Fragrance est un mot plus littéraire pour dire parfum, senteur, en français et aussi en anglais. L’étymologie lointaine est la même que celle de flair.

La fragrance est plutôt agréable, subtile… C’est, pour moi, les œillets, les freesias et les pois de senteur dans le jardin de mon grand-père ; ou les petits sablés confectionnés avec la peau de lait de la ferme quand ils sortaient du four de la cuisine familiale ; ou encore quelques produits de beauté dont la production, elle aussi, a cessé.

Le caractère immatériel et fugace d’une fragrance la rend difficile à décrire. Les experts de la fragrance que sont les nez disposent d’un vocabulaire technique pour décrire les différents facettes des parfums, un peu comme peuvent le faire les œnologues pour l’arôme du vin. Ordinairement, on procède avec des images, des rapprochements avec d’autres odeurs plus communes mais pour que la description soit un peu précise, il faut pour cela partager la même culture : les fragrances de beurre de yak ou de fleur de colza ne parlent pas à tout le monde.

Il y a cependant des parfums plus faciles à définir parce qu’ils ont une composante chimique qu’il est possible d’analyser et de reproduire. On peut ainsi créer artificiellement un parfum qui rappelle une senteur naturelle, ce dont ne se privent pas les fabricants de produits ménagers, ad nauseam. D’après slate.fr, il est aujourd’hui possible d’acheter une bouteille de fragrance de vieux livres. La finalité peut être nostalgique (donner de la culture à un nouvel appartement trop neuf par exemple) ou une démarche de séduction (ce parfum, paraît-il, serait une arme redoutable pour séduire des bibliophiles du sexe opposé, ou pas du reste).

On parle depuis quelques années des odeurs numériques mais il s’agit plus de fabriquer des sensations olfactives dans un lieu public ou un commerce que de capturer telle fragrance dans son contexte. La combinaison des mots fragrance et digitale correspond encore essentiellement à ceci :

Car, et c’est un autre défaut de la fragrance, il n’est pas possible de l’archiver pour la sentir de nouveau plus tard. Ça, c’est vraiment ennuyeux. Car sans archive, il n’y a pas de preuve et peu de mémoire. Or, les senteurs peuvent influencer un geste bienveillant ou malveillant et devraient constituer des documents utiles pour la compréhension des faits. Force est de constater que les cinq sens ne sont pas sur un pied d’égalité en matière d’archivage. Je ne parle pas bien sûr de la fragrance des archives elles-mêmes, ni même de leur goût (Arlette Farge) mais des odeurs des choses du quotidien ou d’événements extraordinaires dont on voudrait garder la trace, à toutes fins utiles.

Pour ma part, je rêve de pouvoir utiliser mon smartphone pour enregistrer les fragrances comme on fait des photos, même en amateur. J’aimerais aussi visiter des expositions avec les « fichiers odeurs » de plusieurs sources sur une thématique ; il y aurait des précisions sur le contexte de la captation parfumée, la profondeur de champ, le cadrage, etc. Je m’imagine visitant des expos olfactives sur les fêtes à l’andouillette, les pins après la pluie, la chaleur à Hong-Kong, les huîtres…

Enregistrer les fragrances numériques, « il n’y a plus que ça que je voudrais voir avant de mourir ». C’est là une formule d’une de mes arrière-grands-mères, qu’elle déclina longtemps en de nombreuses occasions car elle vécut âgée.

 

 

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