Médiocrité
Citations :
« Le propre de la médiocrité est de se croire supérieur » (François de La Rochefoucauld).
« L’âge moderne représente le triomphe de la médiocrité collective » (Gustave Le Bon).
« C’est toujours un grand trait de médiocrité que de ne pas savoir associer la méfiance et la clairvoyance » (Abel Bonnard).
Cela ressemble à un micro-trottoir lors de l’affaire Guttenberg…
Il y a en effet de la médiocrité, au moins au sens classique du terme, dans le comportement de tous ses acteurs, pour leurs actions autant que pour leurs omissions.
Quelle idée de confondre une thèse de doctorat avec un dossier de préparation d’un discours politique ! Comment mépriser ou ignorer (ce qui est pire) à ce point les règles de l’Université quand on prétend en faire partie ? Comment peut-on rêver du grade de docteur et en même temps traiter l’exercice associé par-dessous la jambe (agiter la jambe pour un doctorat de danse de salon, passe encore, mais en droit international…).
Quand au dépeçage de la thèse par l’armée d’anonymes qui s’est abattue à bras raccourcis sur la proie des 475 pages qui constituent la thèse de doctorat de l’ex-ministre, on reste perplexe devant les chiffres : 94,4 % des pages concernés, 63,8% des lignes… C’est explicite, c’est original, c’est utile à l’analyse technique de la forme, mais c’est un peu limité intellectuellement pour juger de l’ensemble. Depuis quand évalue-t-on une thèse en pourcentage ?
Le procédé laisse le curieux sur sa faim : mais quelle est donc la « thèse » du doctorant ? Quelles étaient les conclusions de l’homme politique européen Karl-Theodor zu Guttenberg, alors dauphin de la chancelière Merkel, sur les relations entre les États-Unis et l’Europe qu’il déclare avoir étudiées ? Son mépris de la forme induirait-il de facto une nullité du fond ? Le problème des citations mis à part, ne reste-t-il rien ?
C’est à se demander si quelqu’un a vraiment lu la thèse autrement que comme une suite de caractères ? On veut espérer que le jury de l’université de Bayreuth l’a fait… Mais alors, comment un jury universitaire peut-il accorder le titre de docteur à l’auteur d’un travail aussi bâclé ? Car, contrairement à ce qu’ont titré un peu facilement certains journaux nationaux dont on taira le nom par charité, Guttenberg n’a jamais été un faux docteur ; il n’a pas forgé de toutes pièces son diplôme (il n’y a d’ailleurs pas besoin d’être ministre pour ça…) ; c’est bel et bien l’Université qui le lui a donné avant de se dédire et de le lui retirer. Alors, quelle est l’explication ? Les membres du jury auraient-ils lu en diagonale ou en rêvant à autre chose de plus folichon ? Seraient-ils d’aventure à ce point non spécialistes du sujet pour n’avoir pas détecté ces anomalies rédactionnelles ? Difficile à croire.
Certes, ce ne serait pas glorieux, mais ne vaut-il pas mieux assumer ses erreurs que les masquer derrière des écrans de fumée ? Si au moins, c’était un cas unique, une entorse isolée à la loi, une pratique exceptionnelle, une première, une atteinte sans précédent à la pudeur universitaire, on comprendrait…
Sans remuer les dessous politiques de l’affaire qui ne changent rien aux faits commentés ici (voir l’article de Wikipedia anglais, bien plus documenté que l’article en français), cette histoire ressemble à une farce médiocre où l’hypocrisie le dispute au manque de discernement, et vice versa car tout le monde, dans cette affaire, dans le vice versa…
Jeter un mégot par terre est condamnable, d’accord. Mais peut-on raisonnablement confondre un gros plan sur un mégot entouré de milliers de mégots sur un parking abandonné, avec un gros plan sur un mégot au milieu d’un jardin public d’essences rares, en Suisse de surcroît ?
Il y a peut-être une solution pour résorber le problème : arrêter de fumer.
Ou au moins arrêter d’être fumeux…
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