Pour tenir la maison et servir la famille, Delisle a plusieurs domestiques, quatre dès 1726 et jusqu’à sept en 1737. Parmi eux, les Russes ne sont pas majoritaires : un cuisinier et un jardinier pétersbourgeois, plus tard, un sujet du métropolite de Rostov comme laquais et un jeune paysan originaire des environs de Moscou. Il s’agit surtout d’Allemands, de Finlandais.et de Suédois (nationalités assez représentées à Pétersbourg), dont le jeune Michel Groning, valet de chambre et interprète. Enfin, J.-N. Delisle a à son service quelques Français dont Marc Leblond, un rémois venu en Russie par la Suède et qu’il emploie comme secrétaire.

Pour ce qui est de la vie quotidienne, la première impression de Louis Delisle est que “ce pais est fort sain et que la nourriture y est fort bonne”. Ils ne goûtent toutefois la cuisine russe qu’à l’occasion car Joseph-Nicolas se fait le plus souvent préparer ses plats à la française. Quant à la boisson, il est facile de se procurer de l’eau-de-vie de France. L’aristocratie russe l’apprécie en effet et le commerce s’en fait régulièrement depuis le XVIe siècle.

En ce qui concerne le climat, on oublie vite le froid et la longueur de l’hiver, dit Louis Delisle, quand on a du bois pour se chauffer et des pelleteries pour affronter la température. En somme, les Français se sont très vite acclimatés à la vie à Pétersbourg : “Nous ne nous appercevons pas d’ettre sortis de Paris”, dit encore L. Delisle. La notion des grandes distances leur devient vite familière : Joseph-Nicolas écrit à sa sœur en 1730 qu’il espère revoir bientôt son frère Louis (alors en mission dans le gouvernement d’Arxangel’sk) ou apprendre qu’il est à Moscou, “ce qui est la mesme chose car en hiver deux ou trois cens lieues de plus ou de moins ne sont point comptez dans ce pais-ci”.

Catholiques, les Delisle assistent à la messe dominicale dans l’église catholique de Pétersbourg ou, car celle-ci n’est que tolérée, dans les chapelles particulières des ambassadeurs étrangers. Joseph-Nicolas Delisle respecte les fêtes religieuses des Russes et se plie de son côté aux exigences du Carême : lors d’une excursion de travail avec des Russes au moment du Carême, il laisse ses provisions “aux hérétiques” de son équipe.