La sténo (graphie ou typie) a-t-elle de l’avenir ?

Cette technique de transcription de la parole qui remonte à l’Antiquité va-t-elle résister à la technologie ? Ou plutôt, ces différentes techniques inventées au cours des siècles et des besoins des civilisations écrites vont-elles résister aux technologies numériques qui semblent savoir tout faire ?

Le besoin, sur le forum romain, dans les entreprises commerciales de la fin du XIXe siècle, dans les enceintes parlementaires d’aujourd’hui ou dans les amphis de l’université, est toujours le même : noter tout ce qui se dit pour n’en rien perdre et pouvoir se référer à l’intégralité du discours.

Or, la vitesse d’écriture de la langue en respectant l’orthographe et la grammaire, même pour les plus habiles, est bien inférieure à la vitesse de la parole (sauf pour ceux qui déclament au ralenti à la manière de Montfleury moqué par Molière dans L’Impromptu de Versailles).

Pour noter à la vitesse de la parole (environ 220 mots par minute), il existe plusieurs méthodes d’écriture resserrée (le sens de stenos en grec), lesquelles se rattachent à deux grandes approches :

  1. le système abréviatif : on codifie certaines suites de caractères, certains mots voire certaines formules par des suites de lettres représentatives ou de nouveaux signes, par exemple le fameux « 9 tironien » (de Tiron, secrétaire de Cicéron) : le chiffre 9, tracé d’un trait dans le sens des aiguilles d’une montre mais dont le rond est sur la ligne, remplace les trois lettres du préfixe latin « cum » ou « con » en français [je l’utilise personnellement au quotidien– pour prendre des notes, pas pour injurier les passants, je précise au cas où…] ; autre exemple, les savants tracés des notaires aux allures de gribouillis, sur les minutes manuscrites d’antan, qui renvoient à certaines clauses récurrentes ;
  2. la transcription phonétique : on note les sons et la ponctuation avec des traits ou des points dont la combinaison s’opère plus facilement que celle des lettres de l’alphabet. Les deux grandes méthodes de ce type remontent à la période d’expansion économique du Second empire : la méthode Prévost-Delaunay et la méthode Duployé.

Il convient de distinguer plusieurs usages : la production du procès-verbal d’une séance officielle qui exige une méthode avalisée, une saisie systématique sur une durée assez longue de manière à prévenir des contestations ; la production d’un courrier pris en sténo par une secrétaire (une ou deux pages) ; la prise de notes à des fins de mémoire personnelle sans retranscription à la clé.

Mais aujourd’hui, pourquoi s’embêter à transposer en écriture un discours que l’on peut l’enregistrer facilement en audio ou en vidéo ? Cela supprime en plus l’intermédiaire entre la réalité de la parole et le lecteur inhérent à la sténo, quelle que soit la méthode. L’enregistrement audiovisuel est bien plus fiable et plus complet (la prononciation, les inflexions de la voix, la gestuelle, etc.). Quant à la retranscription, les systèmes de reconnaissance vocale seront bientôt au point. Les technologies numériques savent capturer, traduire, restituer…. Bien sûr on peut produire un compte rendu in extenso à partir d’un enregistrement audiovisuel (l’Assemblée nationale a fait ce choix il y a peu). Bien sûr le dictaphone permet un travail en différé et le message peut être réécouté. Bien sûr, un cours enregistré est plus sûr quand on révise que des notes codées.

Cependant la sténo présente un double avantage pour celui ou celle qui doit à la fin produire un écrit : celui de s’approprier plus vite le sujet par l’effort de compréhension que constitue la prise de notes (par opposition à l’ enregistrement passif du discours), et celui de gagner du temps car on a plus vite fait de lire les notes en sténo d’une heure de réunion que d’écouter ou visionner une heure de vidéo. Tout dépend du but, des enjeux et du temps disponible.

En revanche, si les outils du marché étaient un peu plus performants pour assister la saisie de notes (raccourcis clavier, développement d’abréviation…), ce serait appréciable.

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