La minuscule caroline est l’écriture qui a eu le plus de succès le plus longtemps dans l’histoire de l’Occident.

Élaborée dans un premier temps au sein de la chancellerie du royaume des Francs, à la fin du VIIIe siècle, pour améliorer la rédaction des actes royaux, cette graphie simple et claire a trouvé écho dans les ateliers de copistes des grandes abbayes, lieux de préservation et de diffusion du savoir : abbaye de Corbie, abbaye de Saint-Denis, abbaye de Saint-Martin de Tours, scriptorium de l’archevêché de Reims, et bien d’autres.

La minuscule caroline s’oppose à la fois à l’écriture mérovingienne dont les lettres majuscules étaient longues à recopier, et à l’écriture onciale, fort jolie par ses rondeurs mais difficile à déchiffrer à cause des ligatures entre les lettres qui en fait une calligraphie appréciable par les initiés mais peu efficace pour la transmission du message. La caroline est sobre, les lettres sont distinctes ; les espaces entre les mots et les débuts de la ponctuation facilitent la lecture.

Au cours du IXe siècle, la minuscule caroline s’impose donc, « boostée » par son statut d’écriture officielle du royaume décrété en 789 par Charlemagne qui lui donne son nom (Charles, Karolus, celui que l’historien Joseph Calmette appelait « le Grand Charles » – c’était avant la Seconde Guerre mondiale…). En réalité, le principal artisan de cette réforme fondamentale dans l’empire carolingien est Alcuin, ami et conseiller de Charlemagne, originaire d’York, mais les inventions des Premiers ministres portent le plus souvent le nom du roi ou du président, c’est la règle du jeu.

Tout passe, tout casse, tout lasse. La minuscule caroline est elle-même écartée au XIIIe siècle par l’écriture gothique, aux formes anguleuses rappelant les arcs brisés de l’architecture du même nom, quand la simplicité des formes de la caroline faisaient écho aux lignes sobres de l’art roman.

Nouveau rebondissement. Le courant de la Renaissance et l’invention des caractères d’imprimerie pour une diffusion large du savoir ramène la minuscule caroline au goût du jour, rebaptisée, avec quelques nuances, minuscule humanistique. On voit très bien la filiation avec les polices d’écriture en vigueur aujourd’hui.

La Bibliothèque nationale de France a consacré en 2007 une exposition aux trésors carolingiens sur le site de laquelle vous pouvez voir de ravissants spécimens de minuscule caroline et des écritures qui l’ont précédée et suivie.

Le succès de la minuscule caroline tient à une convergence de vue des esprits les plus éclairés du temps, qu’ils exercent des fonctions politiques, administratives ou religieuses. L’unification d’un système de communication, que la volonté politique peut imposer pour la diffusion des instructions administratives, peut être aussi un ressort pour la promotion du savoir dès lors que la simplicité de l’outil est en mesure de séduire tous les publics.

D’autres s’y sont essayés, par exemple en décrétant un choc de simplification administrative (qui n’a pas choqué grand monde pour l’instant) dont les soubassements intellectuels sont sans doute trop légers…

N’est pas Charlemagne qui veut !

 

2 Commentaires

  1. A la fin du XVIIIème pour l’écriture caroline, c’est un peu lent et long je trouve… Lire fin VIIIème siècle.

    • Oh! Honte sur moi! Je n’ai aucune excuse pour avoir laissé passé cette coquille (le fait d’avoir été dix-huitièmiste dans mes recherches historiques de naguère n’en est pas une valable) ; je vois que je suis bonne pour 1000 lignes d’écriture caroline…
      Merci de me l’avoir signalé. C’est corrigé.

Commentaires fermés