C’est après Olive que soupirait Popeye, pas après Ursule ! Pourtant Popeye et sainte Ursule ont quelque chose en commun. Ils doivent l’un et l’autre leur célébrité à une erreur graphique.

La teneur en fer des épinards, qui décuple les forces de notre sympathique marin, a été elle-même injustement décuplée par une erreur de virgule qui l’a fait passer de 2,7 à 27 milligrammes par 100 g d’épinards (ou de 4 à 40 mg selon les versions de l’histoire). La vérité a été révélée bien avant la création de Popeye et son créateur en a peut-être été informé mais peu importe : l’histoire est plaisante et avantageuse.

Le nom de sainte Ursule est associé à la légende chrétienne des onze mille vierges qui connaît elle aussi plusieurs versions. Le point de départ est une inscription gravée sur la tombe de jeunes martyres massacrées lors d’un raid de Huns à la fin du IVe siècle à Cologne. Cette inscription indique : « XI.M.V », qu’il faudrait lire : 11 en chiffres romains suivi des initiales des mots Martyres et Vierges : onze vierges martyres. Mais certains eurent tôt fait de prendre le M pour le nombre « mille » des chiffres romains : onze mille vierges… Une stèle voisine donne le nom d’une enfant, Ursule. Et voilà, tous les ingrédients sont réunis.

L’iconographie de sainte Ursule (fête le 21 octobre) se limite en général à dix compagnes (celle de la photo, en bois, est conservée au musée du Berry à Bourges) car représenter les onze mille, quel que soit le matériau, est un travail d’une envergure démesurée. Cette réalisation monumentale aurait sans doute été facilitée par l’ingurgitation de quelques boîtes d’épinards si cela s’était trouvé, mais la plupart des représentations d’Ursule datent du Moyen âge et les épinards n’ont été popularisés en Occident qu’à la Renaissance….

Ces erreurs sont du reste favorisées par des aspirations humaines profondes : la force physique que procurent les épinards, la virginité… Bien souvent, on lit ce qu’on a envie de lire, consciemment ou pas, parfois pour le plus grand plaisir de générations de spectateurs et de fidèles.

Et finalement, qu’est-ce qui est le plus vrai des deux : la réalité ou la force de l’imaginaire ?

 

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