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Intelligibilité

Ce n’est pas parce que vous détenez des données que vous possédez des informations.

La donnée est brute, c’est un ensemble de signes que l’on peut rattacher à un système d’écriture mais qui n’est pas suffisant pour faire passer une information à un utilisateur. La donnée isolée ne parle pas. Ce n’est qu’un morceau d’énoncé, un bout de message qui doit être contextualisé, un indice qui doit être complété pour apprendre quelque chose au lecteur, de préférence la même chose que ce que l’auteur a voulu écrire ou enregistrer.

Les trois lettres OCA désigneront, selon le contexte métier et linguistique, un tubercule péruvien, l’Observatoire de la Côte d’Azur (dont le logo ci-dessus n’est pas forcément très lisible), une oie italienne (oca) ou une guêpe russe (oca en lettres cyrilliques aussi bien que latins- prononcez « assa »).

« 23 » sera, selon les cas, le poids en kilos d’un enfant lors de sa visite médicale, la note sur 40 d’un devoir très moyen, le numéro du département de la Creuse, la température en degrés Celsius dans le jardin (ou en degrés Fahrenheit, mais alors prenez une petite laine) ou encore, dans un document plus personnel, le nom codé de l’actuel archevêque de Paris…

Un groupe de mots organisés conformément aux règles de la syntaxe peut lui-même être inintelligible, ou du moins polysémique. La phrase « La souris bloque sur la bécane » évoque-t-elle une petite pépée qui refuse un tour en moto ? Ou l’accessoire informatique qui n’est pas reconnu par l’ordinateur ? Ou la bestiole de laboratoire qui panique dans sa roue métallique ? Évidemment, une image à la place de la phrase éviterait cette ambiguïté (sur la lisibilité et donc l’intelligibilité des photographies, voir le billet d’André Gunthert).

Donc, toute information écrite qui se respecte exige deux choses :

-       que les données qui la composent soient liées à des listes de valeurs prédéfinies ; et

-       que ces données soient agencées en référence à un contexte connu et accessible par l’utilisateur.

Le numérique perturbe les bonnes habitudes, notamment pour les données dites « structurées ». En effet, l’archivage des tables d’une base de données en même temps que les données elles-mêmes, comme élément contextuel, ne va pas toujours de soi, alors qu’il ne viendrait pas à l’esprit d’arracher les en-têtes de colonnes d’un registre pour l’archiver.

Ce billet fait partie d’un triplet : lisibilité – intelligibilité – exploitabilité (lundi prochain)

 

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Lisibilité

Il y a ceux qui entreprennent de lire la flopée de mails qui attendait derrière l’écran leur retour de vacances ; ceux qui s’efforcent de lire les archives du XVIe siècle à la recherche de leurs ancêtres, ceux qui lisent « Z U » etc. sur le tableau que leur présente l’ophtalmologiste, ceux qui lisent dans les pensées, et il existe encore bien d’autres cas de lisibilité ou d’illisibilité.

Qu’est-ce qui différencie quelque chose (un document, et plus généralement un objet d’étude) de lisible de quelque chose d’illisible ?

Un document est lisible a) s’il porte des données, des signes et b) s’il offre la possibilité à un humain de les identifier en les rattachant à un système de signes préétabli dont il a connaissance.

La lisibilité n’est donc pas une propriété absolue mais une qualité relative au lecteur car un document peut être lisible pour celui qui sait reconnaître les signes portés sur l’objet, même déformés, et illisible par  celui qui maîtrise mal le système d’écriture utilisé et peinera à déchiffrer le message ; il peut être lisible à l’œil nu ou illisible sans le truchement d’une loupe ou d’une solution d’iodate de potassium et d’acide tartrique. La pierre de Rosette est lisible quand on s’appelle Champollion ou Young (et qu’on fait un effort…) et illisible pour le commun des mortels.

La lisibilité de l’écriture doit être distinguée de l’intelligibilité du message écrit. Un document peut présenter des signes identifiables en référence à un système d’écriture sans que leur suite ait une signification ou sans que le lecteur en comprenne le sens. Le « Z U » est lisible mais ne signifie rien pour un francophone (ce qui n’est pas le cas pour un Allemand ou un Chinois lisant l’alphabet latin). Les lettres ou chiffres d’un captcha n’ont pas d’autre but que d’être lisibles par un internaute, un humain, lequel sait en principe reconnaître un « t » qui penche comme un roseau dans le vent ou un « 2 » zigzaguant comme une image de 2 sur la surface d’une eau troublée (par ce même vent), ce qu’un robot ne saura pas faire.

L’incertitude du monde numérique conduit à poser régulièrement la question « Pourrons-nous relire nos données dans dix ans ? ». Bien sûr, la conservation numérique est préoccupante mais si on laisse des feuillets de papier, traitées au dioxyde de souffre et écrites avec un stylo feutre de mauvaise qualité, sur le rebord d’une fenêtre ensoleillée et qu’on demande : « Pourrons-nous relire nos documents dans 10 ans ? », la réponse sera du même ordre : probablement non, ou alors avec des outils très sophistiqués et donc coûteux.

La question finalement est sans doute mal posée ; il serait plus perspicace d’en poser deux :

1-    est-ce que le procédé d’enregistrement (d’écriture) est le plus approprié à nos données compte tenu de leur valeur et des techniques dont nous disposons ?

2-    sommes-nous prêts à surveiller nos documents dans leur cycle de vie et à les soigner (rafraîchissement, migration) en cas de besoin ?

Ce billet fait partie d’un triplet : lisibilité – intelligibilité (lundi prochain) – exploitabilité (dans 2 semaines)

 

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