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Exploitabilité

Une fois qu’on a lu les données et compris l’information, la troisième étape consiste à exploiter l’information pour en tirer des connaissances, un savoir sur quoi se fondera une décision en « connaissance » de cause, ou une action à bon « escient ».

Le suffixe en –able ou –ible souligne la possibilité de faire quelque chose. Il s’applique un objet, une personne, une matière, un terrain qui présente les caractéristiques souhaitées face à une action qui la ou le vise : lisible, constructible, éligible, malléable, téléchargeable…

Mais l’exploitabilité n’est pas liée qu’à l’objet, elle dépend également de l’exploitant, de l’existence des instruments et des conditions nécessaires à l’exploitation. Être éligible veut dire que l’on possède les qualités requises pour pouvoir être élu ; mais qu’est-ce que l’éligibilité s’il n’y a pas d’élection ? Qu’est-ce que l’exploitabilité d’une forêt si l’exploitant n’a pas le permis d’exploiter ?

L’exploitabilité, pour l’information, est d’être localisée et décrite, ainsi que le précisent les normes, en supposant a) que les exploitants aient le droit ou l’autorisation de le faire et qu’ils disposent des « engins » propres à transformer la matière ; b) que les informations ne soient ni fausses ni périmées, faute de quoi l’exploitabilité, techniquement possible, serait vaine voire fallacieuse pour l’utilisateur.

On distinguera donc au sein de toute structure quatre grands ensembles d’informations : les informations exploitables et exploitées à juste titre, les informations peut-être intéressantes mais malheureusement inexploitables, les informations sans intérêt mais quand même décrites et localisées, et les informations inexploitables et sans intérêt, avec des flux subtils entre les zones, très intéressants à observer.

Ne serait-il pas raisonnable de supprimer les informations inexploitées et inexploitables ?

Sûrement, mais on le fait rarement, pour deux raisons :

  1. au plan financier, la destruction raisonnée est une forme d’exploitation des informations qui suppose qu’elles soient identifiées ; le serpent se mord la queue ; car si produire de l’information inutile coûte presqu’autant que d’en produire de la bonne, détruire les informations périmées au sein d’un ensemble non géré (non localisé, non décrit, non qualifié) revient à prendre le risque de jeter le bébé, caché derrière les bulles de savon, avec l’eau du bain ; or, qualifier l’information numérique a posteriori, autrement dit trier des amas de fichiers désorganisés, coûte en moyenne dix fois plus cher que de les stocker dix ans de plus ;
  2. au plan affectif, on se dit qu’on aura peut-être besoin de ces informations demain. Il y a de grandes chances que non et de toutes petites chances que oui. Alors, dans le doute, on les entasse dans des bric-à-brac numériques, comme d’autres entassent clous, bouts de ficelles, vaisselle cassée et colifichets en tous genres.
    Il y a au moins un avantage manifeste à l’affaire : on pourra bientôt organiser en fin de semaine des « vide-serveurs » : un « DSCN6449.jpg » à 20 centimes, une série de documents en Word 95 à 2,50 euros, etc.

Ce billet fait partie d’un triplet : lisibilité intelligibilité – exploitabilité

 

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