L’injure est passible d’une sanction (articles R621-2 et R624-4 du code pénal, articles 955 et 1047 du code civil).  L’insulte, bien qu’elle ne figure dans les codes, n’est pas recommandable non plus. Reste que, la nature humaine étant ce qu’elle est, le besoin, pour ne pas dire la soif d’attaquer ses semblables dès lors que l’on a quelque chose à leur reprocher, n’est pas près de se tarir. Comment faire pour assouvir cette soif sans en venir aux mains ? C’est le rôle de l’imprécation, une invective qui ne s’adresse pas directement à l’ennemi mais appelle sur lui la calamité.

Les formules imprécatoires se rencontrent surtout dans les textes de l’Antiquité, religieux et littéraires : « O Dieux, répandez l’effroi, la terreur, le mal parmi nos ennemis », « Que ce sinistre individu soit privé de sépulture et livré en pâture aux chiens ! » ; « Dieu les vomira au jour du Jugement, parce qu’ils ne sont ni chauds, ni froids. », ou encore « Ne laisse pas réussir les projets du méchant, de peur qu’il ne s’en glorifie ! » (psaume 140).

Le nom de Dieu est souvent invoqué dans ces formules imprécatoires. Or, puisque Dieu est mort (confère Nietzsche), il est grand temps de se mettre à la page, la page web bien sûr.

Par souci de favoriser l’expression du ressentiment dont le confinement est malsain, tout en restant dans les clous de la législation (si l’Académie française le permet, la graphie clouds semble ici plus appropriée), il me paraît opportun de suggérer quelques formules imprécatoires pour notre siècle.

Le catalogue de l’imprécateur numérique pourrait ainsi proposer :

Ô Grand Cloud, accumule sur la tête de nos adversaires de noirs nuages d’information toxique ! Qu’ils paient le prix de leurs conservations inconsidérées et périssent engloutis dans les data centers surchauffés !

Que le consortium international Haine SA espionne les disques durs de nos opposants, ceux de leurs conjoints et ceux leurs descendances. Que les incubes électroniques et autres e-succubes viennent les visiter pendant la nuit mais aussi en plein jour, pendant qu’ils télé-achètent, chatent ou surfent ! Qu’ils s’emparent de tous les cookies, y compris au chocolat, et les laissent démunis et affamés !

Que les boîtes de messagerie de nos concurrents soient spammées à mort ! Qu’ils en perdent le Goût et en prennent plein la Gueule !

Que les serveurs de nos détracteurs soient privés de sauvegarde et exterminés par un crash-système ! Que leurs fichiers soient infectés des pires virus pendant sept générations de supports !

Que les données vitales de nos ennemis soit perméables aux pare-feu  et livrées en pâture aux hackers !

Puissent les Amazones à Face de Bouc aspirer leurs plus chers secrets et les afficher sur la grande Toile jusqu’à ce qu’ils crient grâce et se repentent amèrement de leurs négligences !

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2 Commentaires

  1. Tant de haine et de verve doivent inciter vos lecteurs et moi la première à vous couvrir de louanges flatteuses pour éviter vos foudres numériques !!!

    Oh grande prêtresse du -oir
    certes il est en ton pouvoir
    d’effacer nos répertoires
    mais tu n’es pas sans savoir
    qu’on ne pourrait plus te voir
    sans outils informatoires [oui celle-là est un peu faible]
    Laisse-nous sur le promenoir
    de ton blog jubilatoire

    • L’imprécation a ceci de pratique qu’on demande indirectement à d’autres, simplement en pensant tout haut, de faire ce qu’on ne sait pas faire mais que l’on voudrait secrètement voir arriver. Je ne comprends vraiment pas pourquoi c’est tombé en désuétude.
      Et surtout pas de N. Je vouz M !
      Bonne promenade informatoire.

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