s’émeut encore quand, en entendant la Chevauchée des Walkyries, quelqu’un cite le film Apocalypse Now, au lieu de citer la source originale de la bande originale, à savoir l’opéra de Richard Wagner ?
Finalement, ne faudrait-il pas désormais se contraindre à citer Ésope quand on cite La Fontaine ?…
Le comble dans le genre est, pour le membre d’un jury, de trouver dans le mémoire à évaluer des citations non sourcées de ses propres écrits ! Expérience vécue, amusante au demeurant, suscitant diverses réactions : « Pas mal cette phrase, bon travail ! », puis : « Bizarre, j’ai l’impression d’avoir vu ça quelque part… Bah ! Ce n’est peut-être qu’une manifestation de l’intertextualité, preuve que l’étudiant s’est bien imprégné de ses lectures » et enfin : « Tout de même, voyons voir ce qu’en dit l’ami Google… Ah oui, c’est de moi, j’avais oublié… ».
Quoi qu’il en soit, il ne faut pas badiner avec les sources !
Ou plutôt :
Quoi qu’il en soit [Platon], il ne faut pas [Victor Hugo, passim] badiner [Alfred de Musset] avec les sources [Isabelle Aubret] !

Suite et fin lundi prochain

> Publié dans : Mauvaises pratiques
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Rapidité

Question d’histoire: quel est le point commun entre le ministre allemand de la défense Karl-Theodor zu Guttenberg et Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV ?
La rapidité de la chute !

Le 16 février 2011, le Süddeutsche Zeitung publie une accusation de plagiat d’un professeur de droit de Brême visant la thèse de doctorat du très populaire Karl-Theodor zu Guttenberg, alors ministre de la Défense du gouvernement d’Angela Merkel, thèse de droit international soutenue en 2006 à l’Université de Bayreuth, travail qui lui a valu le titre plus qu’honorifique outre-Rhin de « Herr Doktor », avec les félicitations du jury.
Quelques jours plus tard, on parle de « 75 passages volés » puis « 200 passages « empruntés » sans mention d’auteur », « extraits de plus d’une trentaine de publications ». Des dizaines de plaintes pour violation des droits d’auteurs sont déposées ; des dizaines de milliers d’universitaires manifestent leur indignation. Une armée de e-chasseurs décortique les 475 pages et 1200 notes de bas de page de la thèse. Le verdict, publié sur le « Guttenplag Wiki » est sans appel : 94,4 % de pages plagiées !
Le 23 février, l’université de Bayreuth lui retire son titre de docteur. Guttenberg démissionne le 1er mars de son poste de ministre et le 15 mars de ses autres mandats.
Le 11 mai 2011, la commission universitaire chargée d’enquêter sur cette étonnante affaire conclut que l’ex-ministre a délibérément trompé l’Université ; l’intéressé reconnaît sa négligence mais récuse la tricherie intentionnelle.
Quelque temps auparavant…
le 17 août 1661, le sémillant surintendant des Finances de Louis XIV donne à Vaux-le-Vicomte une fête somptueuse, pour ne pas dire royale….. Au cours des mois précédents, Colbert a pris auprès de Louis XIV la place laissée vide par la mort de Mazarin. Et Colbert n’aime guère ce collègue qui montre un peu trop sa bonne fortune et dont les méthodes de gouvernance sont à l’opposé des siennes.
Le 5 septembre 1661, Nicolas Fouquet est arrêté par d’Artagnan. Le 12 septembre, la surintendance est supprimée. Le 20 décembre 1664, Fouquet est condamné au bannissement perpétuel…
De sorte que l’illustration ci-dessus pourrait bien figurer dans le History Digest des étudiants européens de l’an 2500 au chapitre : « La roue de la fortune, ou la chute accélérée des ministres ».
Rapidité des événements. Rapidité de l’oubli des événements également. L’affaire Guttenberg a fait la une deux mois à peine, avec un petit regain en mai, avant d’être poussée aux oubliettes de l’actualité par la nouvelle actualité ; c’est la loi du genre. On peut aussi s’étonner, à l’heure de l’Europe, que la chute brutale du numéro deux du gouvernement du pays le plus proche de la France ait eu si peu d’écho de ce côté-ci du Rhin en dehors de quelques articles du Monde et du Figaro. Il est vrai que la faiblesse des notes de bas de pages est moins médiatique que la vigueur d’une déesse Ka…
Suite dans le billet « Univercité » du lundi 23 janvier.

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Connectivité

La connectivité des citoyens du monde passe, comme la pyramide de Maslow, par cinq degrés successifs :

  1. la connectivité passive, ou plutôt la connectibilité, le fait d’avoir théoriquement accès aux réseaux téléphonique, numérique, télévisé, au moyen d’un appareil aussi simple qu’un téléphone en 1900 ; on est dans le champ du possible, dans les moyens que les États se doivent de mettre à disposition des administrés ;
  2. la connectivité « normale », celle du citoyen ordinaire qui exécute en ligne un bon nombre des gestes administratifs (mon compte en ligne), commerciaux (mon panier) et sociaux (mes amis) ;
  3. la connectivité avancée quand l’environnement numérique est l’environnement naturel où l’on pense numérique sans être un robot, où l’on peut faire plusieurs choses à la fois sans s’éparpiller, où l’on gagne du temps pour mieux le dépenser autrement ;
  4. l’hyper-connectivité remarquable chez les sujets qui se sont fait greffer un smartphone au bout du bras, ou sous le poumon gauche voire sous la boîte crânienne afin de vivre à fond la communication avec le monde (ce qui présente l’avantage de ne voir les humains qu’au travers du réseau et plus dans la rue, dans le bus ou au guichet…) ;
  5. la déconnexion volontaire, le must après avoir épuisé toutes les sensations des réseaux, très tendance en ce moment…

À côté de la connectivité sociale (et parfois asociale diront certains…), il y a la connectivité technique qui se moque des bouderies des utilisateurs aussi bien que des usages excessifs car son rôle, à elle, est de rendre possible la circulation des données, par principe, sans préjuger de la qualité de ces données ou du profil des utilisateurs, ni de la temporalité.

Si Internet est bien le réseau des réseaux, la connectivité concerne aussi les innombrables systèmes d’information et les passerelles entre les encore plus innombrables systèmes de production, de diffusion ou de stockage des données, avec un aspect spatial (faire communiquer les applications entre elles aujourd’hui) et un aspect temporel (lire et exploiter les données produites hier ou avant-hier avec des technologies devenues obsolètes), les deux aspects étant résumés par le maître-mot : interopérabilité.

Et il y a fort à faire face à la croissance exponentielle des données non structurées (textes, images, vidéos), couplée à une fragmentation extrême des contenus, comme le souligne EntropySoft, spécialiste de la connectivité en entreprise.

Pour contrebalancer la construction exaltée d’une tour de Babel des formats numériques, les connecteurs ont pour objectif de fédérer les différents réceptacles d’information à l’aide de voies de communication ad hoc et de rendre la tuyauterie transparente pour les utilisateurs.

La connectivité, c’est espéranto des applications, le morse des systèmes métiers, la lingua franca des éditeurs de logiciels, en espérant qu’elle ne deviendra pas un globish informatique…

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Vitalité

Puisse 2012 vous apporter la jovialité, la curiosité, la vérité, l’excentricité, la créativité, la placidité, et surtout la vitalité, cette forme pétillante que vantent les étiquettes des bouteilles d’eau minérale, cette fraîcheur de vivre que suggère la publicité d’une certaine marque de chewing gum.

Car c’est cette vitalité qui tout au long de l’année vous fait grimper les marches des escalators quatre à quatre pour attraper votre train les jours où votre réveil n’a pas sonné. C’est elle qui inspire vos projets les plus fous, qui vous fait voir la bouteille à moitié pleine plutôt qu’à moitié vide, qui vous permet d’être en même temps au four et au moulin (comme ça on est sûr que le pain sera cuit, de préférence aux carottes…). C’est encore elle qui vous donne la faculté de slalomer entre les écueils que des personnes malintentionnées s’ingénient à semer sur votre chemin, ou qui vous aide à vous réceptionner au mieux en cas de chute malencontreuse sur une surface glissante.

Ces vœux visent également les documents, certains d’entre eux du moins, en l’occurrence ceux qui sont vitaux, ces documents particulièrement  sensibles, stratégiques ou engageants et surtout uniques qui vous permettent de redémarrer votre activité au lendemain d’un sinistre, selon la définition des normes internationales (vital records).

Que la nouvelle année, donc, préserve le caractère vital de ces données, de ces écrits et de ces images dont peut dépendre la vie même de votre entreprise lorsque les vents sont contraires.

Que 2012 exalte cette vitalité archivistique grâce à laquelle vous pourrez la bailler belle aux importuns qui prétendront contre vous des choses qui ne sont pas conformes à la réalité, en leur présentant les preuves de leurs fausses allégations. De même, il pourra être vital de produire rapidement des informations stratégiques disséminées dans le système d’information et de les propulser sur le devant de la scène pour gagner un marché. Ce sera aussi une affaire de vitalité quand la production des bons documents vous évitera d’être emporté par le courant inexorable d’un contrôle fiscal. Et ce sera une manifestation caractérisée de dévitalisation si d’aventure votre entreprise, emberlificotée dans le tsunami numérique de l’actualité, ne sait plus d’où elle vient, comment elle s’est construite, pourquoi elle fait ce qu’elle fait, et ne sait pas le dire.

Mais, attention, cette vitalité-là s’entretient au moyen d’un régime documentaire approprié : production à bon escient, archivage à bon escient, destruction à bon escient.

Créez ou ingérez une information pure, conservez ce qui renforce votre organisme et rejetez le reste.

En 2012, tracez, éliminez !

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