Articles par catégorie : En débat

Scénario

Au cinéma, le scénario, c’est le résumé, dans l’ordre de déroulement du film, des situations et actions qui forment l’intrigue, avec leur mise en scène. Sauf exception (on peut citer La Belle équipe, de Julien Duvivier, 1936, pour lequel ont été tournées une fin joyeuse et une fin triste, sur fond de Front populaire), le scénario cinématographique est unique, le meilleur possible, élaboré par le ou les scénaristes. Il est soit de pure fiction, soit adapté d’une autre œuvre littéraire.

Dans l’entreprise, quand on parle de scénario, c’est d’abord au pluriel, quand on recherche pour un projet le meilleur des scénarios possibles. Nota : on peut Continuer la lecture

> Publié dans : En débat
> Mots-clefs : ,
Commentaires fermés

Perso

Après « pro » la semaine dernière, « perso » est assez logique car les deux vont de pair : compte pro/compte perso ; service pro / service perso ; mail pro / mail perso, etc.

À noter, sur le plan linguistique, qu’il s’agit de deux apocopes mais si « pro », première syllabe de « professionnel » correspond à la préposition latine qui signifie « devant », sur le devant de la scène en quelque sorte, « perso » ne signifie rien par lui-même et est simplement un raccourci de « personnel » qui  vient lui-même de « personne », un des rares mots français venus de l’étrusque, avec le sens initial de masque de théâtre (que l’on porte sur la scène…). Amusant.

Dans le langage courant, le mot perso renvoie le plus souvent à l’un de ces deux phénomènes :

  • les pages perso sur Internet, qui se comptent par millions – même si une partie est de fausses pages « pro » – et dont beaucoup sont en accès totalement libre sur la Toile : l’anniversaire d’Anne-Marie, les voyages de Popaul et Samantha, le CV de Jean-Guillaume…
  • les données perso, personnelles au sens de la réglementation (données permettant d’identifier directement ou indirectement une personne physique) que chacun sème au quotidien en écrivant des mails, en faisant des achats en ligne, en remplissant des formulaires qui seront compilés dans les coulisses, ou simplement en consultant un site Internet, en se déplaçant avec son smartphone-géolocalisateur, et qui sait peut-être demain en pensant simplement à quelque chose ou à quelqu’un…

On peut voir derrière ces deux réalités un paradoxe humain : d’un côté, le besoin et désir de s’afficher, de se valoriser, d’être reconnu par les autres – et la communication sur Internet est un moyen inégalé de le faire ; de l’autre, le désir et besoin d’être protégé contre les voyeurs et exploiteurs de tous acabits.

Coco a le droit de s’exprimer librement, d’exposer ses orientations sexuelle, culinaire, sportive, herpétologique ou molubdotémophile, dans la limite de la loi évidemment, mais il y a encore de la marge. Et Coco a aussi le droit qu’on ne vienne pas l’enquiquiner pour lui vendre des rencontres, des services, des produits, du matériel, des serpents et des taille-crayons qui ne l’intéressent pas !

Pour protéger davantage la vie privée des individus contre les agissements calamiteux des sociétés commerciales, internationales ou pas, le Parlement européen envisage de renforcer la réglementation sur le traitement des données à caractère personnel, en limitant leur conservation au strict minimum.

Le fond de la question n’est pas tant la conservation des données en soi que l’exploitation commerciale qui en est faite. Et quand on parle d’exploitation commerciale, c’est un euphémisme ; on devrait parler d’espionnage et de harcèlement, qui pourraient rivaliser parfois avec les meilleures dictatures. Or, pour lutter contre cet état de fait, la moins mauvaise solution avancée aujourd’hui est la destruction des données dites personnelles après leur usage primaire. Ce projet suscite l’émoi d’un certain nombre d’historiens et d’archivistes qui, considérant que lesdites données constituent de futures sources historiques, assimilent leur suppression quasi-systématique à l’organisation d’une amnésie collective. À cette destruction para-espionnage, ils opposent le principe d’une conservation sécurisée.

Compte tenu, primo, de l’inflation vertigineuse des données produites et de leur redondance objective, secundo, de la prolifération des données personnelles versées volontairement à l’espace public où les institutions mémorielles peuvent (doivent ?) les collecter, tertio, des multiples analyses statistiques réalisées avec ces données et dont les résultats sont des documents d’archives (contrairement à l’idée qu’on en a trop souvent), est-il vraiment catastrophique d’envisager la destruction de la majeure partie des bases de données comme le Parlement européen envisage de le faire ?

On peut dans doute voir le « big data » comme une « big cata », mais il faut aussi remettre en perspective la redondance, l’inutilité de tout conserver pour l’Histoire (un mythe tenace !) et la volonté des populations.

Dira-t-on un jour du Parlement européen qu’il fut celui qui le « big mata » ?…

> Publié dans : En débat, Histoire
> Mots-clefs : , , , , , ,
> 1 commentaire

Rigolo

Mon blog – qui se veut plutôt un anti-blog – existe depuis dix-neuf mois et, si j’en crois l’outil statistique d’analyse de sa fréquentation, GoogleAnalytics, le mot-clé qui conduit le plus souvent sur le site de Marie-Anne Chabin est de très très loin : mètre linéaire.

Rigolo, non ?

Naïvement, je me serais attendue à des mots-clés du type « information numérique », « document engageant », « authenticité », « archivage », « durée de conservation » ou encore  « sérendipité ». Eh bien non !

Il est vrai qu’il y a dix-huit mois, dans la série des billets en –ité, j’ai commenté la notion de linéarité, en soulignant d’une part le caractère très élastique de cette unité de mesure des dossiers papier, d’autre part l’ineptie de confondre la mesure logistique des contenants avec la mesure intellectuelle des contenus excessivement hétérogènes qui se cachent généralement derrière le mot archives. Mon billet était illustré par une image tout à fait éloignée de la métrique archivistique. Ceux qui ne l’ont pas vue doivent absolument cliquer là avant de poursuivre: http://www.marieannechabin.fr/2011/08/linearite/.

Ce blog n’ayant pas pour objectif d’exposer les bonnes pratiques du rangement physique des archives (1 m3 = 10 ml ; 1 ml = 700 pages ; 1 kml = 170 m², etc.), le fait que l’expression « mètre linéaire » arrive en tête des mots-clés qui y conduisent se prête à diverses interprétations :

  1. les internautes en général s’intéressent beaucoup plus au mètre linéaire qu’à tout autre concept ; dans ce cas, puisque c’est le sujet-roi et que j’en parle un peu au détour de mon discours, il est normal qu’un petit pourcentage d’entre eux atterrissent sur un de mes quatre billets qui portent effectivement ce mot-clé ; les statistiques seraient donc « normales » ;
  2. les internautes qui cherchent des informations sur la question du mètre linéaire ne sont pas forcément nombreux mais les autres réponses proposées par les moteurs de recherche ne les satisfont pas et ils poursuivent leur chemin jusqu’ici, avant peut-être de continuer plus loin ;
  3. mon blog est définitivement associé par les outils qui nous gouvernent à la gestion de boîtes d’archives, ce qui en dirait long sur l’indexation automatique et la fiabilité du Web… ;
  4. dernière hypothèse : les internautes sont en grand nombre amateurs de boudin au mètre (du boudin pur porc – par les temps qui courent, il convient d’être précis !).

Dans le doute, je retiens la dernière explication qui me réjouit évidemment bien davantage que les autres…

La Pourcailhade – http://retrouvailles.24.over-blog.com -

Je dois encore confesser que depuis dix-neuf mois, la seule image qui m’ait causé quelque souci de droit est l’image d’omelette illustrant le concept d’archivabilité.

Comme quoi, archivistique rime avec bonne chère. Rigolo, non ?

> Publié dans : En débat
> Mots-clefs : , , , , ,
> 1 commentaire

Recueil « Serendipité et autres curiosités »

Le billet « Temporalité », qui a inauguré ce blog le 28 juin 2012, évoque le raccourcissement de la mémoire dans la société numérique. Le billet « Traçabilité », la semaine dernière, souligne l’impact du numérique sur la production des documents et l’usage de l’information et, partant, sur le traitement documentaire et archivistique des traces, sur la conservation des données.

Entre les deux, je me suis efforcée de montrer, gentiment, combien les technologies numériques perturbent, malicieusement, la vie quotidienne des personnes, individus ou entreprises, pour le plus grand bien de ceux qui maîtrisent l’information, et au grand dam de ceux qui la subissent. D’un côté, de nouvelles possibilités de s’exprimer, de commercer, d’apprendre ; de l’autre, de nouvelles contraintes avec la pression du temps, l’infobésité, la cybercriminalité, etc.

Comme quoi, dans le rapport entre les progrès technologiques et les comportements humains, nihil novi sub sole, mais ça va mieux en le (re)disant car le temps passe si vite qu’on a tôt fait de l’oublier.

Voici donc le recueil de mes 59 billets en –ité, intitulé « Sérendipité et autres curiosités », que vous pouvez télécharger en cliquant ici.

Le recueil présente les billets dans l’ordre des dates de publication et constitue en quelque sorte les « Archives » du blog bien que je récuse cette acception purement chronologique du mot archives mais il faut bien sacrifier de temps en temps à la mode…

Bonne lecture de ces ité-rations, et surtout : consommez avec modé-ration !

Il reste beaucoup de mots en –ité qui se prêteraient à la critique mais il faut varier les plaisirs et les suffixes.

J’enlève donc l’ité et, la semaine prochaine, je remets le « o » !

> Publié dans : ADN (Analyse du Document Numérique), En débat, Histoire, Mauvaises pratiques, Objectifs louables, PMU (Pratiques, Méthodes, Usages), Qualité du document, RSS (Regard Sur la Société), Tendances du siècle, Vocabulaire archivistique
> Mots-clefs : , , , , , , , , , ,
> 1 commentaire

Traçabilité

Je fais comme si je ne savais pas ce que c’est que la traçabilité et je regarde sur Wikipédia. Et comme c’est un sujet universel, je regarde dans plusieurs langues. Expérience intéressante.

La définition anglaise (honneur à la langue dominante ;-) ) de traceability insiste sur la complétude de l’information tout au long du processus (completeness of the information about every step) et sur la chronologie des traces (to chronologically interrelate) ; la définition française est sans surprise plus abstraite (« la traçabilité désigne la situation où l’on dispose de l’information nécessaire et suffisante pour connaitre – éventuellement  de façon rétrospective – la composition d’un matériau ou d’un produit tout au long de sa chaîne de production et de distribution ») ; le Wikipédia espagnol (trazabilidad) cite l’ISO sur la métrologie et l’Asociación Española de Codificiación Comercial (AECOC) qui évoque notamment la localisation et le cheminement d’un produit (ubicación y la trayectoria de un producto) ; le terme allemand, Rückführbarkeit, souligne dans son étymologie le retour en arrière, la possibilité de revenir sur ce qui s’est passé, de repasser le film à l’envers.

Pas d’article « traçabilité » sur Wikipédia chinois… À noter également que les dictionnaires de traduction en ligne ne connaissent quasiment pas le mot. Même le précieux  Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL) l’ignore !

Il est vrai que traçabilité est mot récent. Un document du COLEACP (Comité de Liaison Europe-Afrique- Caraïbes-Pacifique) indique : « Née dans le milieu des années 80, la traçabilité répondait alors à un simple souci logistique : elle garantissait un contrôle des flux de marchandises au sein d’une chaîne de partenaires, permettant de sérieuses économies. ». Pour Philippe Vellemans, dans sa thèse de doctorat en génie informatique, automatique et traitement du signal (Reims, 2006), elle est apparue dans les années 90 et « depuis la crise de l’Encéphalopathie Spongiforme Bovine (ESB), le terme traçabilité a acquis ses lettres de noblesse médiatiques ».

Aucune de ces définitions  n’évoque l’information numérique, les bases de données, la messagerie électronique, Internet, les réseaux sociaux, etc. Il y aurait pourtant de quoi car la traçabilité dans le domaine de l’information numérique joue un rôle majeur et croissant. Surtout, le numérique a élargi le champ de compétence de la traçabilité, du produit à l’événement, à la personne humaine, à tout… Les traces numériques sont partout !

Le numérique permet de créer ou laisser des traces, volontairement ou involontairement, consciemment ou non, de manière défensive ou offensive : caméras de surveillance, signature électronique, horodatages et géolocalisations divers, connexions en tous genres, sur Fessebouc, au bureau, dans la rue…

Les technologies numériques permettent d’interpréter les traces plus finement, plus vite : traces ADN, bracelet électronique, modifications dans un fichier numérique, texte ou image, etc.

Le numérique impose à l’homme de nouvelles responsabilités : celle de produire des traces et celle de ne pas en produire, à bon escient. La traçabilité, en tant que possibilité de tracer (pour soi et pour les autres) appelle à une attitude responsable. Car la traçabilité, c’est comme le cholestérol, il y a la bonne et la mauvaise. Alors, il faut rechercher la bonne et se prémunir contre la mauvaise, de même que l’on met des lunettes pour se protéger d’un soleil excessif, de même que l’on met des bottes pour se protéger de la boue (sauf les jours où on se soigne aux bains de boue, ça va de soi).

> Publié dans : En débat
> Mots-clefs : , , , ,
> 4 commentaires

Formalité : légalité ou simplicité ?

Les réponses au sondage sur ce blog m’apprennent que formalité est le premier mot que j’ai oublié dans ma litani-ité. Je m’empresse de me rattraper, en remerciant ce blogonaute de sa suggestion sérendipitique (j’ai en effet découvert grâce à lui le film de Giuseppe Tornatore Une pure formalité (titre original : Una Pura formalità).

Le baromètre Google, qui fonctionne lui aussi au Mercure (dieu du commerce ;) ) oscille, quand on lui parle de formalité, entre la création d’entreprise et le sport (à noter que la création d’entreprise est parfois du sport !), dans une relation sémantique paradoxale qui laisse à penser.

Du côté de la création d’entreprise, la connotation est celle de la légalité, des démarches officielles, essentielles mais lourdes avec la paperasserie, les imprimés Cerfa, les administrations parfois obtuses, les organismes intermédiaires (« centres de formalités ») qui le sont moins, bref, quelque chose de rasoir. Pour être honnête, il faut quand même reconnaitre que le parcours de l’entreprenant s’est bien simplifié depuis une dizaine d’années.

La simplicité, justement, est la seconde tonalité de la formalité si on en croit les titres de journaux, notamment sportifs : Euro 2012 : Italie-Irlande : Une simple formalité pour l’Italie ?; Wimbledon – Simple formalité pour Nadal et Murray ; CTT Déols – Stade Clermontois : Une simple formalité ; Une simple formalité pour l’Olympique Lyonnais?

En fait, il ne s’agit pas ici de simplicité, sinon on parlerait de formalité simple (subtilités adorables de la langue française). La simple formalité est surtout une formule restrictive pour dire « ce n’est qu’une formalité », un truc qu’il faut faire mais qui n’apporte ni n’enlève rien sur le fond, qui est de pure forme (on revient à l’étymologie), une opération secondaire, sans enjeu véritable, qui ne prouve rien quant à la valeur intrinsèque des actes humains, qui ne prouve finalement que leur existence dans le registre officiel des actes de la communauté. C’est une manière de souligner la valeur des acteurs, bien plus importante que la procédure.

Le dictionnaire de l’Académie française de 1986 définit la formalité : « Manière de procéder prescrite obligatoirement pour l’accomplissement de certains actes », terme souvent employé au pluriel car les procédures sont vites complexes. Les formalités sont les marques extérieures de la validation, de la reconnaissance sociale des personnes et de leurs actes. Elles créent les traces prouvant que les règles sociales qui fondent la vie en collectivité ont été respectées, afin de prévenir les contestations. C’est un mal immédiat nécessaire pour un bien ultérieur quand on aura besoin de vérifier la réalité des faits passés. Ceci dit, l’argument ne justifie en rien les pseudo-formalités, obsolètes ou purement bursales, qui ne servent qu’à entretenir les gestionnaires de formalités. L’argument justifierait en revanche la création de formalités qui manquent aujourd’hui pour atteindre l’objectif commun. Cette mise à jour permanente des formalités présente une marge de progression…

Pour  conclure, obtenir un coup de tampon ou donner un coup dans le ballon ont bien un point commun : dans les deux cas, il faut se bouger. N’en déplaise aux amateurs de rimes riches : formalité ne rime pas avec forme alitée, plutôt avec vitalité !

> Publié dans : En débat
> Mots-clefs : , , , , , , , ,
Commentaires fermés

Humanité

« Demandez L’humanité, l’Organe central du Parti communiste! »… Le slogan, scandé sur les marchés de naguère, est obsolète.

Mais il reste de cette formule une idée pérenne, celle de l’homme, l’être humain, qui joue un rôle central dans le fonctionnement de la machine (l’appareil). Ainsi, si l’utilisateur (l’humain) ne pilote pas le PC (personal computer – ah les sigles !), le système ne peut fonctionner correctement.

En dehors des pannes de courant, des virus informatiques et de l’instabilité des données numériques (maux pour lesquels il existe des antidotes), ce qui est le plus bloquant dans l’usage de l’ordinateur, c’est la masse informe des données, l’électronasse, l’accumulation de fichiers dont la moitié ou les trois quarts et peut-être 90% si on cherche bien, sont inutiles, fauteurs de confusion, potentiellement dangereux (l’actualité pointe régulièrement vers une archive-diable à ressort). Et cette électronasse coûte de plus en plus cher à stocker. Les directions informatiques en sont revenues, de l’idée reçue que le stockage ne coûte rien. Le stockage de données exponentielles est onéreux ; et si les données sont inutiles, la dépense l’est aussi !

Les machines, si puissantes, si performantes ne savent donc pas supprimer les données inutiles ?

Non, elles ne savent pas, et elles ne sauront jamais le faire seules, heureusement, car l’identification de ce qui est inutile relève de l’humain et non de la machine.

Les humains pourront-ils jamais trier ces milliards de données aux trois quarts inutiles ? Non, et heureusement, ce serait inhumain ! Heureusement, il y a des machines pour les tâches fastidieuses !

Le dirigeant qui fait face à quelques millions de fichiers informatiques sur les serveurs de l’entreprise ou de la collectivité se trouve à la croisée des chemins, très précisément de trois chemins :

  • le premier le mène directement vers le Cloud, qui dévorera toutes ses données et exigera régulièrement un nouveau tribut tel un Minotaure que l’on croît apaiser par des libations ;
  • le second le conduit vers Pôle Emploi car il s’agit de recruter sans attendre mille archivistes pour faire le tri des milliards de données, entre ce qu’il faut détruire et ce qu’il faut garder ; pas sûr que les actionnaires ou les contribuables soient d’accord ; pas sûr non plus que la e-archéologie par le petit bout de la lorgnette revalorise la profession d’archiviste ;
  • le troisième l’invite à se poser cinq minutes pour (re)lire cet article de James Santangelo (PricewaterhouseCoopers) qui n’a rien perdu de son actualité : http://content.arma.org/IMM/Libraries/Nov-Dec_2009_PDFs/IMM_1109_rise_of_the_machines.sflb.ashx

L’auteur fait la part du feu entre ce que la machine sait faire mieux que l’homme et ce que l’homme, être pensant et responsable, est seul à pouvoir faire. La solution ? Appliquer les principes fondamentaux du records management et organiser un classement des documents engageants en catégories suivant la responsabilité qu’ils tracent, par opposition à un classement purement thématique qui mêle les documents engageants avec les documents de travail et les copies dans un vaste bazar. Le reste, les outils s’en chargent !

Mais faut-il encore que l’humain veuille piloter la machine, et non l’inverse !

> Publié dans : En débat, Mauvaises pratiques
> Mots-clefs : , , , , , , , , , ,
Commentaires fermés

Légalité

Légal. Ça a à voir avec la loi. Les dictionnaires de langue français précisent : établi par la loi, ou conforme à la loi.

Légal vient du latin lex, la loi. Mais régal ne vient pas du latin rex, le roi, qui vient cependant de rex, via le bas-latin, et qui a lui-même donné royal, tandis que loi, de son côté, produisait loyal, en s’éloignant un peu de la loi… Et puis, il y a l’anglais legal (prononcez : liːɡl) qui, tout en ayant la même origine latine (lex) signifie « juridique » plus que « légal » au sens français du terme.

Ah ! Les mots, les mots ! Ils nous embrouillent !

Heureusement, pour nous mettre d’accord, il y a :

Deux ou trois tasses, ne lésinons pas !

Sur ce, reprenons. Qu’est-ce qui est légal ?

Le dépôt, enfin ça dépend lequel : celui des livres et publications, quel qu’en soit le support, institué par François 1er en 1537 et étendu en 1992 à la radio et à la télévision, et bien sûr pas le dépôt des ordures ménagères au milieu des rues (encore que cela n’a pas toujours été, voir de nouveau l’époque de François 1er).

La médecine, quand elle prête main forte à la police ou à la justice dans l’exercice de la loi, avec les autopsies bien connues des amateurs de romans policiers.

L’informatique ? Oui, dans le même cas de figure que la médecine, avec un accent plus moderne, évidemment : voir investigation numérique légale ou computer forensic science.

L’archivage ? Non, l’archivage n’est pas légal à proprement parler puisqu’il n’est pas établi par la loi, en France du moins, mais sans être illégal pour autant, ouf !

Il existe des durées légales de conservation pour certains documents officiels, énoncées par l’un ou l’autre des codes, mais l’archivage en tant que démarche de « mise en archive » de ces documents qu’il faut conserver n’est pas formellement identifié par la loi. Et c’est bien dommage. Mais c’est ainsi. Du reste, est-ce possible ?

Si on se réfère à la définition légale des archives, créée par la loi du 3 janvier 1979, révisée en 2008, inscrite dans le Code du patrimoine depuis sa création en 2004, on peut voir que ce n’est pas simple : les archives sont définies, de facto, comme l’ensemble des documents produits par une personne publique ou privée dans l’exercice de son activité (voir la définition intégrale). La définition est très englobante, très généreuse. Tout est archive. On note surtout que les archives sont en quelque sorte auto-créées, fruit d’une génération spontanée et non de l’acte d’archiver… Peut-on archiver des archives ?

Parallèlement, les entreprises, et les administrations, font face à des volumes exponentiels de papier et de données numériques dont une bonne part est inutile ou périmée (paperasse, électronasse). Les organisations les plus avisées s’efforcent donc mettre en sécurité ce qui est important et de détruire le reste, autrement dit d’archiver leurs dossiers et leurs informations pertinentes. Et pour tout ça, il faut des équipements et des outils informatiques. C’est un marché, qui se développe depuis bientôt quarante ans pour le papier, depuis dix ans pour le numérique. On parle aujourd’hui d’archivage à valeur probante, d’archivage légal… (influence de l’anglais), ce qui est finalement un pléonasme, puisque l’archivage, dans sa définition essentielle de mise en sécurité dans un lieu protégé et géré dans le temps, a justement et principalement pour but de préserver la preuve, l’authenticité des documents qu’il vise…

Toujours est-il que, en France en 2012, l’archivage n’est pas légal mais il aimerait bien le revenir !

En attendant, l’archivage est extra-légal.

Hum !… C’est extra ! Vous en reprendrez bien une p’tite tasse ?


 

Légal. Ça a à voir avec la loi. Les dictionnaires de langue français précisent : établi par la loi, ou conforme à la loi.

Légal vient du latin lex, la loi. Mais régal ne vient pas du latin rex, le roi, qui vient cependant de rex, via le bas-latin, et qui a lui-même donné royal, tandis que loi, de son côté, produisait loyal, en s’éloignant un peu de la loi…

Et puis, il y a l’anglais legal (prononcez : liːɡl) qui, tout en ayant la même origine latine (lex) signifie « juridique » plus que « légal » au sens français du terme.

Ah ! Les mots, les mots ! Ils nous embrouillent !

Heureusement, pour nous mettre d’accord, il y a :

> Publié dans : En débat
> Mots-clefs : , , , , , , ,
Commentaires fermés

Employabilité

C’est un mot moche mais il fait son chemin.

L’employabilité est définie comme la capacité d’un individu à trouver et conserver un emploi « dans des délais raisonnables tenant compte de la situation économique ». Ce qui suppose des qualités personnelles (mobilité, sociabilité, adaptabilité…) et que la formation des futurs employés corresponde aux emplois réels et potentiels offerts par le monde du travail.

Si vous étiez poinçonneur du métro, vous trouverez peut-être un nouvel emploi de figurant dans un film sur Gainsbourg (si vous habitez Les Lilas, ce sera un plus !). Si vous vous destinez à travailler dans les centraux téléphoniques parce que votre arrière-grand-tante était demoiselle du téléphone et qu’elle fourmillait d’histoires amusantes, vous avez intérêt à émigrer au Maroc ou en Inde car l’emploi dans ce secteur s’est déplacé, en espérant que vous ne redoutez pas le stress.

Les systèmes scolaire et universitaire sont en décalage avec le monde réel. C’est un peu normal car il y a un temps nécessaire de répercussion des évolutions. Mais quand ce décalage est « beaucoup normal », on se demande ce que font les pouvoirs publics, les responsables éducatifs et les médias.

Le décalage est à la fois plus accusé et moins visible dans les domaines où les technologies numériques révolutionnent les usages et redistribuent en profondeur les responsabilités. L’archivage est de ceux-là.

Lors d’une récente manifestation du CR2PA, un expert en sûreté illustrait les enjeux de l’archivage par ce témoignage : un constructeur automobile est mis en cause lors d’un accident de voiture survenu en Amérique pour défaut de conception d’un véhicule mis sur le marché près de vingt ans auparavant. Pas moyen de retrouver le compte rendu des tests dans les archives ; plus exactement, on trouve bien un PV de tests mais qui fait état de test négatifs… Les ingénieurs savent bien que la pièce incriminée a passé avec succès les tests de qualité ; seulement voilà, on ne peut pas le prouver. Ce n’est pas qu’on ait oublié d’archiver le PV ou qu’on l’ait détruit trop tôt. C’est tout bonnement qu’il n’a jamais existé ! Les premiers tests étaient négatifs, on en a fait un compte rendu et les ingénieurs ont travaillé et corrigé les dysfonctionnements ; les seconds tests ont été positifs mais, dans la joie de la réussite, personne n’a songé à consigner ce constat par écrit…

Cette anecdote est symptomatique des enjeux de l’archivage et des compétences requises aujourd’hui pour y répondre de façon satisfaisante et prospective, c’est-à-dire en prenant le problème à la racine et non au bout des branches. Hélas, force est de reconnaître que la formation dans ce domaine oscille entre l’outrageusement poussiéreux et l’exagérément technologique. Ici on se propose de vous former à faire consciencieusement le tri des pièces en double dans les dossiers d’archives du XIXe siècle des petites communes (wouahh ! quel métier d’avenir !). Là, vous apprendrez à tout numériser, à appliquer des sceaux électroniques à droite et à gauche, et à tout envoyer dans les nuages du côté de Saint-Cloud ou d’ailleurs.

Comment se fait-il qu’il n’y ait pas en France un seul master (ni même un seul projet de master) consacré à la gestion de l’archivage (records management) alors que des dizaines de milliers d’entreprises, d’établissements publics, d’administrations, sont confrontés aux risques de défaut d’archivage et subissent les bouleversements introduits par le numérique dans la gestion et la conservation des documents engageants ?

Le CNAM a eu la bonne idée de créer en 2008 un « certificat » pour « La maîtrise de l’archivage à l’ère numérique », le CS32 en jargon CNAM, valorisé à 180 heures et 15 crédits ECTS, avec 24 reçus à ce jour (5 en 2010 et 19 en 2011) mais il faudrait aller plus loin.

En attendant que cette lacune générale percute les neurones des grands décideurs, les cours du CS32 reprennent fin février 2012. Venez nombreux !

> Publié dans : En débat
> Mots-clefs : , , , , , , , , , ,
> 9 commentaires

Identité

Connaissez-vous Popo le Chien ?

Non ? Vraiment? Vous donnez votre langue au chat ?

Eh bien, ce n’est ni la mascotte d’un salon de toilettage, ni le porte-parole aux oreilles tombantes de programmes télévisés. Non, il s’agit tout bonnement d’un humain dont la fonction est « administrateur de Wikipédia » (version française).

On peut comprendre celui ou celle qui signe une lettre dénonciation « le corbeau » plutôt qu’avec son véritable nom. On peut comprendre l’adoption d’un pseudonyme pour échapper à la censure tel Voltaire, les noms de plumes comme Saint-John Perse, Marguerite Yourcenar, San Antonio, ou le coup littéraire d’Émile Ajar. Mais pourquoi masquer son identité derrière un surnom insignifiant quand on participe à un ouvrage qui se veut public et encyclopédique ? À moins que ce ne soit un indice d’incertitude (de ce que vaut une source non identifiée…).

Il y a un quart de siècle, les citoyens dénonçaient volontiers le fait que les signatures des courriers administratifs étaient illisibles et ne comportaient pas les nom et prénom du signataire, de sorte qu’on ne savait pas vraiment auprès de qui réclamer, le cas échéant ; ce qui avait conduit le Premier ministre, en l’espèce Michel Rocard, à signer une circulaire datée du 23 février 1989 et consacrée au renouveau du service public (tiens, tiens…). On lit au chapitre IV, intitulé « Une politique d’accueil et de service à l’égard des usagers » : « L’effort de personnalisation des relations entre les agents et les usagers doit être poursuivi sans relâche. Il faut veiller en particulier à ce que dans toute correspondance administrative figurent clairement le nom de l’agent chargé du dossier, l’adresse de son service et le numéro de téléphone permettant à l’usager de contacter la personne compétente pour obtenir des informations complémentaires. ». Et le ministre de se référer à sa circulaire du 25 mai 1988 relative à la méthode de travail du Gouvernement, où il insistait sur « le respect de la société civile et sur le respect de l’Administration ».

Une génération plus tard, on constate l’usage excessif, pour ne pas dire pervers, des signatures manuscrites numérisées, manipulées comme un vulgaire tampon enjoliveur. Autres temps, autres mœurs…

Tous ces désordres seraient charmants à observer s’ils ne trahissaient pas une certaine incapacité chronique de la société à formaliser les relations entre les personnes.

Pour revenir aux pseudos qui prolifèrent et s’épanouissent sur les réseaux comme des champignons à l’automne, on ne peut qu’être frappé du côté « abracuculapralinesque » de la majorité d’entre eux. C’est le choix des internautes ; c’est leur liberté. Soit.

Finalement, c’est peut-être l’indice d’un nouvel âge : il y a un millénaire, la plupart des gens ne portaient qu’un nom de baptême ; puis sont venus le patronyme et l’état civil ; on peut imaginer d’ici quelque temps l’abandon de ces derniers au profit du seul pseudo… Mais attention aux homonymes ! Combien de Coco13, d’ArthurRimbaud, ou de Fantômette ?

En attendant, les écrits des pseudonautes ressemblent trop souvent à du Pipi de Chat !

> Publié dans : En débat
> Mots-clefs : , , , , , , ,
> 7 commentaires

Traductibilité

La question de la traduction trouve son origine dans la destruction de la tour de Babel. Au cours de l’histoire, des langues meurent, des dialectes se créent ; le besoin de traduire est permanent. Mais peut-on vraiment tout traduire ?

À cette question, Rada Iveković, reprise par des chercheurs roumains, répond positivement : « Entre deux termes, deux langues, deux cultures, il y a toujours la possibilité d’une traduction relativement réussie, insuffisante, mais donnant à espérer mieux car entrouvrant la porte d’un sens. La traduction n’est qu‘une ouverture de sens, jamais une promesse d’exhaustivité. Il n’y a pas, cependant, identité entre les deux termes, langues, cultures, jusque dans la traduction réussie. Et c’est peut-être le prix de sa réussite: qu’elle ne soit pas parfaite, et que donc elle soit encore nécessaire ».

La traduction est aussi une posture. Que veut le traducteur ? Traduire pour traduire ou donner à comprendre le sens, transmettre la valeur d’un texte au lecteur ? On peut gloser sur le sujet : les belles infidèles des latinistes, la théorie des verres colorés et des verres transparents, etc.

Quant à la traduction spécifique des mots, plusieurs cas de figure se présentent :

-       le concept ou l’objet n’existe pas pour les locuteurs de la langue d’arrivée, exemples : wapiti, ou taïga ;

-       les autorités de la langue d’arrivée imposent ou tentent d’imposer un mot ou une expression en ligne avec la politique linguistique nationale ;

-       le mot existe en français mais est trop polysémique et le mot étranger est alors plus précis, exemple : disclaimer pour « avertissement en bas d’un mail » ;

-       plusieurs mots existent en français, correspondant à divers contextes ou à divers regards, ce qui est de nature à enrichir la traduction voire à questionner le texte d’origine, mais par snobisme ou complexe (infériorité ou supériorité ?), on en préfère importer le mot étranger ou inventer une expression de toute pièce…

La traduction de l’anglais record (d’origine latine) est un cas intéressant.

Un dessin valant mieux qu’un grand discours, laissons parler l’excellente illustration du très pédagogue Jon Garde, rédacteur de la norme européenne MoReq2010® – Exigences modulaires pour les systèmes d’archivage (figure 1e p 20).

On voit bien l’opposition entre la liste de courses et le ticket de caisse.

A gauche, un document personnel, sans auteur ni date. A droite, un document probant, issu d’une machine paramétrée selon un processus bien défini, comportant l’identification du magasin, la date, le descriptif des produits et le montant de l’achat.

Le ticket est la trace d’une transaction qui engage la responsabilité du magasin, enregistrée et archivée par l’entreprise (pour des motifs à la fois comptable, fiscal et d’anticipation du contentieux) et par ailleurs preuve de l’achat pour le client, commencement de preuve par écrit en cas de réclamation, rôle que la liste de courses ne peut pas jouer.

Exceptionnellement, l’expertise de l’écriture manuscrite, les empreintes digitales, la comparaison avec d’autres listes ou enveloppes du même suspect ou de la même victime, le cas échéant, permettront à un enquêteur d’alimenter son dossier ou à un juge de se faire une opinion.

Il existe plusieurs traductions en français de « record », correctes et explicites : document d’archives, document à conserver, document à archiver, document engageant, document probant… Mais il y a ceux qui aiment à dire qu’ils s’occupent de records (ça fait « sport » sans doute). D’autres encore ont jeté leur dévolu sur le saugrenu « document d’activité », expression récemment promue par l’AFNOR, bien qu’elle ignore manifestement le sens majeur du mot record, à savoir la valeur de traçabilité et l’action d’archivage liée à ce statut de trace. Il en ressort de la confusion qu’on ne peut que dénoncer.

C’est comme si le traducteur de We all live in a yellow submarine, au motif qu’il a le mal de mer dans les sous-marins, tournait la question en disant « Nous vivons tous dans un moyen de transport jaune ». Un Français non anglophone pensera naturellement à une voiture de La Poste et conclura que les Beatles sont des garçons bizarres !

D’aucuns diront que tout cela, c’est du baratin. Et ils n’auront pas vraiment tort : le plus important avec les normes (quand elles sont bonnes…), c’est de les traduire dans les faits ! À condition quand même de ne pas confondre La Poste avec la Marine nationale…

> Publié dans : En débat
> Mots-clefs : , , , , , , , , , ,
> 44 commentaires

Rétroactivité

La loi n’est pas rétroactive, d’accord. C’est écrit dans le Code civil. Encore faut-il bien distinguer ce sur quoi porte la loi, et ne pas confondre un fait, qui est daté, et l’état d’une chose, qui perdure et peut donc rester d’actualité.

Imaginons une loi de 2010 qui stipule que voler un œuf est passible d’emprisonnement (un œuf de Fabergé, pas un œuf de caille !) et que la détention d’œufs dont la provenance n’est pas clairement établie vous expose à une forte amende. Si vous avez volé un œuf en 2009 (à supposer qu’à l’époque ce n’était pas répréhensible), vous ne risquez rien car la loi n’est pas rétroactive mais si en 2011 vous êtes en possession d’œufs de provenance douteuse, quelle que soit la date à laquelle vous les ayez acquis, vous seriez sans doute bien inspiré de vous en débarrasser.

L’âge des archives n’est pas un fait mais un état qui évolue chaque jour ; les dispositions réglementaires relatives à la durée de conservation des documents (à distinguer du délai de prescription des faits) visent donc tous les documents qui existent à la date de ladite réglementation. Comment justifier de ne les appliquer qu’aux documents créés après la nouvelle réglementation ?

Les dossiers médicaux fournissent un bon exemple de ce cas de figure. Un règlement de 1968 fixait des durées de conservation variées selon les types de document, en résumé : conservation de 70 ans pour les dossiers médicaux relatifs à des maladies graves et de 20 ans pour les dossiers médicaux relatifs à des maladies bénignes. Mais, au XXIe siècle, qui ose affirmer que telle maladie est bénigne ou grave ? À la faveur des questions de responsabilité posées par l’hébergement chez des tiers de données médicales (merci au passage au numérique quand il dope la réglementation !), un décret de janvier 2006, modifiant le code de la santé publique, fixe de nouvelles durées de conservation pour les « données médicales hébergées » : les dossiers médicaux sont conservés pendant 20 ans à compter du dernier passage du patient dans l’établissement hospitalier, avec des aménagements à la hausse ou à la baisse pour les cas particuliers (mineur, décès…). En réalité le texte vise tous dossiers médicaux (papier et numériques), conformément à la définition légale des archives qui transcende le support. Il est précisé que ces nouvelles durées ne seront applicables qu’un an après la publication du décret, soit à partir de janvier 2007.

La question de la rétroactivité de ces dispositions a été posée à l’époque dans des forums par des responsables d’archives (des centaines de kilomètres linéaires de dossiers médicaux papier, des téraoctets de données et d’images médicales à la clé…) mais les réponses qui y ont été faites restent assez floues, suggérant que la question est mal formulée. L’instruction interministérielle d’application du décret, datée d’août 2007, est très claire, sauf sur ce point… Il y est dit que les dispositions sont applicables à compter du 5 janvier 2007 dans les mêmes conditions à tous les dossiers médicaux, « y compris ceux ouverts avant cette date ». Les dossiers médicaux fermés avant cette date (des millions) ont forcément été ouverts encore avant…, mais le flou de la formulation entretient un doute inutile. La revue de ce qui est accessible sur Internet à ce sujet laisse dubitatif sur la compréhension et l’application de ce décret cinq ans après sa parution.

Retour aux œufs. Si la loi dit le 1er octobre 2011 : « les œufs (de poule, d’autruche…) de plus de trois mois doivent être détruits car ils sont pourris, cela s’applique aux œufs pondus le 30 juin 2011 mais aussi à tous les œufs pondus avant cette date, et ce depuis…

Cela dit, si vous êtes Chinois, cuisinier ou gastronome, vous connaissez la saveur des œufs de mille ans et vous savez qu’il faut faire une exception !

> Publié dans : En débat
> Mots-clefs : , , , , , , , ,
> 2 commentaires

Linéarité

La linéarité qualifie un processus qui se déroule de matière séquentielle, d’un point A à un point B : on parle de la linéarité de la lecture (que les liens hypertextes auraient mis à mal, mais ceci est une autre histoire), de la linéarité de la langue (celle que l’on parle) ou de la linéarité en physique et en mathématiques.

Plus concrètement, la linéarité renvoie à une unité de mesure de la longueur de ce qui est disposé en ligne, par opposition à la mesure de la surface, du volume ou du poids. On parlera donc, du moins là où le système métrique prévaut, de mètres linéaires, par opposition aux mètres carrés, aux mètres cubes et aux quintaux.

Le mètre linéaire sert à évaluer d’une part des objets souples que l’on déroule comme du tissu, du ruban ou du boudin ; d’autre part des objets conditionnés que l’on stocke sur des étagères : petits pois, livres, médicaments…

L’abréviation du mètre linéaire est « ml », à ne pas confondre avec le millilitre ; il est vrai que la concurrence règne férocement dans le monde des sigles mais le développement de l’abréviation va souvent de soi (en matière de boudin, le millilitre ne permettrait même pas de se faire une idée du goût !).

Pour des raisons logistiques évidentes, les archives papier se mesurent elles aussi en mètres et en kilomètres, correspondant à la longueur de rayonnages qu’il faut pour les stocker correctement avec des équivalences standard dans les autres unités de mesure (1 m3 vaut 10 ml, 1 kilomètre nécessite une surface de 170 m² ou 80 m² si le rayonnage est mobile, etc.).

Les boîtes d’archives, c’est bien. Mais, « une boîte d’archives… qu’y a-t-il à l’intérieur d’une boîte d’archives ? » aurait fredonné Charles Trenet. Ces archives, que sont-elles ? Que disent-elles ? Que tracent-elles ? Quelle est leur densité ? Quelle est leur représentativité ? Quelle valeur possèdent-elles ? Pour qui ?

Un passage du rapport « Quel avenir des Archives de France ? » présenté au Premier ministre en mars dernier par Maurice Quénet, Conseiller d’État en service extraordinaire, laisse à penser. Page 26, consacrée à la collecte des archives des cabinets ministériels par les Archives nationales, l’auteur fait remarquer qu’elle est très inégale et que nous n’avons « aucune exhaustivité de la mémoire des différents gouvernements » et précise « 20,8 mètres linéaires collectés pour le cabinet d’Alain Richard, 70 ml collectés pour celui de Michèle Alliot-Marie, les deux versements couvrant chacun une période de cinq ans ». Ce qui nous fait une moyenne annuelle de 18,16 mètres linéaires par ministre de la Défense. Mais quel est la mesure de référence ?

Cette inflation de 333 % entre deux cabinets a-t-elle du sens ? Faut-il tenir compte de coefficients de genre (un ministre femme susciterait plus de papier) ou de support (écriture serrée sur papier fin et impression modérée de mails pour Richard, rédaction et impression allègre avec abus de chemises et sous-chemises pour Alliot-Marie) ?

Le critère logistique, le mètre linéaire, est-il le seul possible pour apprécier la mémoire de la France ? Peut-on imaginer la scène suivante un de ces jours au comptoir des Archives nationales : « Bonjour Madame, je voudrais 18 mètres de Jack Lang, s’il vous plaît », ou encore : « Je m’intéresse beaucoup à Jean-Pierre Raffarin, vous en avez combien de mètres ? ».

Au fait, vous préférez le boudin aux pommes ou le boudin aux oignons ?

 

 

> Publié dans : En débat
> Mots-clefs : , , , , , , , ,
> 2 commentaires