Il y a papouille et papouille.

En effet, il ne faut pas confondre la caresse affectueuse qui ravit autant celui/celle qui la reçoit que celui/celle qui la donne avec l’attouchement inopportun qui excite l’individu qui en est l’auteur mais met en colère ou blesse la personne qui les subit. Les premières papouilles sont recherchées ; les secondes proscrites.

Ce n’est pas une question de lieu car ce sont les mêmes endroits qui sont touchés dans les deux cas : joues, bras, seins, fesses, pieds, etc.

Ce n’est pas une question technique : le même geste peut être qualifié positivement et négativement.

Ce n’est pas une question d’intensité : il y a des papouilles agréables bien que très malaxantes, comme il y a des effleurements insupportables.

Ce n’est pas une question d’ âge : de 7 jours à 77 ans, on trouve de tout sous le soleil en termes de bonnes papouilles et de mauvaises papouilles.

C’est une question de relation ! La papouille s’opère dans le cadre, ou plutôt au sein d’une relation entre deux personnes dénommées papouilleur et papouillé (variantes : papouilleur et papouillée, papouilleuse et papouillée, papouilleuse et papouillé). Cette relation peut être positive (libre et respectueuse d’autrui) ou négative (forcée et hors des règles du savoir-vivre ensemble).

La valeur de la papouille, au-delà du geste, est intimement liée, d’une part à l’intention ou la finalité du papouilleur, d’autre part au ressenti du papouillé qui est consentant ou non (ou qui ne l’est plus – ne pas négliger l’aspect temporel des choses).

Dans la pratique, ce serait facile si n’existaient que la papouille blanche et la papouille noire (ne pas confondre avec la papaye verte). En réalité, il y a plus de cinquante nuances de gris, et il est parfois difficile de gérer la frontière entre la bonne papouille et la mauvaise. C’est alors que la loi vient encadrer les choses en tentant d’éclaircir les droits et les devoirs des protagonistes, en en appelant à la raisonnabilité des êtres humains (la loi est optimiste…) et en laissant les cas délicats à l’arbitrage ultime du juge.

Mais encore ?

Depuis des siècles, la papouille renvoie au malaxage de l’intimité physique des personnes. Mais elle ne peut plus se limiter à cela. Dans la société dématérialisée du XXIe siècle, les dictionnaires doivent prendre en compte la papouille numérique. En effet, la pratique se répand d’attraper et de malaxer non plus seulement les corps physiques mais aussi les identités numériques des internautes (de 7 mois à 77 ans).

Harcèlement sexuel et exploitation des données personnelles : même combat !

Dans les deux cas, il s’agit en effet d’un acte de A sur B alors que la finalité de A n’est pas consentie par B.

À noter les conséquences collatérales de tout cela sur la langue française : certaines expressions sont condamnées. Pour ma part, je disais volontiers à des amis à l’issue d’une soirée ou d’un cocktail : « Très sympa, votre petit pince-fesses ! ». Je vais devoir changer de vocabulaire.

3 Commentaires

  1. Ma première réaction en lisant ce billet a été NON. Harcèlement sexuel et exploitation des données personnelles : même combat ! Non. Mais en réfléchissant objectivement, c’est oui ! Car, selon les personnes, la papouille numérique peut être aussi dévastatrice que la papouille physique. Découvrir des photos, son nom associé à ses habitudes, hobbies ou connaissance sur sa famille, peut apparaître comme une situation violente et avoir des conséquences désastreuses. L’intégrité numérique est tout aussi importante. Dans les deux cas, le consentement à « la papouille » doit être librement consenti et pour cela, l’information quant à la finalité de la papouille doit être claire et explicite. Si le papouilleur ou la papouilleuse se réclament de l’obtention du consentement ils doivent pouvoir le démontrer ! et ce n’est pas parce que le consentement a été donné pour une papouille qu’il peut être réutilisé pour d’autres papouilles !
    Tout comme l’utilisation de l’expression « pince-fesses » demande réflexion, la collecte de données telles que le poids, les mensurations ou le n° de portable devra être justifiée par le traitement envisagé. Le « au cas où » ne peut plus s’appliquer tout comme j’ai eu « l’impression » que ma papouille était consentie.

    • Ravie d’avoir provoqué ton commentaire, Nathalie. Pour être honnête, quand j’ai écrit cette équivalence (ce sont les règles exigeantes de mes billets suffixés qui l’on fait émerger), je n’ai pas été convaincue tout de suite non plus, mais la contrainte est source de créativité et peut apporter un éclairage intéressant à une problématique circonscrite à son périmètre habituel.
      Et tu vas plus loin que moi dans le raisonnement et la comparaison ; j’aime beaucoup ta formule : « Ce n’est pas parce que le consentement a été donné pour une papouille qu’il peut être réutilisé pour d’autres papouilles ! ».

      • Certes mais cela peut donner la trouille ce qui est peut-être un bon commencement pour la débrouille ! (traduction : une bonne prise de conscience des risques permet d’adopter une démarche avisée ) . La règle d’équivalence semble aussi respectée …

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