La Galaxie Internet

Comment de temps faudra-t-il pour que l’on cesse de considérer l’écrit numérique comme un papier numérisé ? C’est la question qui m’est venue en lisant la citation de Marshall McLuhan sur le passage de l’ère du manuscrit à l’ère de l’imprimé dans son célèbre livre La galaxie Gutenberg (1962) : « Il a fallu longtemps avant que l’on…

Les écrits s’envolent toujours…

L’ouvrage  Les écrits s’envolent. Le défi de la conservation des archives dans le long terme, de Charles Kecskeméti et Lajos Körmendy, publié voici trois ans, en octobre 2014, est désormais accessible en ligne ici. J’avais il y a trois ans longuement rendu compte rendu de cette magistrale publication sur le devenir des archives numériques, notamment…

Transformation ou transition numérique ?

Quelle est l’expression la plus appropriée pour désigner ce phénomène d’une société de plus en plus connectée, avec la mémoire de tout et le droit à l’oubli : transformation numérique ou transition numérique ? Après plusieurs lectures (voir en fin d’article) et en considérant la racine des mots, je ne retiens ni l’une ni l’autre car je…

Réflexion sur le vrac numérique

Le mot vrac, d’une manière générale, renvoie à deux réalités bien différentes : le bric-à-brac et le conditionnement en gros. Il en va de même pour le « vrac numérique » et il convient de distinguer les deux cas de figure.

Halte au vrac !

Le terme vrac comporte une double connotation de mélange d’objets et d’hétérogénéité de ces objets. On trouvera ainsi dans une brocante, pêle-mêle: un roman de Julien Gracq, un album sur l’Aubrac, une statue de saint Patrick, un froc, une cassette VHS de Fric-Frac, 10 grammes de crack, un rapport sur l’Afrique, un décor d’Alexandre Astruc, un disque de rock…

Pour les archivistes, un vrac d’archives (papier) est un amoncellement de boîtes et de cartons plus ou moins en bon état, contenant des registres traçant des événements ou la vie de personnes et de lieux, des factures périmées, des contrats égarés, des courriers oubliés, des brouillons abandonnés, des copies éculées, des analyses toujours pertinentes, des notes dépareillées, de la documentation inusitée, etc., tout cela dans le plus grand désordre, désordre initial (le contenu des cartons fait suite au vidage d’armoire d’un collaborateur qui a quitté le service) ou désordre ultérieur (par suite des manutentions successives).

Dans l’environnement numérique, le vrac désigne le plus souvent le fait d’avoir, amoncelé au petit bonheur la chance dans (ou à côté de) l’arborescence capricieuse d’un serveur quelconque, quelques centaines, milliers ou dizaines de milliers de fichiers numériques de toutes provenances et de toutes valeurs, de tous formats de données, nativement numériques ou issus d’un scan, faisant office de copie de travail ou de copie de substitution à l’original papier, connu de leur seul rédacteur ou partagé par plusieurs collègues. L’effet de vrac tient aussi à l’absence totale de règles de nommage, de sorte que, le plus souvent, on ne peut connaître le contenu d’un document qu’en l’ouvrant pour le parcourir (s’il n’est pas verrouillé par un mot de passe), et on n’en connaîtra la valeur que si le statut de validation et de diffusion figure dans le document, ce qui n’est pas gagné).

Ce vrac-là est invivable pour l’utilisateur, au moins pour l’utilisateur qui cherche un document qu’il n’a pas produit et qui ne peut donc s’aider de sa propre mémoire humaine. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! Certes, un algorithme ad hoc peut jouer le rôle de l’aimant dans la recherche et identifier des fichiers précieux sous une apparence anodine ; cela reste toutefois du traitement curatif quand on attendrait du préventif ; en dehors de l’attrait du vrac pour l’amateur de chasse de trésor ou pour l’animation d’un stand de e-pêche à la ligne un après-midi de kermesse, ce n’est pas très emballant. Depuis quinze ans que ces vracs numériques fleurissent, croissent et se multiplient dans les serveurs des entreprises et des administrations, il serait pas temps de prendre le problème à la racine et de contrôler la constitution de ces vracs documentaires.

Vive le vrac !

L’autre sens du mot vrac renvoie à l’absence de conditionnement de détail d’une denrée ou d’un produit. Au lieu de se présenter dans des paquets ou sachets suivant un critère de poids (100 gr, 250 gr, 1 kg) ou de volume (½ litre, 1 litre, 2 litres), les grains de café, les haricots, les châtaignes, les cerneaux de noix, le riz, les bonbons, les perles ou les boutons s’entassent dans de grandes boîtes ou dans des caisses. En revanche, le conditionnement « en vrac » exige de prendre en considération la variété du produit, sa provenance, ses caractéristiques d’utilisation, son mode de cuisson, sa conservation, son prix, etc. afin de ne pas mélanger des éléments qu’il faudrait ensuite trier pour pouvoir utiliser correctement ledit produit. On ne mélangera pas, a priori, des grains de café arabica avec des grains de café robusta ou des grains de café du Libéria, de même qu’on ne brassera pas des grains de riz rond avec du riz complet, du riz basmati et du riz sauvage !

L’avantage du conditionnement en vrac est double : pour le gestionnaire, c’est une économie de place et de matériau d’emballage ; pour le consommateur, c’est la possibilité de choisir lui-même la quantité désirée, en évitant d’acheter plus qu’il ne souhaite et sans s’embarrasser d’un packaging publicitaire qui ne l’intéresse pas, même si celui-ci est recyclable.

Peut-on transposer cela au monde de l’information ? Oui !

Confiance I

Avoir confiance, c’est avoir l’intime certitude qu’on ne vous trompe pas. La confiance n’est plus ce qu’elle était. Jadis cohabitaient trois catégories de gens : les naïfs qui étaient prêts à acheter un élixir de jeunesse ou des casseroles magiques au premier bonimenteur baratinant le chaland sur la place du village ; ceux qui se défiaient de…

Ordonnance

Comme document, une ordonnance est une recommandation émanant d’une autorité, généralement un médecin ou un gouvernement, avec application immédiate. L’ordonnance énonce ce qu’il faut faire pour résorber un dysfonctionnement, remettre de l’ordre là où le désordre s’est manifesté, là où un vice enraye le bon fonctionnement du corps, humain ou social. En principe. L’ordonnance peut…

Disparition et avenir de la pellicule

La pellicule photographique a pratiquement disparu des rayons des magasins et des sites marchands. Le film argentique a été définitivement « impressionné » par l’éclat du numérique. Trop « sensible », il n’a pas tenu le choc devant la déferlante des zéros, des Huns et des pixels… À quelques années d’intervalle (2010, 2013), les deux géants de la pellicule,…

Le document se démantibule

Le code d’Hammourabi gravé sur une stèle de basalte conservée au Louvre, la Magna Carta accordée par Jean sans Peur aux barons anglais en 1215, le journal de chasse de Louis XVI resté fermé un certain quatorze juillet, l’ordre de mobilisation générale pour la « Grande guerre », voilà des documents que l’on peut voir (dans les…

Pourboire

Le pourboire survivra-t-il à la dématérialisation et au Big data (je devrais dire « mégadonnées » et non big data, mais c’est une autre histoire, que vous pouvez lire en cliquant ici) ? Le pourboire donc, selon le Wiktionnaire, existe aussi en anglais (le tip) et en arabe (le bakchich) sans l’oublier l’argot (pourliche, qui m’évoque toujours l’idée…

Territoire

Le territoire est un morceau d’écorce terrestre, avec ce qui s’y trouve de minéral, végétal et animal (humain inclus), considéré relativement à une autorité qui le contrôle ou prétend le contrôler. Cela va du territoire national (quelle que soit la nation) où l’on entre, dont on sort et où l’on vit selon les règles de…

Sado-maso

Il est une forme particulière du sado-masochisme que l’on n’étudie pas assez. C’est la relation entre l’auteur d’un écrit et le document produit, entre l’humain et l’archive, relation trouble s’il en est, sauf que les technologies numériques ont inversé les rôles du dominant et du dominé… Démonstration. Traditionnellement, l’homme domine les documents. Il profite de…

Recueil « Serendipité et autres curiosités »

Le billet « Temporalité », qui a inauguré ce blog le 28 juin 2012, évoque le raccourcissement de la mémoire dans la société numérique. Le billet « Traçabilité », la semaine dernière, souligne l’impact du numérique sur la production des documents et l’usage de l’information et, partant, sur le traitement documentaire et archivistique des traces, sur la…

Élasticité

Le dictionnaire de l’Académie française de 1986 définit l’élasticité comme la « propriété qu’ont certaines substances ou certains objets de se déformer, de se comprimer, de se distendre sous l’action d’une force extérieure, puis de reprendre leur forme et leurs dimensions dès que cette force cesse de s’exercer », comme peut le faire une rondelle de…