Il y a quelques jours, comme j’étais arrêtée au feu rouge, au volant, mon regard s’est posé sur un panneau accroché à la clôture d’un chantier de voirie, juste devant moi. Il y avait sur ce panneau le mot « réseau ». Disposant de quelques secondes de rêverie en attendant que le feu passe au vert, j’ai laissé vagabonder mon esprit à partir de ce mot, réseau…

Laissant de côté les réseaux qui sillonnent le sous-sol pour acheminer l’eau, le gaz, l’électricité (c’était un de ces réseaux-là qui justifiait le panneau, j’ai oublié lequel), ma pensée s’est portée machinalement sur le réseau des réseaux, Internet, puisqu’il faut l’appeler par son nom. Avec ma manie innée des jeux de mots, le rébus a surgi très vite :

RÊTS                                                                     ZOO

La fable de La Fontaine me revient à la mémoire :  Ce lion fut pris dans des rêts… (Le lion et le rat), ainsi que le souvenir de ma première visite au zoo de Vincennes, à l’école primaire.

Puis, quelque chose me dit que les jeux de mots ont parfois du sens.

Nous sommes pris dans le filet de la Toile et de ses géants. Nous ne sommes pas loin de ressembler à des animaux soustraits à leur milieu naturel, confinés dans un espace restreint en dépit des paysages factices. Nous voici conditionnés dans nos mouvements et bientôt dans nos pensées quotidiennes par une clôture électronique faite d’écrans innombrables. On ne peut plus faire trois pas tranquille sans tomber sur un écran. Il ne s’agit plus du « petit écran » que l’on allumait le soir en famille ou du « grand écran » du viquende. C’est l’écran du smartphone qui vibre à l’envi, l’écran du terminal de paiement chaque fois qu’on a besoin de quelque chose, cette publicité aussi imbécile qu’intrusive sur l’écran de l’ordinateur chaque fois qu’on veut se e-promener, l’écran géant d’un espace public qui impose de regarder ce match ou cette pub dont on n’a rien à faire… Notre vie est bornée par les écrans qui nous enserrent dans le réseau. La vie avant les écrans, c’était comment au fait ?

Autrement dit, le réseau mondial tend à ressembler à une vaste ergastule.

La comparaison semblera osée car nous ne sommes plus à l’époque des Romains et les internautes ne sont pas des esclaves. Spartacus, aujourd’hui, c’est du cinéma ; le bagne de Cayenne a été supprimé en 1938. Mais il reste ce conditionnement, cet enfermement, cette instrumentalisation, cette dénaturation, cette déshumanisation des relations humaines.

La différence entre le réseau numérique (ou les réseaux, sociaux, asociaux ou associés) et l’ergastule, c’est le caractère volontaire ou non de l’enfermement.

Les animaux du zoo ont été enfermés contre leur gré.

Les esclaves n’ont pas choisi leur servitude.

Les internautes…

Pouet. Pouet. Tûûûtttt !!!

Ah ! Le feu est passé au vert. Je poursuis ma route…

 

 

1 Commentaire

Commentaires fermés