Articles par tag : mètre linéaire

Assiduité

Assiduité : présence exacte et régulière de quelqu’un en quelque endroit où le conduisent son penchant, son plaisir ou son intérêt (entre autres).

Exemple : présence des internautes sur ce blog, régularité des visites depuis sa création le 28 juin 2011.

Google Analytics, le gentil et parfois fantaisiste mouchard qui piste les faits et gestes de l’internaute, ou plutôt de son adresse IP (ça fait  mieux par les temps qui courent), est un puits d’information pour l’auteur d’un blog.

Pour celui-ci, il indique 15000  visiteurs en neuf mois dont près de 5000 « revenants » parmi lesquels plus de 400 internautes assidus, comptant chacun cinquante à deux cents visites pour la période : Bienvenue, Welcome, Wëllkom, добро пожаловать, Willkommen, Degemer mad, نرحب !

Outre les pages qui concernent l’auteur du blog (autant savoir un peu à qui on a affaire), les pages les plus consultées sont celles de l’ouvrage Archiver, et après ?, publié en 2007 et mis intégralement en ligne fin août 2011.

La diplomatique numérique connaît un franc succès avec plus de 800 visiteurs attentionnés, ce qui témoigne de l’intérêt de cette discipline émergente.

Cependant, à côté de la traductibilité qui a mobilisé le public professionnel, ou de l’infobésité (l’angoisse du moment), les billets les plus consultés sont « nudité » et « sexualité » ; il est vrai que pour « nudité », la majorité des visiteurs n’ont  fait que passer, déçus sans doute par la nudité numérique … Conclusion 1 : l’esprit est curieux mais la chair est faible. Conclusion 2 : le numérique n’a pas encore convaincu tout le monde…

Le tag le plus cliqué est « mètre linéaire » ; c’est aussi l’expression la plus souvent saisie dans les moteurs de recherche qui aboutit au blog. Cette unité de mesure préoccupe nos contemporains, semble-t-il ; il faudrait creuser ce point davantage.

Mais le plus instructif sont les manifestations de la sérendipité, les expressions a priori étrangères à la « critique malicieuse et hebdomadaire de l’information numérique dans la société, à l’usage de ceux qui pensent (et donc archivent) » et qui, non seulement guident un nouvel internaute vers ce blog, mais surtout le conduisent à y prolonger son séjour. On trouve ainsi, parmi les expressions qui ont fait découvrir et apprécier le site : « cordialité langue française téléphone », « regarder la bouteille à moitié pleine plutôt », « plage naturiste » [amateur/trice de plage numérique ?], « exploiter l’information dans les jpeg », « critique de tweeter », « panneaux écraser vos mégots ».

Quant à l’internaute qui; ayant tapé « archivage inutile » Google, finit par explorer le blog de fond en comble avec une assiduité rare, il prouve qu’il n’est jamais vain de prêcher la bonne parole.

Adonques, poursuivez. Poursuivez ce blog de vos assiduités !

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Rétroactivité

La loi n’est pas rétroactive, d’accord. C’est écrit dans le Code civil. Encore faut-il bien distinguer ce sur quoi porte la loi, et ne pas confondre un fait, qui est daté, et l’état d’une chose, qui perdure et peut donc rester d’actualité.

Imaginons une loi de 2010 qui stipule que voler un œuf est passible d’emprisonnement (un œuf de Fabergé, pas un œuf de caille !) et que la détention d’œufs dont la provenance n’est pas clairement établie vous expose à une forte amende. Si vous avez volé un œuf en 2009 (à supposer qu’à l’époque ce n’était pas répréhensible), vous ne risquez rien car la loi n’est pas rétroactive mais si en 2011 vous êtes en possession d’œufs de provenance douteuse, quelle que soit la date à laquelle vous les ayez acquis, vous seriez sans doute bien inspiré de vous en débarrasser.

L’âge des archives n’est pas un fait mais un état qui évolue chaque jour ; les dispositions réglementaires relatives à la durée de conservation des documents (à distinguer du délai de prescription des faits) visent donc tous les documents qui existent à la date de ladite réglementation. Comment justifier de ne les appliquer qu’aux documents créés après la nouvelle réglementation ?

Les dossiers médicaux fournissent un bon exemple de ce cas de figure. Un règlement de 1968 fixait des durées de conservation variées selon les types de document, en résumé : conservation de 70 ans pour les dossiers médicaux relatifs à des maladies graves et de 20 ans pour les dossiers médicaux relatifs à des maladies bénignes. Mais, au XXIe siècle, qui ose affirmer que telle maladie est bénigne ou grave ? À la faveur des questions de responsabilité posées par l’hébergement chez des tiers de données médicales (merci au passage au numérique quand il dope la réglementation !), un décret de janvier 2006, modifiant le code de la santé publique, fixe de nouvelles durées de conservation pour les « données médicales hébergées » : les dossiers médicaux sont conservés pendant 20 ans à compter du dernier passage du patient dans l’établissement hospitalier, avec des aménagements à la hausse ou à la baisse pour les cas particuliers (mineur, décès…). En réalité le texte vise tous dossiers médicaux (papier et numériques), conformément à la définition légale des archives qui transcende le support. Il est précisé que ces nouvelles durées ne seront applicables qu’un an après la publication du décret, soit à partir de janvier 2007.

La question de la rétroactivité de ces dispositions a été posée à l’époque dans des forums par des responsables d’archives (des centaines de kilomètres linéaires de dossiers médicaux papier, des téraoctets de données et d’images médicales à la clé…) mais les réponses qui y ont été faites restent assez floues, suggérant que la question est mal formulée. L’instruction interministérielle d’application du décret, datée d’août 2007, est très claire, sauf sur ce point… Il y est dit que les dispositions sont applicables à compter du 5 janvier 2007 dans les mêmes conditions à tous les dossiers médicaux, « y compris ceux ouverts avant cette date ». Les dossiers médicaux fermés avant cette date (des millions) ont forcément été ouverts encore avant…, mais le flou de la formulation entretient un doute inutile. La revue de ce qui est accessible sur Internet à ce sujet laisse dubitatif sur la compréhension et l’application de ce décret cinq ans après sa parution.

Retour aux œufs. Si la loi dit le 1er octobre 2011 : « les œufs (de poule, d’autruche…) de plus de trois mois doivent être détruits car ils sont pourris, cela s’applique aux œufs pondus le 30 juin 2011 mais aussi à tous les œufs pondus avant cette date, et ce depuis…

Cela dit, si vous êtes Chinois, cuisinier ou gastronome, vous connaissez la saveur des œufs de mille ans et vous savez qu’il faut faire une exception !

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Linéarité

La linéarité qualifie un processus qui se déroule de matière séquentielle, d’un point A à un point B : on parle de la linéarité de la lecture (que les liens hypertextes auraient mis à mal, mais ceci est une autre histoire), de la linéarité de la langue (celle que l’on parle) ou de la linéarité en physique et en mathématiques.

Plus concrètement, la linéarité renvoie à une unité de mesure de la longueur de ce qui est disposé en ligne, par opposition à la mesure de la surface, du volume ou du poids. On parlera donc, du moins là où le système métrique prévaut, de mètres linéaires, par opposition aux mètres carrés, aux mètres cubes et aux quintaux.

Le mètre linéaire sert à évaluer d’une part des objets souples que l’on déroule comme du tissu, du ruban ou du boudin ; d’autre part des objets conditionnés que l’on stocke sur des étagères : petits pois, livres, médicaments…

L’abréviation du mètre linéaire est « ml », à ne pas confondre avec le millilitre ; il est vrai que la concurrence règne férocement dans le monde des sigles mais le développement de l’abréviation va souvent de soi (en matière de boudin, le millilitre ne permettrait même pas de se faire une idée du goût !).

Pour des raisons logistiques évidentes, les archives papier se mesurent elles aussi en mètres et en kilomètres, correspondant à la longueur de rayonnages qu’il faut pour les stocker correctement avec des équivalences standard dans les autres unités de mesure (1 m3 vaut 10 ml, 1 kilomètre nécessite une surface de 170 m² ou 80 m² si le rayonnage est mobile, etc.).

Les boîtes d’archives, c’est bien. Mais, « une boîte d’archives… qu’y a-t-il à l’intérieur d’une boîte d’archives ? » aurait fredonné Charles Trenet. Ces archives, que sont-elles ? Que disent-elles ? Que tracent-elles ? Quelle est leur densité ? Quelle est leur représentativité ? Quelle valeur possèdent-elles ? Pour qui ?

Un passage du rapport « Quel avenir des Archives de France ? » présenté au Premier ministre en mars dernier par Maurice Quénet, Conseiller d’État en service extraordinaire, laisse à penser. Page 26, consacrée à la collecte des archives des cabinets ministériels par les Archives nationales, l’auteur fait remarquer qu’elle est très inégale et que nous n’avons « aucune exhaustivité de la mémoire des différents gouvernements » et précise « 20,8 mètres linéaires collectés pour le cabinet d’Alain Richard, 70 ml collectés pour celui de Michèle Alliot-Marie, les deux versements couvrant chacun une période de cinq ans ». Ce qui nous fait une moyenne annuelle de 18,16 mètres linéaires par ministre de la Défense. Mais quel est la mesure de référence ?

Cette inflation de 333 % entre deux cabinets a-t-elle du sens ? Faut-il tenir compte de coefficients de genre (un ministre femme susciterait plus de papier) ou de support (écriture serrée sur papier fin et impression modérée de mails pour Richard, rédaction et impression allègre avec abus de chemises et sous-chemises pour Alliot-Marie) ?

Le critère logistique, le mètre linéaire, est-il le seul possible pour apprécier la mémoire de la France ? Peut-on imaginer la scène suivante un de ces jours au comptoir des Archives nationales : « Bonjour Madame, je voudrais 18 mètres de Jack Lang, s’il vous plaît », ou encore : « Je m’intéresse beaucoup à Jean-Pierre Raffarin, vous en avez combien de mètres ? ».

Au fait, vous préférez le boudin aux pommes ou le boudin aux oignons ?

 

 

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