L’abondance, c’est beaucoup, c’est bien (abondance de biens ne nuit pas).

La surabondance, c’est trop.

L’abondance est une notion désuète, tout comme la corne qui la symbolise dans un décor bucolique d’un autre âge. La corne d’abondance est passée de mode, comme la corne de brume (électrifiée) sans parler d’autres cornes…

L’heure est à la surabondance. À l’échelle planétaire, les concepts qui se maintiennent à l’équilibre se font rares. Qu’est-ce qui ne déborde pas ? Qu’est-ce qui n’excède pas les cadres classiques des choses ?

Aujourd’hui, on se penche davantage sur la surconsommation que sur la consommation. On disserte du surendettement et non plus du banal endettement. La surpopulation et le surarmement sont des sujets de débats que les notions de population et d’armement ne provoquent plus.

A priori, le préfixe « sur » s’oppose au préfixe « sous » : la surexploitation des énergies fossiles versus la sous-exploitation de l’énergie solaire ; la suralimentation des Américains versus la sous-alimentation des Zimbabwéens, etc.

L’opposition se révèle plus percutante entre « sur » et « de ». De (dé-, des-) est le préfixe de la contradiction, de la suppression, de la privation, dans l’esprit de la formule adverbiale « trop de … tue le ». Trop de choix tue le choix, trop de droit tue le droit, trop d’impôt tue l’impôt…

J’en arrive, naturellement, à la surabondance de l’information.

Le monde de l’information hyperconnecté est la meilleure illustration des effets négatifs de la surabondance.  On produit de l’information, on la diffuse, on la duplique, on stocke les données, sans discernement, sans contrôle, sans gestion. « Lorsque la surabondance de communication génère de la sous-abondance de valeur ! » a écrit Toufik Lerari, PDG de Tequilarapido, dans Les Echos. L’information surabonde et se déprécie parce qu’elle déborde, dégouline, s’accumule, surinfome et… désinforme.

Et ce n’est pas tout. Cette surabondance  d’information et de données est nuisible pour la planète.

D’après une étude du cabinet américain Gartner qui remonte à 2007 , reprise ici, la quantité de CO2 émise par ces technologies de l’information (transfert, stockage et traitement des données) représente environ 2% des émissions mondiales, soit autant que le trafic aérien international… Les technologies ont évolué et se sont améliorées depuis dix ans mais ce qui n’a pas changé, ou plutôt ce qui a empiré, est le volume d’information inutiles stockées, transférées et traitées.

Les experts du domaine s’accordent à dire que les deux-tiers de l’information dans l’entreprise, mais sans doute ailleurs aussi, n’a aucune valeur métier, juridique ou réglementaire. À quoi bon cette sur-conservation ? Qu’en ressort-il sinon de la désinformation et des émissions de CO2 ?

La Conférence des parties dans sa vingt-et-unième réunion (COP21) vient de se terminer sans échec mais tout reste à faire. Alors, n’hésitez plus :

DÉTRUISEZ LES DONNÉES INUTILES, PAS LA PLANÈTE !

 

2 Commentaires

  1. Hum, c’est plus facile à dire qu’à faire. Quand on est documentaliste scolaire, il faut désherber régulièrement. C’est difficile en soi, car on aime l’information. C’est assez simple pour les livres documentaires car le savoir contenu est obsolète, ou bien ce sont les illustrations qui sont vieillottes, mais c’est plus compliqué pour les fictions et encore plus pour les bandes-dessinées.
    Heureusement il y a la technique de la la relégation : mis au placard ou sur des étagères hautes (« plus c’est haut et moins ça sert »), le document qui ne sert pas pendant un certains temps devient poussiéreux et finalement nous avons moins de mal à le jeter.
    Quant au reste (documents informatiques), nous ne savons pas encore bien les mettre à disposition du public, mais moi en tout cas, je stocke déjà énormément (12,6 Go et plus de 18.000 fichiers ! Mince alors…), sans compter les liens internet.
    A noter que la base du CDI (donc à destination du public) comporte plus de 27.000 notices pour 11.500 documents tout confondu.

    Maintenant qu’est-ce qu’une donnée utile dans un centre de documentation et d’information d’un collège de campagne ? Les questions les plus pertinentes et les plus loufoques peuvent nous être posées par les élèves et par les professeurs, et nous avons un mal fou à trouver cette information-là au moment précis où le besoin s’en fait sentir. D’où la peur de manquer dans la surabondance d’information, et la tentation de tout garder au cas où…
    Heureusement, la documentaliste scolaire a deux garde-fous impératifs :
    – le mètre linéaire lui est chichement mesuré, ce qui réduit le stockage du papier ;
    – les journées ne font que 24 heures, et le collège de toute façon ferme à 18h00, ce qui rend impossible une exploration exhaustive de la Toile mondiale et son indexation.

    Mais qu’est-ce que je fabrique avec 18000 fichiers professionnels, moi ?….

    • Merci pour votre point de vue et tous ces éléments chiffrés qui me ravissent (je trouve que, paradoxalement, on ne donne pas assez de chiffres avec le numérique).
      Oui pour la relégation (que j’appelle purgatoire) et qui est une solution humaine intéressante à côté des solutions techniques (ne pas oublier l’humain dans l’histoire).
      Pour le désherbage, comme je l’ai écrit, j’ai changé de formule : je ne désherbe plus, je cueille ce qui est engageant ou utile et je passe le tracteur sur le reste…
      L’autre question est la redondANCE de l’information dans l’environnement numérique. Donc, à bientôt pour en reparler.

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