Articles par tag : données

Connectivité

La connectivité des citoyens du monde passe, comme la pyramide de Maslow, par cinq degrés successifs :

  1. la connectivité passive, ou plutôt la connectibilité, le fait d’avoir théoriquement accès aux réseaux téléphonique, numérique, télévisé, au moyen d’un appareil aussi simple qu’un téléphone en 1900 ; on est dans le champ du possible, dans les moyens que les États se doivent de mettre à disposition des administrés ;
  2. la connectivité « normale », celle du citoyen ordinaire qui exécute en ligne un bon nombre des gestes administratifs (mon compte en ligne), commerciaux (mon panier) et sociaux (mes amis) ;
  3. la connectivité avancée quand l’environnement numérique est l’environnement naturel où l’on pense numérique sans être un robot, où l’on peut faire plusieurs choses à la fois sans s’éparpiller, où l’on gagne du temps pour mieux le dépenser autrement ;
  4. l’hyper-connectivité remarquable chez les sujets qui se sont fait greffer un smartphone au bout du bras, ou sous le poumon gauche voire sous la boîte crânienne afin de vivre à fond la communication avec le monde (ce qui présente l’avantage de ne voir les humains qu’au travers du réseau et plus dans la rue, dans le bus ou au guichet…) ;
  5. la déconnexion volontaire, le must après avoir épuisé toutes les sensations des réseaux, très tendance en ce moment…

À côté de la connectivité sociale (et parfois asociale diront certains…), il y a la connectivité technique qui se moque des bouderies des utilisateurs aussi bien que des usages excessifs car son rôle, à elle, est de rendre possible la circulation des données, par principe, sans préjuger de la qualité de ces données ou du profil des utilisateurs, ni de la temporalité.

Si Internet est bien le réseau des réseaux, la connectivité concerne aussi les innombrables systèmes d’information et les passerelles entre les encore plus innombrables systèmes de production, de diffusion ou de stockage des données, avec un aspect spatial (faire communiquer les applications entre elles aujourd’hui) et un aspect temporel (lire et exploiter les données produites hier ou avant-hier avec des technologies devenues obsolètes), les deux aspects étant résumés par le maître-mot : interopérabilité.

Et il y a fort à faire face à la croissance exponentielle des données non structurées (textes, images, vidéos), couplée à une fragmentation extrême des contenus, comme le souligne EntropySoft, spécialiste de la connectivité en entreprise.

Pour contrebalancer la construction exaltée d’une tour de Babel des formats numériques, les connecteurs ont pour objectif de fédérer les différents réceptacles d’information à l’aide de voies de communication ad hoc et de rendre la tuyauterie transparente pour les utilisateurs.

La connectivité, c’est espéranto des applications, le morse des systèmes métiers, la lingua franca des éditeurs de logiciels, en espérant qu’elle ne deviendra pas un globish informatique…

> Publié dans : Tendances du siècle
> Mots-clefs : , , , , , , , ,
Commentaires fermés

Lisibilité

Il y a ceux qui entreprennent de lire la flopée de mails qui attendait derrière l’écran leur retour de vacances ; ceux qui s’efforcent de lire les archives du XVIe siècle à la recherche de leurs ancêtres, ceux qui lisent « Z U » etc. sur le tableau que leur présente l’ophtalmologiste, ceux qui lisent dans les pensées, et il existe encore bien d’autres cas de lisibilité ou d’illisibilité.

Qu’est-ce qui différencie quelque chose (un document, et plus généralement un objet d’étude) de lisible de quelque chose d’illisible ?

Un document est lisible a) s’il porte des données, des signes et b) s’il offre la possibilité à un humain de les identifier en les rattachant à un système de signes préétabli dont il a connaissance.

La lisibilité n’est donc pas une propriété absolue mais une qualité relative au lecteur car un document peut être lisible pour celui qui sait reconnaître les signes portés sur l’objet, même déformés, et illisible par  celui qui maîtrise mal le système d’écriture utilisé et peinera à déchiffrer le message ; il peut être lisible à l’œil nu ou illisible sans le truchement d’une loupe ou d’une solution d’iodate de potassium et d’acide tartrique. La pierre de Rosette est lisible quand on s’appelle Champollion ou Young (et qu’on fait un effort…) et illisible pour le commun des mortels.

La lisibilité de l’écriture doit être distinguée de l’intelligibilité du message écrit. Un document peut présenter des signes identifiables en référence à un système d’écriture sans que leur suite ait une signification ou sans que le lecteur en comprenne le sens. Le « Z U » est lisible mais ne signifie rien pour un francophone (ce qui n’est pas le cas pour un Allemand ou un Chinois lisant l’alphabet latin). Les lettres ou chiffres d’un captcha n’ont pas d’autre but que d’être lisibles par un internaute, un humain, lequel sait en principe reconnaître un « t » qui penche comme un roseau dans le vent ou un « 2 » zigzaguant comme une image de 2 sur la surface d’une eau troublée (par ce même vent), ce qu’un robot ne saura pas faire.

L’incertitude du monde numérique conduit à poser régulièrement la question « Pourrons-nous relire nos données dans dix ans ? ». Bien sûr, la conservation numérique est préoccupante mais si on laisse des feuillets de papier, traitées au dioxyde de souffre et écrites avec un stylo feutre de mauvaise qualité, sur le rebord d’une fenêtre ensoleillée et qu’on demande : « Pourrons-nous relire nos documents dans 10 ans ? », la réponse sera du même ordre : probablement non, ou alors avec des outils très sophistiqués et donc coûteux.

La question finalement est sans doute mal posée ; il serait plus perspicace d’en poser deux :

1-    est-ce que le procédé d’enregistrement (d’écriture) est le plus approprié à nos données compte tenu de leur valeur et des techniques dont nous disposons ?

2-    sommes-nous prêts à surveiller nos documents dans leur cycle de vie et à les soigner (rafraîchissement, migration) en cas de besoin ?

Ce billet fait partie d’un triplet : lisibilité – intelligibilité (lundi prochain) – exploitabilité (dans 2 semaines)

 

> Publié dans : Qualité du document
> Mots-clefs : , , , ,
> 3 commentaires