Être écolo, c’est dans le vent, ce vent qui souffle dans les branches des arbres bien que la racine ici ait été coupée de travers (le mot écologiste se décompose logiquement en éco d’une part qui signifie maison, habitat collectif, et logiste de l’autre pour désigner la personne qui étudie et par suite défend ce qu’elle étudie). Mais au diable l’étymologie, écolo, ça fait école, potache, c’est sympa.

L’écologie est l’étude scientifique des relations des êtres vivants entre eux et avec le milieu dans lequel ils vivent, question qui n’intéresse pas que les scientifiques. L’écologiste est donc devenu un défenseur de la nature et de l’environnement, une personne qui agit pour la protection de la nature, noble tâche.

Dans le domaine de l’information et de l’archivage, être écolo, c’est assez facile. Cela tient en une phrase que tout le monde connaît :

ou alors, imprimez-le sur du papier recyclé (voir le billet Recyclabilité).

Vous avez ainsi la bonne conscience de sauver un arbre ou du moins une branche (car, c’est bien connu, les arbres ne repoussent pas).

Vous gardez tout sous forme numérique et envoyez toutes vos données dans le nuage (dans le « cloud », si on en croit Internet, il n’y a que de gentils cumulus –  journée chaude et ensoleillée).

Quoi de plus naturel ? Le soleil brille, les oiseaux chantent. La vie est belle.

Adieu les mètres linéaires de dossiers papier qui déciment nos forêts. Stop aux impressions en quatre exemplaires de documents inutiles. Finies les boîtes d’archives ventrues dont 50% ne sert à rien qu’à gaspiller de la cellulose qui serait sûrement mieux employée en couches-culottes.

Vive les Teraoctets de données qui saturent les serveurs ! Par ici les dizaines de versions numériques sans intérêt ! Bienvenue aux 95% de fichiers qui ne servent à rien qu’à alimenter la surchauffe des datacenters, à rien qu’à justifier les ressources énergétiques phénoménales dépensées pour refroidir du rien… tandis qu’ailleurs des gens coupent du bois pour se chauffer faute d’avoir l’électricité nécessaire.

On croit avoir évité l’iceberg du gaspillage papier mais on n’a pas vu la face cachée de l’iceberg que constitue le gaspillage numérique, et on fonce droit dessus !

Qu’est-ce qu’être info-écolo ? Remplacer le papier par le numérique puissance 10 ? Ou réfléchir avant d’écrire, lire avant d’envoyer ou de recopier, détruire et recycler ce qui est périmé ?

En fait, la plupart des gens sont à moitié écolos. Mais quelle moitié ? La moitié « éco », comme dans économe, écosophe, ou la moitié  « olo » comme rigolo et bricolo ?

3 Commentaires

  1. Quand je lis ou j’entends iceberg, je pense forcément « naufrage du Titanic » dans le film de James Cameron, notamment les scènes avant le choc : l’incrédulité des officiers à l’annonce de l' »iceberg droit devant », la formidable machinerie qui fait machine arrière mais qui ne peut lutter contre la force d’inertie du bateau, la partie immergée du glaçon dont on ignore ou mésestime l’énormité. Ainsi, nous voguons sur l’océan numérique dans un bateau avec une machinerie de data center à la pointe mais qui ne prend pas en compte l’inertie des mauvaises habitudes et la taille de l’iceberg : l’infobésité, les coûts cachés de la sur-conservation, la non-valeur probante de la majorité des données… Le gros choc n’a pas encore eu lieu. Seulement des petites avaries, ici et là, que l’on écope à coup de reconstitution d’information, de rachat d’espace serveurs… au risque un jour de ne plus pouvoir écoper faute de moyens techniques et financiers pour faire marcher la machinerie high tech, et d’anticipation.
    Pour en revenir à votre mot « écologie », pourquoi ne pas reprendre pour l’archivage certains principes de celle-ci (inspirés des 5 R de Béa Johnson dans son blog Zero waste home) :
    – d’abord refuser les mauvaises habitudes (les photocopies, les mails urbi et orbi…)
    – essayer de réduire au maximum la production, par exemple réapprendre à se servir du téléphone (à lire sur ce sujet l’excellent rapport Lambert sur l’inflation normative qui reproduit une circulaire anthologique de Clemenceau) http://www.gouvernement.fr/presse/remise-du-rapport-de-messieurs-alain-lambert-et-jean-claude-boulard-sur-l-inflation-normative
    – réutiliser les documents existants notamment par le bon usage par exemple de l’annotation, et vous savez de quoi je parle !

    • Merci pour ce complément, Vanessa. Il y a effectivement le comportement collectif (les autorités attendent qu’il y ait un mort au carrefour pour poser un STOP) et le comportement individuel (Ralentir au carrefour, Respecter le Stop même s’il n’est pas matérialisé, Repérer les chauffards…).

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