La formule, derrière une allure anodine et même badine, véhicule une perception de la relation de l’individu au monde et au temps qui n’est pas neutre. Elle a un côté scolaire, à la fois culpabilisant et déculpabilisant. Elle a aussi un côté péremptoire et surtout prétentieux.

Le vocabulaire est celui de l’école : le « ce qu’il faut retenir » que l’on trouve à la fin des leçons ; le « décrochage » caractérise l’attitude de l’élève qui ne suit pas, par manque de moyens intellectuels ou par manque de volonté (la raison n’est pas en cause) ; mais, ouf !, il y a une séance de « rattrapage » à l’examen.

Vous avez passé votre samedi à marcher dans la nature en écoutant chanter les oiseaux, vous n’avez pas allumé la télé de toute la journée de dimanche, vous avez laissé votre smartphone tranquille dans un coin (afin qu’il vous rende la pareille) ; vous vous êtes livré(e) à diverses occupations agréables et vous n’avez vraiment pas eu le temps de lire la presse. Seulement voilà, vous ne vous sentez pas bien à l’idée d’arriver le lundi matin au bureau ignorant de l’actualité, incapable de parler de la dernière manifestation, du dernier bilan de la catastrophe, de la dernière petite phrase du politique de service ou de la starlette du moment. C’est relativement grave. Et c’est vous le coupable !

Comment faire ?

Pas de problème ! Il y a « les cinq infos à retenir du week-end » (parfois, il n’y en a que quatre, d’autres fois, il y en a six ou sept). Ça se trouve sur le site d’un certain nombre de journaux en ligne (l’illustration ici est tirée d’un mail du journal Le Monde le 23 mars 2015). En trois clics et 30 secondes, vous vous remettez à niveau. C’est génial ! Pourquoi dépenser du temps, perdre du temps, gaspiller du temps, à s’informer hors du temps de travail légal puisqu’on peut arriver au même résultat que si on ne le fait pas, à savoir être informé le lundi matin.

Non seulement, on n’a pas à se fatiguer à naviguer dans la masse des événements qui se succèdent à une vitesse effrénée autour de la planète (sols, sous-sols et airs) mais on n’a pas besoin non plus de trier et de sélectionner les informations ; on peut se contenter  du résumé prémâché ; votre journal pense pour vous ! Une antisèche formidable pour le rendez-vous à la cafétéria de début de semaine, pour les réunions qui suivent, et même pour le dîner en ville du mardi soir. Très pratique.

D’ordinaire, les points essentiels résumés sous le titre « ce qu’il faut retenir » sont liés à une production intellectuelle circonscrite et sont élaborés par une personne qui connaît bien le document en question :

  • les points à retenir d’un cours selon l’auteur du manuel ou selon l’enseignant qui construit de cours en cours sa transmission de savoir ;
  • les points à retenir d’un discours selon une personne avisée qui l’a écouté de bout en bout et entend restituer les phrases-clés à ceux qui n’ont pas écouté, lu ou compris l’intégralité ;
  • les points à retenir d’un rapport ou d’une loi selon un expert qui l’a analysé(e), remis en contexte et qui met chacun de ces points en perspective pour son auditoire ou ses lecteurs.

Mais résumer une tranche hebdomadaire de saucisson d’actualité mondiale, c’est une autre paire de manches ! Les journalistes sont décidément très forts…

Bah ! Il suffit d’évacuer tout ce qui n’est pas événementiel, d’ignorer les tenants et les aboutissants des choses pour ne retenir que quelques victoires et défaites, des ouis et des nons, des cris et des rires, et le tour est joué. Du pain et des jeux en quelque sorte. A-t-on besoin d’autre chose ?

 

 

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