Jusqu’en avril 2019, les possibilités d’interaction proposées par LinkedIn aux membres du réseau étaient: le like (pouce), le commentaire et/ou le partage du post. LinkedIn propose alors quatre nouveaux boutons colorés comme alternative au pouce, bleui pour l’occasion, afin de booster les interactions.

La plateforme n’a pas agi sur un coup de tête mais a analysé attentivement des milliers de réactions pour catégoriser le sens des likes, ainsi que l’explique plusieurs articles, ici ou .

Il s’agit d’apporter à l’auteur des indications sur les motivations de ceux qui réagissent à ses posts, mais aussi d’inciter les membres du réseau à s’exprimer plus facilement grâce à ces nouvelles possibilités. Et, en juin 2020, dans le contexte de la crise sanitaire et des engagements de solidarité que celle-ci a mis en avant, apparaît le sixième bouton, qui vient se placer au 3e rang de la palette:

À noter que ces six boutons sont tous positifs. Si le post vous inspire la désapprobation ou que vous vous sentez en décalage avec le message ou la façon de le formuler, les boutons n’apportent rien (cf le débat récurrent sur le pouce en bas) mais on peut toujours s’exprimer dans les commentaires et recourir aux émoticônes grimaçants, assez nombreux au catalogue. Ces boutons ne permettent pas non plus de clarifier si on “aime” le “chapô” qui accompagne le partage d’un lien Internet, ou si on “aime” l’article lui-même, voire simplement l’illustration; il y a parfois des situations équivoques (combien d’internautes ont “aimé” en avril 2019 les photos de Notre-Dame en flamme ?). Aujourd’hui, dans le cas de news négatifs (une catastrophe, un décès, un échec…), le bouton “soutien” est approprié.

Avec cette initiative, LinkedIn se singularise joliment par rapport aux autres réseaux sociaux. En effet, Twitter et Instagram ne proposent toujours que “j’aime”, “commenter” et “partager” sous forme de petits symboles gris, tandis que Facebook propose une gamme d’emojis “classiques” qui a toutefois la particularité (et l’avantage sur LinkedIn) d’inclure la tristesse et la colère:

On peut remarquer que, en français ou en anglais, le libellé des boutons d’engagement mêle des verbes à la première personne ou à l’infinitif (j’aime/like, j’adore/love, je soutiens/support) et des adjectifs (instructif/insightful, intéressant/curious) et un mixte verbe/interjection (celebrate/bravo). La traduction des adjectifs m’a laissée perplexe mais peu importe, les boutons sont là et ils sont engageants. Et ça marche! Les internautes se sont rapidement appropriés ces nouveaux boutons; il est facile de le voir sur le réseau.

Mais il me semble que l’une des manifestations les plus évidentes de ce succès est le détournement de ce jeu de symboles colorés pour diverses causes, toutes bonnes.

Au fil des jours, depuis juin 2020, j’ai ainsi relevé – sur LinkedIn – quelques dizaines de cas de réutilisation des boutons LinkedIn pour de petits sondages essentiellement mais aussi dans une démarche humoristique ou encore comme support de pub. On les trouve dans plusieurs langues, le plus souvent sur fond blanc, parfois sur fond noir ou de couleur; parfois, seuls quatre ou trois boutons sont utilisés, voire deux; il n’y a pas toujours de titre, les mots associés aux boutons étant suffisamment parlant.

C’est aussi bien l’initiative de particuliers que d’entreprises (Orange Tunisie) ou d’institutions (Armée de l’air, Union for the Mediterranean), notamment pour faire choisir un logo;

Les petits sondages sur les outils informatiques sont courants:

Le monde du travail est bien évidemment très présent, ainsi que le recrutement, réseau professionnel oblige:

 

La crise sanitaire et l’envie d’en sortir n’est pas en reste:

Mais ce peut être aussi le simple plaisir de jouer avec les boutons…

J’avoue avoir également cédé au plaisir de ce détournement, si simple et si efficace, non seulement pour l’image à une de ce billet mais aussi professionnellement.

En conclusion, cette innovation de LinkedIn m’inspire une réaction: