Stipule : un mot qui sonne, ou plus exactement qui siffle (le st du début) et qui pète (le p), qui siffle comme une paille (stipula, en latin) sous l’effet du vent, et qui pète quand la tige éclate à la longue sous l’effet du soleil…

Les mots ont un sens, parfois plusieurs, et en change avec le temps, mais pas n’importe comment.

Stipuler veut dire énoncer une condition dans un contrat. Dire que la loi stipule que… est donc impropre et les juristes, par exemple Marie-Laure Fouché, ont raison de rappeler que la loi ne stipule pas ; la loi dispose, c’est-à-dire décide, unilatéralement. Cependant, le verbe stipuler a aussi le sens courant de formuler une règle de manière autoritaire.

Pour moi, le verbe stipuler évoque immanquablement ce poème de Maurice Fombeure appris sur les bancs de l’école primaire :

— Je stipule dit le roi,
que les grelots de ma mule
seront des grelots de bois.
— Je stipule dit la reine
que les grelots de ma mule
seront des grelots de frêne.
— Je stipule dit le dauphin
que les grelots de ma mule
seront en cœur de sapin.
— Je stipule dit l’infante élégante
que les grelots de ma mule
seront fait de palissandre.
— Je stipule dit le fou
que les grelots de ma mule
seront des grelots de houx.
Mais, quand on appela le menuisier,
Il n’avait que du merisier.

Ce que j’ai appris plus récemment est que ce poème est connu sous deux titres différents : “Menuisier du roi”, celui que je connaissais, et “Naïf”. Le poème a été publié dans deux recueils de Maurice Fombeure : Silence sur le toit (1930) et À dos d’oiseau (1942) mais les références accessibles sur Internet sont contradictoires, de sorte que je n’ai pu savoir positivement sous quel titre il apparaît dans quel recueil. Si Internet ne sert même pas à pouvoir vérifier le titre d’une œuvre ou sa date de parution, on est pas aidé ! Moi qui croyais naïvement que ça servait, entre autres, à ça…

Toujours est-il que le titre “Naïf” suscite plus d’interrogations que l’autre car on se demande qui est naïf : le poème lui-même, les personnages de la cour qui croient que l’on peut fabriquer un grelot avec n’importe quoi comme le fait remarquer un enseignant, ou encore le menuisier…

Comme quoi : primo, le titre d’un texte a son importance car on n’aborde pas la lecture de la même façon ; secundo, un auteur a parfaitement le droit de changer le titre de ses textes, mais a priori un même texte ne porte qu’un même titre dans une même publication à une même date.

Quel titre retenir ? Celui de l’enfance, évidemment. Mais, “Naïf” est tentant, d’autant plus que c’est très facile à écrire, tandis que, incertaine désormais sur le bon l’usage de la majuscule, j’hésite entre “Menuisier du roi”, “Menuisier du Roi” et “Menuisier Du Roi”…