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Écolo

Être écolo, c’est dans le vent, ce vent qui souffle dans les branches des arbres bien que la racine ici ait été coupée de travers (le mot écologiste se décompose logiquement en éco d’une part qui signifie maison, habitat collectif, et logiste de l’autre pour désigner la personne qui étudie et par suite défend ce qu’elle étudie). Mais au diable l’étymologie, écolo, ça fait école, potache, c’est sympa.

L’écologie est l’étude scientifique des relations des êtres vivants entre eux et avec le milieu dans lequel ils vivent, question qui n’intéresse pas que les scientifiques. L’écologiste est donc devenu un défenseur de la nature et de l’environnement, une personne qui agit pour la protection de la nature, noble tâche.

Dans le domaine de l’information et de l’archivage, être écolo, c’est assez facile. Cela tient en une phrase que tout le monde connaît :

ou alors, imprimez-le sur du papier recyclé (voir le billet Recyclabilité).

Vous avez ainsi la bonne conscience de sauver un arbre ou du moins une branche (car, c’est bien connu, les arbres ne repoussent pas).

Vous gardez tout sous forme numérique et envoyez toutes vos données dans le nuage (dans le « cloud », si on en croit Internet, il n’y a que de gentils cumulus -  journée chaude et ensoleillée).

Quoi de plus naturel ? Le soleil brille, les oiseaux chantent. La vie est belle.

Adieu les mètres linéaires de dossiers papier qui déciment nos forêts. Stop aux impressions en quatre exemplaires de documents inutiles. Finies les boîtes d’archives ventrues dont 50% ne sert à rien qu’à gaspiller de la cellulose qui serait sûrement mieux employée en couches-culottes.

Vive les Teraoctets de données qui saturent les serveurs ! Par ici les dizaines de versions numériques sans intérêt ! Bienvenue aux 95% de fichiers qui ne servent à rien qu’à alimenter la surchauffe des datacenters, à rien qu’à justifier les ressources énergétiques phénoménales dépensées pour refroidir du rien… tandis qu’ailleurs des gens coupent du bois pour se chauffer faute d’avoir l’électricité nécessaire.

On croit avoir évité l’iceberg du gaspillage papier mais on n’a pas vu la face cachée de l’iceberg que constitue le gaspillage numérique, et on fonce droit dessus !

Qu’est-ce qu’être info-écolo ? Remplacer le papier par le numérique puissance 10 ? Ou réfléchir avant d’écrire, lire avant d’envoyer ou de recopier, détruire et recycler ce qui est périmé ?

En fait, la plupart des gens sont à moitié écolos. Mais quelle moitié ? La moitié « éco », comme dans économe, écosophe, ou la moitié  « olo » comme rigolo et bricolo ?

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Sado-maso

Il est une forme particulière du sado-masochisme que l’on n’étudie pas assez. C’est la relation entre l’auteur d’un écrit et le document produit, entre l’humain et l’archive, relation trouble s’il en est, sauf que les technologies numériques ont inversé les rôles du dominant et du dominé…

Démonstration.

Traditionnellement, l’homme domine les documents. Il profite de sa supériorité pour infliger aux documents divers sévices.

Ainsi, au XVIIe siècle (Sade n’était pas encore né), il était coutume d’enfoncer sans ménagement le bout métallique d’un lacet dans la chair d’une liasse de minutes notariales ou de pièces comptables puis de confectionner un nœud bien serré laissant tout juste respirer le papier.

À une époque plus récente, la relation de domination de l’homme sur les archives se traduit par des humiliations sans nombre : dossiers coincés dans une sangle serrée à fond, tassés dans un carton d’archives, traînés dans le sous-sol ; des rapports et des courriers sont expédiés dans un coin de grenier, où les oiseaux vont les couvrir de guano. Ailleurs, c’est un timbre sec ou un tampon baveux qui marque à tout jamais l’épiderme du plan ou de la gravure, permettant ainsi au détenteur du document-objet de savourer la jouissance de la possession. On pourrait décrire longuement les relations d’attachement du couple homme-archives car il existe au moins cinquante nuances de gré… ou de force.

Et les archives, soumises, se prêtent au jeu, patientent des décennies ou des siècles, attendent leur seigneur et maître qui les libérera l’espace d’un instant, leur montrera quelques heures la lumière naturelle avant de les renfoncer dans leur carcan, de les repousser dans le noir de la cave ou le gris des combles… C’est grisant !

Mais nous avons changé de millénaire et de technologies de communication. Une des conséquences de cette évolution est que les données sont devenues de toute évidence le partenaire dominateur dans le couple homme-document. Cette domination du numérique s’exprime au travers de petits gestes sadiques et virtuels qui mutilent peu à peu l’être humain, lequel se montre soumis, prisonnier volontaire bien souvent, étonnamment apte à la  jouissance d’être instrumentalisé, noyé, mordu…

Tout d’abord, ce sont les mini-décharges électroniques envoyées à l’individu scotché à son smartphone, dans la rue, à la plage, au cinéma, au lit, partout ; toutes les trente secondes, le numérique rappelle sa présence par un SMS impérieux, sans laisser le moindre répit, à la manière d’un supplice chinois. Oui, oui, encore !

Dans l’entreprise, l’électronasse noie les collaborateurs, leur maintien la tête sous l’eau ou dans le sac, ne les laissant respirer que pour les faire replonger de plus belle dans la masse des versions périmées, des fichiers dupliqués, des trains de bit infinis qui l’entravent et gênent ses mouvements. C’est si bon !

Mais surtout, l’individu est esclave consentant de sa messagerie électronique : il se livre, imprudemment, laisse des traces, donne des verges pour se faire fouetter, accepte de se faire mordre…, prêt à attendre des mois voire des années le plaisir suprême de la morsure ! Ce n’est pas moi qui le dit mais le juge fédéral américain Royce C. Lamberth : « La question n’est pas de savoir si un de vos mails reviendra vous mordre, mais de savoir quand et  avec quelle force. » (It’s not a matter of if an email will come back and bite you … It’s only a matter of when and how hard, citation relevée sur le site https://www.vaporstream.com).

Et le partenaire maso (homme ou femme) de s’écrier : « Mords ! Mords ! ».

Ce qui se conçoit aussi en version anglaise : « More ! More ! ».

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Recueil « Serendipité et autres curiosités »

Le billet « Temporalité », qui a inauguré ce blog le 28 juin 2012, évoque le raccourcissement de la mémoire dans la société numérique. Le billet « Traçabilité », la semaine dernière, souligne l’impact du numérique sur la production des documents et l’usage de l’information et, partant, sur le traitement documentaire et archivistique des traces, sur la conservation des données.

Entre les deux, je me suis efforcée de montrer, gentiment, combien les technologies numériques perturbent, malicieusement, la vie quotidienne des personnes, individus ou entreprises, pour le plus grand bien de ceux qui maîtrisent l’information, et au grand dam de ceux qui la subissent. D’un côté, de nouvelles possibilités de s’exprimer, de commercer, d’apprendre ; de l’autre, de nouvelles contraintes avec la pression du temps, l’infobésité, la cybercriminalité, etc.

Comme quoi, dans le rapport entre les progrès technologiques et les comportements humains, nihil novi sub sole, mais ça va mieux en le (re)disant car le temps passe si vite qu’on a tôt fait de l’oublier.

Voici donc le recueil de mes 59 billets en –ité, intitulé « Sérendipité et autres curiosités », que vous pouvez télécharger en cliquant ici.

Le recueil présente les billets dans l’ordre des dates de publication et constitue en quelque sorte les « Archives » du blog bien que je récuse cette acception purement chronologique du mot archives mais il faut bien sacrifier de temps en temps à la mode…

Bonne lecture de ces ité-rations, et surtout : consommez avec modé-ration !

Il reste beaucoup de mots en –ité qui se prêteraient à la critique mais il faut varier les plaisirs et les suffixes.

J’enlève donc l’ité et, la semaine prochaine, je remets le « o » !

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Élasticité

Le dictionnaire de l’Académie française de 1986 définit l’élasticité comme la « propriété qu’ont certaines substances ou certains objets de se déformer, de se comprimer, de se distendre sous l’action d’une force extérieure, puis de reprendre leur forme et leurs dimensions dès que cette force cesse de s’exercer », comme peut le faire une rondelle de caoutchouc à l’ouverture d’un bocal de conserve, ou un caleçon en lycra sur des jambes plus ou moins musclées, ou encore l’élastique (bien nommé) que l’on fait passer derrière la chemise après y avoir classé un document. Or, il arrive que le document à l’intérieur de la chemise réponde lui aussi à cette définition de l’élasticité, bien que la question soit plus rarement évoquée.

Il y a deux phénomènes observables dans l’élasticité documentaire : l’un touche au contenu, l’autre au support, étant entendu qu’un document est un contenu (une information) enregistrée sur un support (définition classique).

Il apparaît que certains types de documents ont tendance à se distendre, à s’allonger, sous l’action d’une émulation extérieure ou sous la pression d’une mode rédactionnelle, avant de revenir à une taille normale, lorsque le bon sens et la recherche de l’efficacité reprennent le dessus. Voici quelques exemples.

La note, face à quelque nécessité aussi impérieuse qu’infondée, enfle volontiers, comme si la longueur compensait le contenu et que la dilatation du discours en permettait une meilleure réception ; à d’autres moments, la disparition de cette angoisse permet à la note de reprendre son allure ordinaire d’une ou deux pages dédiées à une décision ou une information ponctuelle.

Le rapport, cédant à l’appréhension de ne pas répondre à l’objectif, réagit par l’augmentation du nombre de pages, la multiplication des sauts de page, le ballonnement des paragraphes verbeux, la redondance des phrases creuses ; mais le rapport sait aussi revenir une forme originale plus épurée, concentrée sur ce qu’il y a vraiment à rapporter, sur le fait de dire bien et non de dire beaucoup.

Quant à la thèse, le phénomène est encore plus palpable ; la surenchère estudiantine (rédiger une thèse plus longue que l’autre) conjuguée aux progrès technologiques (je copie-colle, j’insère) ont provoqué un étirement général, une boursoufflure de la thèse, décorrélés de la qualité du travail. Lorsque la pression de la course au plus gros bébé se relâche, on revient à une certaine normalité, dictée par le rôle initial de la thèse qui est de démontrer qu’on a compris quelque chose et non que l’on sait noircir ou colorier des pages. D’autres exemples pourraient illustrer ce fait que la typologie documentaire est élastique ; elle se module au gré d’événements extérieurs qui, via la perception qu’en ont leur auteur, impactent significativement leur forme et leurs proportions. Heureusement, la transformation est réversible (sinon ce ne serait pas de l’élasticité) : dès que les effets perturbateurs disparaissent ou s’estompent, le document recouvre une dimension ajustée à sa vocation première.

Le second phénomène concerne le support de l’information, non seulement la matière sur laquelle les caractères d’écriture sont enregistrés mais aussi le conditionnement, l’unité physique de conservation, qui présente également des propriétés élastiques. Exemple : un dossier constitué initialement de vingt pièces peut facilement tripler ou quadrupler de volume par l’ajout compulsif de sous-chemises, chemises, pochettes et autres intercalaires, qui vont par la suite disparaître, notamment à l’occasion du tri estival.

Le numérique transpose le processus mais le maintien : la compression des fichiers tasse le contenu dans un plus petit volume avant de le restituer dans son apparence initiale, via la décompression.

La matière documentaire se caractérise donc par une double élasticité : élasticité informationnelle doublée d’une élasticité matérielle ; pas étonnant que les mêmes documents, issus de la même activité conduite par des acteurs différents, revêtent des formes si différentes, selon la conformation de leur auteur, comme un vêtement finit par ressembler à celui qui le porte, à force d’épouser ses caractéristiques.

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Vanité

Vanité renvoie à ce qui est illusoire, inefficient, vide, vain ; et qualifie aussi une attitude supérieure, prétentieuse, vaniteuse. Les deux concepts de vide et de trop plein semblent à première vue contradictoires, mais comme les extrêmes se rejoignent, on s’y retrouve : quand on a tout, on n’a rien.

Le stockage numérique, par exemple, fraye avec la vanité, dans ses deux acceptions.

D’un côté, il est vain de croire que le Stockage Numérique Illimité Facile (SNIF) répond et répondra demain aux besoins de conservation et d’accès à l’information des utilisateurs. Les capacités de stockage et les moteurs de recherche font merveille mais c’est la pertinence, la qualité et la fiabilité des données qui est en cause, au moment de leur production et au cours du temps. Conserver n’a d’intérêt que pour les utilisateurs potentiels. Mettre dix fois plus de légumes de mauvaise qualité, non lavés, non épluchés et sans assaisonnement, dans un robot ménager top niveau n’a jamais produit de la bonne soupe !

De l’autre côté, il est vaniteux de faire croire que le Cloud computing est, dans l’absolu, un progrès technologique, économique et sociétal pour les individus et pour les entreprises ou les institutions. Le progrès technologique est indéniable ; qui songerait à l’ignorer ou à refuser les avantages de la sous-traitance aux prestataires spécialisés, notamment sur les aspects d’infrastructure et d’équipements ? Mais la technologie n’a de sens que relativement au progrès économique et social.

Or, contrairement à ce que beaucoup croient encore, le stockage numérique coûte cher. Les analyses de Barclay T Blair et de David Rosenthal à partir d’une étude IDC de 2010, rapportées par Stephen Clarke dans le billet d’un groupe LinkedIn, mettent notamment en évidence que le coût d’un Gigaoctet de disque  est passé de 9,14 $ en 2000 à 0,08 $ en 2010 (100 fois moins) tandis que les dépenses de stockage numérique n’ont pas baissé et qu’elles pourraient même augmenter dès lors que l’inflation des volumes de données stockées (57% par an) surpasse la réduction des coûts des supports.

Il faut par ailleurs souligner que se débarrasser de ses données dans un outil au seul motif de sa performance technique, en les abandonnant à leur triste sort ou aux nombreux « ré-utilisateurs » de données, relève à la fois de l’hypocrisie et de l’irresponsabilité (responsable et coupable…).

En résumé :

  • on externalise l’infobésité et on est rassuré de voir dans le miroir une silhouette svelte et élégante alors que s’entassent derrière le miroir boules de graisse et crasse desséchée ;
  • on multiplie les risques en se débarrassant sur des serveurs distants (loin des yeux, loin du cœur) de données souvent confidentielles et dont la protection inclut la destruction à échéance de leur utilité.
  • on travaille plus pour financer l’inutile en réchauffant la planète par une consommation énergétique non justifiée. Quel progrès !!!

De tout cela pourrait bien ne subsister un jour, devant le constat d’échec d’une mémoire maîtrisée, raisonnable et humaine, qu’une onomatopée étouffée : snif…

La question n’est pas l’accroissement des données en soi mais l’enflure exponentielle des volumes inutiles et non gérés. Cela fait penser à la fable de La Fontaine « La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf », avec le serveur dans le rôle de la grenouille et la mémoire humaine dans le rôle du bœuf. On connait la fin de l’histoire : « La chétive pécore s’enfla si bien qu’elle creva. » et sa morale : « Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages ». Sagesse versus vanité.

Heureusement, pour ceux qui veulent bien en prendre conscience, la gouvernance de l’information et l’archivage ne sont pas tout à fait de vains mots.

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Exemplarité

Le mot est à la mode au plan politique, profitons en !

Exemplarité : qualité de ce qui est exemplaire. Que veut dire exemplaire ?

Voilà un mot curieux, presque paradoxal. D’un côté, l’acte exemplaire, le modèle de référence, l’exemple à imiter, la voie à suivre ; de l’autre, le substantif « exemplaire », à l’autre bout de la chaîne, désigne toute reproduction d’un objet, par exemple un livre, un journal ou un disque : tirage à 20 000 exemplaires, 300 000 exemplaires vendus, etc., faisant de l’exemplaire quelque chose de tout à fait banal, par opposition à l’unicité de l’original.

L’acte exemplaire est appelé à être reproduit ; et la reproduction mécanique de l’objet crée l’exemplaire. On parle aussi d’exemplaire pour qualifier un spécimen d’une espèce végétale ou animale qui est considéré comme représentatif dans une collection.

La point commun est l’appropriation : on s’approprie l’acte exemplaire pour réaliser une action aussi remarquable, noble ou spécifique dans sa technicité ; on crée l’exemplaire en sciences naturelles par la sélection d’un individu parmi d’autres ; on s’approprie l’exemplaire du livre en y inscrivant son « ex-libris », ou, pour une bibliothèque, en pratiquant l’exemplarisation, terme professionnel pour l’opération de catalogage. Chaque exemplaire a ainsi un petit plus lié à son histoire particulière ou à celle de son propriétaire.

Pour l’écrit qui n’est pas destiné à diffuser des connaissances mais à supporter l’activité des personnes dans leurs relations de travail, contractuelles, hiérarchiques ou administrative, on parle aussi d’exemplaire, comme synonyme de copie, avec des valeurs et des usages assez nuancés : les trois ou quatre exemplaires de la liasse auto-carbonée dont chacun a un destinataire précis, le nombre de copies d’un dossier de réunion que chaque participant annotera et classera à sa façon. Ce qui, dans le cas de plus en plus fréquent d’une multitude d’exemplaires au sein d’une même structure, conduit à créer l’expression « exemplaire de référence », sans que ce soit une tautologie ; il faut comprendre : un « exemplaire exemplaire », ou un exemplaire² en quelque sorte.

Le numérique met bien sûr son grain de sel dans tout cela : les réseaux favorisent la publicité de l’acte exemplaire, la mise en ligne d’un journal réduit le nombre d’exemplaires en le remplaçant par des connexions et des visites de site, la photo numérique permet d’analyser et de décrire le spécimen plus précisément, et les outils collaboratifs et de messagerie s’ingénient, avec la complicité d’utilisateurs inconséquents, à multiplier les exemplaires tous azimuts, brouillant à l’envi les pistes de la « bonne version », semant perfidement des traces inutilement bavardes dans des espaces non protégés, engraissant les armoires et les serveurs jusqu’à l’infobésité fatale…

Ainsi, pour revenir à l’exemplarité, on peut dire que, l’archivage (numérique), pour être exemplaire, doit être particulièrement vigilant à maîtriser le nombre d’exemplaires de chaque document, tant pour gérer le risque que pour accroître l’efficacité de l’organisation. CQFD.

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Évolutivité

« Certains d’entre nous refusent d’évoluer. Les circonstances changent, mais ils refusent de changer avec elles. Ils ne connaissent que les chemins battus, les vieilles tactiques, ordonnées par leurs aïeux et qu’ils s’obstinent à suivre à leur tour, et qu’ils suivront jusqu’à la saint Glinglin. »

Un discours électoral ? Pas exactement. Ce sont les mots que Mark Twain, dans son Roman de Jeanne d’Arc, de 1896 (éd. française, Le Serpent à Plumes, 2002 p 358) prête au capitaine La Hire pour haranguer les chefs de guerre réticents à continuer le combat au moment où Jeanne veut conduire le dauphin à Reims.

Sans changer grand-chose – peut-être remplacer « tactiques » par « techniques » ou « pratiques » – on  pourrait retrouver les mêmes propos chez tout tribun s’efforçant de réveiller une population prisonnière de ses habitudes face au progrès technologique, refusant d’abandonner le métier à tisser à bras pour le métier Jacquard, ou d’accepter les automobiles à la place des voitures hippomobiles, ou encore de délaisser la faux et le fléau au profit de la moissonneuse-batteuse.

Ce pourrait être aussi le discours des défenseurs de l’archivage managérial aux adeptes des archives intermédiaires dans le monde numérique qui est désormais le nôtre, à moins que le « nuage » qui plane au-dessus de nos têtes n’absorbe aussi la saint Glinglin…

Transférer des documents accumulés dans un bureau vers un local d’archives, c’était bien quand ces documents étaient pertinents, bien identifiés et physiquement stables, c’est-à-dire il y a bien longtemps… Mais l’évolution technologique, sociale, politique, culturelle fait qu’aujourd’hui les actes qui engagent la responsabilité (faire, dire, savoir) sont loin d’être toujours tracés correctement, identifiés de façon satisfaisante et stockés en toute intégrité, de sorte que les classeurs et chemises qui attendaient jadis sagement le passage de l’archiviste pour une nouvelle vie dans l’antichambre des archives historiques, ont été remplacés par des kyrielles de bits trop souvent approximatifs, agglutinés sur des supports précaires, rapidement inexpressifs, déformés, inexploitables, sans garantie d’intégrité en attendant d’être tout simplement désintégrés ! Est-il sérieux de penser qu’on peut laisser s’accumuler des fichiers numériques par millions sans se préoccuper de leur production ni de leur qualité puis, quelques années plus tard, les ouvrir un par un pour voir s’ils sont intéressants pour l’histoire ?

Cette évolution des traces archivables exige une évolution des méthodes d’archivage.

Évolutivité : capacité à évoluer, adaptabilité à l’environnement. C’est aujourd’hui une qualité que l’on attribue plus souvent aux machines qu’aux humains. On parle de l’évolutivité des ordinateurs et des applications informatiques pour qualifier leur aptitude à répondre à la demande, à satisfaire des besoins croissants de performance, au travers de composants différents (une carte, un processeur, une mémoire…).

On se dit que l’humanité ferait bien de s’inspirer de l’ordinateur dans son aspiration à évoluer. Mais est-ce vraiment à la technique de montrer l’exemple à l’humain ? Ne devrait-ce pas être l’inverse ?

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Conformité

Conformité.  De quoi ? À quoi ?

Dans conforme, il y a con, et il y a forme.

Con, c’est facile, tout le monde connaît ; ça veut dire… « avec » en latin et c’est le préverbe ou le préfixe de l’accompagnement, du partage : convivial, complice, confédération, convergence…

Forme, c’est une autre paire de manches… C’est très « informe » comme concept : s’agit-il des mensurations ? De l’agencement des composants ? De l’élan (genre « superforme » ?)

Bref, conformité a deux sens. Le premier, un peu désuet, renvoie à l’identité de deux entités indépendantes que l’on compare : dans une paire de manches (voir ci-dessus et ci-dessous), les deux manches peuvent conformes ou pas (ici, oui) :

La comparaison s’applique non seulement à des éléments matériels ou à des objets manufacturés, mais aussi à des idées, aux mœurs… C’est ainsi que dans le grand projet de fédération des États élaboré par Henri IV et Sully il y a quelques siècles (l’idée d’Europe ne date pas d’hier), Sully avait d’abord proposé d’inclure la Russie et ses habitants avant d’y renoncer, à cause, entre autres motifs, « des mille pratiques superstitieuses qui ne leur laissent presque aucune conformité avec nous ». Sic.

Le second sens, plus fréquent aujourd’hui, désigne le respect d’une relation hiérarchique entre deux choses : la seconde se doit d’être en accord avec la première, à laquelle elle se réfère ou à laquelle on la rattache. Ce cas se divise encore en deux « sous-cas » :

  • la re-production d’un objet ou d’un document au plus près de l’original : conformité physique d’un vase par rapport à son moule, conformité d’une copie par rapport à l’acte d’origine ;
  • la production ou l’existence d’un objet ou d’un document au regard d’un cadre de référence pré-existant ou pré-défini: travaux conformes à la réglementation, construction conforme au plan, loi conforme à la constitution, opération conforme à la procédure, état d’un livre d’occasion conforme à la petite annonce, etc. Il n’y a pas ici de « forme » à proprement parler ; il y a des exigences auxquelles il convient de se soumettre. Le constat de non-conformité, dans ce dernier sens, entraîne en général une action de « mise en conformité ».

Pour revenir aux documents, il est curieux de constater que la « copie certifiée conforme » pratique administrative bien ancrée dans les mœurs s’est émoussée depuis une vingtaine d’années, pour disparaître complètement au tournant du siècle, tandis que la « copie fidèle » a fait son entrée dans le code civil en 1980 et a renforcé son statut avec la loi du 13 mars 2000 sur la reconnaissance de l’écrit électronique.

La conformité serait-elle papière (voire paperassière) et la fidélité numérique ? À suivre…

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Assiduité

Assiduité : présence exacte et régulière de quelqu’un en quelque endroit où le conduisent son penchant, son plaisir ou son intérêt (entre autres).

Exemple : présence des internautes sur ce blog, régularité des visites depuis sa création le 28 juin 2011.

Google Analytics, le gentil et parfois fantaisiste mouchard qui piste les faits et gestes de l’internaute, ou plutôt de son adresse IP (ça fait  mieux par les temps qui courent), est un puits d’information pour l’auteur d’un blog.

Pour celui-ci, il indique 15000  visiteurs en neuf mois dont près de 5000 « revenants » parmi lesquels plus de 400 internautes assidus, comptant chacun cinquante à deux cents visites pour la période : Bienvenue, Welcome, Wëllkom, добро пожаловать, Willkommen, Degemer mad, نرحب !

Outre les pages qui concernent l’auteur du blog (autant savoir un peu à qui on a affaire), les pages les plus consultées sont celles de l’ouvrage Archiver, et après ?, publié en 2007 et mis intégralement en ligne fin août 2011.

La diplomatique numérique connaît un franc succès avec plus de 800 visiteurs attentionnés, ce qui témoigne de l’intérêt de cette discipline émergente.

Cependant, à côté de la traductibilité qui a mobilisé le public professionnel, ou de l’infobésité (l’angoisse du moment), les billets les plus consultés sont « nudité » et « sexualité » ; il est vrai que pour « nudité », la majorité des visiteurs n’ont  fait que passer, déçus sans doute par la nudité numérique … Conclusion 1 : l’esprit est curieux mais la chair est faible. Conclusion 2 : le numérique n’a pas encore convaincu tout le monde…

Le tag le plus cliqué est « mètre linéaire » ; c’est aussi l’expression la plus souvent saisie dans les moteurs de recherche qui aboutit au blog. Cette unité de mesure préoccupe nos contemporains, semble-t-il ; il faudrait creuser ce point davantage.

Mais le plus instructif sont les manifestations de la sérendipité, les expressions a priori étrangères à la « critique malicieuse et hebdomadaire de l’information numérique dans la société, à l’usage de ceux qui pensent (et donc archivent) » et qui, non seulement guident un nouvel internaute vers ce blog, mais surtout le conduisent à y prolonger son séjour. On trouve ainsi, parmi les expressions qui ont fait découvrir et apprécier le site : « cordialité langue française téléphone », « regarder la bouteille à moitié pleine plutôt », « plage naturiste » [amateur/trice de plage numérique ?], « exploiter l’information dans les jpeg », « critique de tweeter », « panneaux écraser vos mégots ».

Quant à l’internaute qui; ayant tapé « archivage inutile » Google, finit par explorer le blog de fond en comble avec une assiduité rare, il prouve qu’il n’est jamais vain de prêcher la bonne parole.

Adonques, poursuivez. Poursuivez ce blog de vos assiduités !

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Sérendipité

La sérendipité était faite pour rencontrer le numérique : c’est incontestablement un très beau couple.

Le mot a été créé au XVIIIe siècle à partir d’un conte oriental du Moyen Âge, pour trouver son plein épanouissement au début du troisième millénaire.

Il désigne le fait de découvrir ou de recevoir, dans le déroulement d’un cheminement, quelque chose que l’on ne recherchait pas explicitement, comme les princes de Serendip qui, au cours de leurs aventures persanes, reçurent de nombreux bienfaits sans les avoir spécifiquement sollicités. La sérendipité caractérise bon nombre de découvertes scientifiques et autres, ce qui fut le thème du colloque de Cerisy en 2009. Voir aussi le Voyage en sérendipité.

Le hasard est connu pour faire bien les choses, parfois, mais le hasard ne suffit pas à définir la sérendipité, sinon pourquoi un mot nouveau ?

Les bénéfices de la sérendipité ne sont pas le fruit du seul hasard qui comblerait un bénéficiaire passif, mais plutôt la récompense de celui ou celle qui avance dans un esprit d’ouverture et de curiosité, avec une attitude à la fois positive et volontaire, aventurière et détachée, éveillée et entreprenante, quelqu’un qui fait confiance au hasard jusqu’à ce qu’il devienne une chance, quelqu’un qui cherche à séduire le hasard.

Bien sûr, il n’est pas nécessaire de voyager aux antipodes pour faire des découvertes heureuses. On peut actionner, modestement, la sérendipité à l’intérieur d’un dictionnaire ou d’une encyclopédie papier, en sautant d’une page définition à l’autre, en croisant les définitions, en fécondant les idées par les rapprochements de mots et de concepts, mais les limites du support matériel sont contraignantes. Avec le web2.0, la sérendipité s’envole. Les possibilités de découverte et d’acquisition de connaissances sont démultipliées. Les occasions de nouer des contacts fructueux sont illimitées

D’un autre côté, Internet est un océan si vaste et parcouru de tant de courants divers et souvent contradictoires, que, sans gouvernail et sans but, il est facile aussi d’y faire du sur-place et de croire qu’on voyage ; la pression de « l’actualité » empêche de réfléchir et laisse croire que l’on fait des découvertes alors qu’on tourne en boucle dans un petit paquet de pages, finalement plus étroit que le Petit Larousse… La posture du candidat à la sérendipité doit tenir compte de son environnement géographique et technologique.

La sérendipité assistée par ordinateur (SAO) requiert une plus grande attention au monde alentour que la sérendipité analogique en raison du foisonnement des contenus offerts à l’internaute, une vigilance à la hauteur des facultés de navigation qu’offre le réseau, un e-discernement adapté à la redondance, au manque de fiabilité, à l’instabilité des données, de même que le promeneur solitaire devra être a priori plus attentionné dans la jungle que dans une prairie normande…

La e-sérendipité sera donc au rendez-vous de celui ou celle qui saura voir les portes qui s’ouvrent, frapper aux bonnes portes, cliquer sur le bon lien, revenir en arrière à bon escient, etc. comme le ferait un voyageur esseulé qui rentre le soir à l’hôtel et va, plus ou moins consciemment se tromper d’étage, ouvrir la porte d’une autre chambre, attendre quelques minutes pour partager un ascenseur… provoquant peut-être une rencontre qui lui procurera une soirée plus bénéfique qu’un tête à tête avec la télévision…

On peut faire remarquer, enfin, que dans l’histoire d’origine, les princes de Serendip n’auraient jamais reçu toutes les richesses qu’ils reçurent s’ils n’avaient pas entrepris de visiter le vaste monde. Et ils n’auraient pas entrepris de visiter le vaste monde si le roi leur père ne les avait délibérément expulsés du royaume dans le but de parfaire leur éducation après un enseignement théorique…

La sérendipité, ça se mérite !

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Consubstantialité

La consubstantialité est un de ces mots (voir aussi Nativité) qui se rattachent essentiellement au domaine religieux ou théologique  alors qu’ils se révèlent morphologiquement pertinents pour d’autres domaines de la connaissance, et notamment le monde documentaire.

La notion est formalisée par le premier concile de Nicée en 325, qui introduit le principe de consubstantialité du Père et du Fils : le Père et le Fils partagent la même nature, la même essence.

L’usage profane ce mot est assez rare (17 lettres, ça pèse…) mais il est aussi le plus souvent utilisé dans l’expression « X est consubstantiel de Y » dans le sens « X participe de Y » ou encore « X est indissociable de Y », ce qui n’est pas tout à fait le sens originel de « X et Y sont de même nature » ; par exemple dans les phrases : « le mensonge est consubstantiel de la politique » (blog de contribuables) ou « … la numérisation […] tend à mettre en question la consubstantialité [de l’œuvre] avec la texture matérielle de son support en laquelle résidait sa teneur » (article d’Isabelle Rieusset sur le numérique).

Pour revenir aux documents, aux écrits, aux dessins, aux photos ou aux films, il est frappant de voir à quel point des documents distincts semblent faits de la même substance, semblent sortir de la même veine, être constitués de la même matière originelle, de la même façon qu’un coupon de tissu va se transformer en divers vêtements distincts aux formes et aux finalités distinctes.

Cela n’a rien à voir avec le copié-collé qui n’est qu’une décalcomanie plus ou moins bien dissimulée. Il ne s’agit pas non plus du style propre à un auteur ou un artiste. Cela renvoie à la même atmosphère, aux mêmes convictions, au même vécu, qui se dégagent d’un faisceau de documents indépendants, par exemple les dossiers des collaborateurs et adeptes d’un chef charismatique, ou le corpus des cartes postales des poilus de la Grande Guerre, quels que soient les soldats.

Or, comme le numérique provoque une dissémination (sens français et non anglais) de la substance exprimée par l’homme au travers de l’écrit et de l’image, il accélère les influences, l’interpénétration des idées et des expressions, l’intertextualité. En conséquence, le numérique favorise la production de documents consubstantiels, de manière bien plus étendue que ne peut le faire un outil collaboratif d’édition multi-supports tel que le logiciel libre Substance.

On voit cette substance essentielle, ou plutôt cette essence substantielle, poindre dans les réclamations des e-clients, dans les jeux télévisés ou encore  dans les commentaires de blogs. C’est pourquoi il ne serait pas incongru d’envisager la consubstantialité documentaire comme critère d’analyse archivistique pour la sélection de la mémoire patrimoniale. Non ?

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Connectivité

La connectivité des citoyens du monde passe, comme la pyramide de Maslow, par cinq degrés successifs :

  1. la connectivité passive, ou plutôt la connectibilité, le fait d’avoir théoriquement accès aux réseaux téléphonique, numérique, télévisé, au moyen d’un appareil aussi simple qu’un téléphone en 1900 ; on est dans le champ du possible, dans les moyens que les États se doivent de mettre à disposition des administrés ;
  2. la connectivité « normale », celle du citoyen ordinaire qui exécute en ligne un bon nombre des gestes administratifs (mon compte en ligne), commerciaux (mon panier) et sociaux (mes amis) ;
  3. la connectivité avancée quand l’environnement numérique est l’environnement naturel où l’on pense numérique sans être un robot, où l’on peut faire plusieurs choses à la fois sans s’éparpiller, où l’on gagne du temps pour mieux le dépenser autrement ;
  4. l’hyper-connectivité remarquable chez les sujets qui se sont fait greffer un smartphone au bout du bras, ou sous le poumon gauche voire sous la boîte crânienne afin de vivre à fond la communication avec le monde (ce qui présente l’avantage de ne voir les humains qu’au travers du réseau et plus dans la rue, dans le bus ou au guichet…) ;
  5. la déconnexion volontaire, le must après avoir épuisé toutes les sensations des réseaux, très tendance en ce moment…

À côté de la connectivité sociale (et parfois asociale diront certains…), il y a la connectivité technique qui se moque des bouderies des utilisateurs aussi bien que des usages excessifs car son rôle, à elle, est de rendre possible la circulation des données, par principe, sans préjuger de la qualité de ces données ou du profil des utilisateurs, ni de la temporalité.

Si Internet est bien le réseau des réseaux, la connectivité concerne aussi les innombrables systèmes d’information et les passerelles entre les encore plus innombrables systèmes de production, de diffusion ou de stockage des données, avec un aspect spatial (faire communiquer les applications entre elles aujourd’hui) et un aspect temporel (lire et exploiter les données produites hier ou avant-hier avec des technologies devenues obsolètes), les deux aspects étant résumés par le maître-mot : interopérabilité.

Et il y a fort à faire face à la croissance exponentielle des données non structurées (textes, images, vidéos), couplée à une fragmentation extrême des contenus, comme le souligne EntropySoft, spécialiste de la connectivité en entreprise.

Pour contrebalancer la construction exaltée d’une tour de Babel des formats numériques, les connecteurs ont pour objectif de fédérer les différents réceptacles d’information à l’aide de voies de communication ad hoc et de rendre la tuyauterie transparente pour les utilisateurs.

La connectivité, c’est espéranto des applications, le morse des systèmes métiers, la lingua franca des éditeurs de logiciels, en espérant qu’elle ne deviendra pas un globish informatique…

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Sincérité

Il est des documents qui ne sont pas objectivement authentiques, bien que parfaitement datés et pleinement assumés par l’auteur prétendu. C’est ce qu’on appelle en diplomatique les « faux sincères ».

On attribue au roi Louis XI l’institution, ou du moins l’officialisation, du « secrétaire de la main », un homme de confiance (dans le « secret » du roi) qui non seulement rédige mais surtout signe les actes royaux à la place du roi, en imitant sa signature. Le procédé est commode et constitue une réponse efficace à diverses situations : l’auteur théorique est peu enclin aux tâches administratives ou les juge trop fastidieuses ; il n’est pas disponible et la délégation en bonne et due forme n’est pas admise ou pas acceptable eu égard au destinataire ; le signataire officiel n’est pas présent et l’envoi ne peut attendre, etc. Au plus haut sommet de l’État, l’usage pourrait paraître dangereux mais finalement le risque est limité dans la mesure où le signataire officiel reconnaît la signature qui en réalité n’est pas de lui. Et si le secrétaire de la main outrepasse la volonté de son mandataire, l’acte pourra être invalidé et son inauthenticité facilement établie.

Il était une fois (souvenir de stage estudiantin) un ministre de Valéry Giscard d’Estaing qui, à la tête d’un gros ministère, avait chaque soir une grosse pile de parapheurs à signer. Ayant trouvé l’homme ad hoc, il le nomma officieusement secrétaire de sa main, ce qui lui permettait de quitter son bureau de ministre plus tôt le soir, pour s’adonner à des activités plus ludiques… Jusqu’au jour où le secrétaire de la main tomba malade, obligeant le ministre à le remplacer. Ce sont des aléas prévisibles. Sauf qu’un fonctionnaire avisé du Conseil d’État remarqua la différence  de signature (une signature manuscrite évolue au cours des années) et rejeta le courrier comme faux… Ce ne fut pas une affaire d’État et le ministre, un peu piteux sans doute, arrangea rapidement les choses.

Quand, de temps à autre, les journalistes  accusent un ministre de ne pas se rappeler avoir signé un courrier de forme (distinction honorifique par exemple), peut-être celui-ci a-t-il de bonnes raisons de ne pas se le rappeler…

Pour les courriers qui ne comportent pas de décision mais qui sont simplement la transmission d’une information (par exemple les extraits de naissance délivrés par le service central d’État civil du ministère des Affaires étrangères à Nantes), l’évolution technique et technologique des dernières décennies a conduit à utiliser le tampon encreur reproduisant la signature manuscrite, surmonté d’un autre tampon officiel (les tampons, ça ne fait jamais de mal !), puis l’image de la signature manuscrite du signataire officiel. La tendance, semble-t-il, est de croire que la copie d’une signature d’un personnage important fait plus d’effet sur l’administré ou le client que l’original d’une signature « par délégation », pourtant plus honnête. Et le destinataire de s’extasier : « Vous vous rendez compte, c’est le directeur général lui-même qui m’a répondu ! ».

Avec la signature numérique, le procédé reste le même : il suffit de donner sa clé ou son code d’identification à qui on veut faire passer pour soi. Il n’y a même plus besoin de procuration en bonne et due forme ! En dépit du discours officiel d’égalité des supports devant la loi, force est de constater le décalage entre les pratiques de la signature papier et celle de la signature électronique. Exemple : vos parents sont âgés et vous les assistez dans la tenue de leur compte bancaire, cas de figure banal. Comment faire ?

  • Pour signer un chèque, il vous faudra une procuration établie en trois exemplaires, signée devant témoins dans les bureaux de la banque (s’arranger pour que le rendez-vous ait lieu avant que l’intéressé(e) ne se casse le col du fémur…), etc.
  • Imiter la signature fait prendre le risque d’un rejet du chèque (même si vous êtes ministre…).
  • Suggérez à vos parents de demander leurs codes Internet à la banque (même s’ils n’ont pas d’ordinateur, pas besoin de fournir d’adresse IP ou quelque justificatif que ce soit) et de vous les confier (la confiance est un préalable bien sûr). Avec ces petits numéros, vous pouvez en trois clics faire un virement, sans aucune autre formalité.

Vive le numérique !

Le faux-sincère est un sport plus pratiqué qu’on ne croit. Et vous, vous êtes débutant, confirmé ou simple spectateur ?

Ce billet fait partie du quartet : authenticité – sincérité – originalité – fiabilité (le 14 novembre)
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Infobésité

Sommes nous réellement menacés d’infobésité ?

Infobésité est un mot-valise, forgé en 1995, pour traduire l’anglais information overload,expression remontant aux années 1970 ; on dit aussi sur-information ou surcharge d’information, expressions plus molles mais aussi plus exactes. En effet, « infobésité » suggère l’ingestion par le sujet d’une quantité excessive d’informations qu’il ne parvient pas à digérer et à éliminer, faisant alors de la rétention d’information (au sens médical du terme), au détriment de son agilité intellectuelle et de son confort documentaire. Or, l’idée initiale est que le sujet, dans cette société de l’information, de la consommation et autres sommations numériques, est environné, entouré, surplombé de trop de données pour pouvoir les ingérer correctement.

Il serait donc plus précis de distinguer et d’analyser séparément les deux concepts sous-jacents :

  1. l’inforrhée : il pleut des informations comme vache qui pisse, le ruissellement provoquant des torrents et des inondations ; l’inforrhée galope ; le dérèglement du climat informationnel provoque le tsunami numérique ;
  2. l’inforésistibilité : on subit la pluie de plein fouet et, soit on se laisse transpercer jusqu’à l’os, soit on se protège de l’humidité grandissante grâce à un auvent (naturel ou fabriqué), un parapluie (divers modèles en magasin), un vêtement de pluie voire un onguent approprié, sans parler des pompes, de l’écope, du sèche-cheveux, etc.

L’humain oscille toujours entre le désir d’avoir toujours plus (peur de manquer, de rater quelque chose) et la volonté de rester maître de ses mouvements et de ses pensées. La relation entre l’individu, l’information sollicitée ou non, et les outils qui permettent de la gérer, de l’ingérer ou de l’éliminer reste à peu près la même quelle que soit la masse d’informations ; c’est une question d’acclimatation et d’organisation. Et de volonté… Sur le plan collectif comme sur le plan individuel.

Les solutions sont multiples, depuis des principes l’hygiène minimale, tels que le stoppage des flux superflus et la vidange des trop pleins de demi-infos, jusqu’aux outils de tri et de classement automatique (mais résolvent-ils vraiment la question ?), en passant par la diététique informationnelle, le RMI ou Refus Méthodique d’Information de Pascal Frion, la suppression des messageries électroniques comme le proposait Thierry Breton, président d’Atos, il y a six mois (illusoire si c’est pour déplacer le problème vers un autre outil) voire des remèdes plus radicaux comme celui de taxer l’expéditeur des mails (ça, c’est intéressant)…

L’infobésité proprement dite est finalement un phénomène très relatif.

Tout est relatif, comme disait Einstein. Au fait, Frank ou Albert ? Blague de potache, sauf que dans le contexte, ici, on voit bien le risque : un Frankenstein d’informations qui vous enserre inexorablement dans ses griffes mortifères, qui vous étouffe par ses exhalaisons fétides, qui vous injecte son venin par tous les pores de la peau…

Mais on n’est pas obligé de se faire du cinéma. Désolée Frank, merci Albert !

 

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Intelligibilité

Ce n’est pas parce que vous détenez des données que vous possédez des informations.

La donnée est brute, c’est un ensemble de signes que l’on peut rattacher à un système d’écriture mais qui n’est pas suffisant pour faire passer une information à un utilisateur. La donnée isolée ne parle pas. Ce n’est qu’un morceau d’énoncé, un bout de message qui doit être contextualisé, un indice qui doit être complété pour apprendre quelque chose au lecteur, de préférence la même chose que ce que l’auteur a voulu écrire ou enregistrer.

Les trois lettres OCA désigneront, selon le contexte métier et linguistique, un tubercule péruvien, l’Observatoire de la Côte d’Azur (dont le logo ci-dessus n’est pas forcément très lisible), une oie italienne (oca) ou une guêpe russe (oca en lettres cyrilliques aussi bien que latins- prononcez « assa »).

« 23 » sera, selon les cas, le poids en kilos d’un enfant lors de sa visite médicale, la note sur 40 d’un devoir très moyen, le numéro du département de la Creuse, la température en degrés Celsius dans le jardin (ou en degrés Fahrenheit, mais alors prenez une petite laine) ou encore, dans un document plus personnel, le nom codé de l’actuel archevêque de Paris…

Un groupe de mots organisés conformément aux règles de la syntaxe peut lui-même être inintelligible, ou du moins polysémique. La phrase « La souris bloque sur la bécane » évoque-t-elle une petite pépée qui refuse un tour en moto ? Ou l’accessoire informatique qui n’est pas reconnu par l’ordinateur ? Ou la bestiole de laboratoire qui panique dans sa roue métallique ? Évidemment, une image à la place de la phrase éviterait cette ambiguïté (sur la lisibilité et donc l’intelligibilité des photographies, voir le billet d’André Gunthert).

Donc, toute information écrite qui se respecte exige deux choses :

-       que les données qui la composent soient liées à des listes de valeurs prédéfinies ; et

-       que ces données soient agencées en référence à un contexte connu et accessible par l’utilisateur.

Le numérique perturbe les bonnes habitudes, notamment pour les données dites « structurées ». En effet, l’archivage des tables d’une base de données en même temps que les données elles-mêmes, comme élément contextuel, ne va pas toujours de soi, alors qu’il ne viendrait pas à l’esprit d’arracher les en-têtes de colonnes d’un registre pour l’archiver.

Ce billet fait partie d’un triplet : lisibilité – intelligibilité – exploitabilité (lundi prochain)

 

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Custodialité

Custody : ce mot anglais à racine latine (comme tant d’autres) renvoie dans le domaine des archives à la conservation matérielle, la garde physique des documents, la responsabilité de leur protection. La mise en sécurité des documents d’archives est un aspect majeur du rôle de l’archiviste depuis l’Antiquité ; c’est ainsi que l’on parlait jadis, au plus haut niveau de l’État, de garde des Archives comme on parle encore aujourd’hui de garde des Sceaux.

Mais la révolution numérique est là et impose une nouvelle vision des réalités archivistiques.

Les Anglo-Saxons (Américains, Australiens…) ont débattu depuis plus de vingt ans de cette question, formalisant progressivement une doctrine autour d’une non custodial ou post custodial approach du métier, opposée à une custodial approach, (voir par exemple l’article de Upward & McKemmish et l’excellente étude des archivistes suisses publiée en 2000 que tous les étudiants en archivistique et en archivage devraient avoir lu).

Donc, dans l’environnement analogique traditionnel, où le contenu est indissociable du support, l’archiviste (mais aussi le bibliothécaire et le documentaliste) exerce ses compétences sur les documents qu’il détient. Autrement dit, la collecte (l’acquisition) précède ou initie son intervention professionnelle. La tâche d’analyse et de description des objets documentaires va de pair avec la conservation matérielle des supports, laquelle nécessite principalement des moyens logistiques (espaces de stockage, manutention, conditionnement, mobilier spécifique selon les dimensions ou le matériau) et ponctuellement le recours à des techniques et des techniciens spécialisés (désinfection, restauration). La garde physique des archives par l’archiviste est à la fois inévitable et réalisable.

Les technologies numériques permettent, favorisent et appellent deux évolutions majeures :

  1. la maintenance du support numérique (incluant la maîtrise du format) devient une tâche complexe qui nécessite des compétences techniques trop poussées pour être exercées directement par le gestionnaire de l’information ;
  2. les éléments d’identification et de description des documents à archiver préexistent dans les applications qui produisent les documents, avec l’instabilité propre au numérique ; l’archiviste doit intervenir très en amont, pour piloter la naissance et organiser la vie des objets archivables, sans devoir pour autant les prendre en nourrice ou en pension.

De sorte que, comme le résume l’étude suisse, avec « la démarche « non-custodial » décentralisée, les archivistes assument de nouvelles tâches fondamentales, et de gardiens du document d’archives, ils deviennent les contrôleurs de gestion d’archives ».

La post custodial approach est donc une nouvelle vision du métier d’archiviste qu’on pourrait qualifier de « post-gardiste », avec une traduction littérale bien peu compréhensible ici, mais qui est surtout « avant-gardiste ».

 

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Intégrité

C’est un mot particulièrement à la mode dans le monde du tout numérique.

Mais ce n’est pas un mot nouveau. Il renvoie au fait qu’à l’instant T+1, un objet (un produit périssable, un bien d’équipement, un document original) est le même qu’à l’instant T, autrement dit qu’il n’a pas été modifié (ajout, suppression ou modification) pendant ce laps de temps 1, ni par une action humaine ni par les effets naturels du temps qui passe, en tout cas qu’il n’a pas été déformé au point d’empêcher son utilisation ou de tromper l’utilisateur sur son essence même.

Par exemple, un fromage est intègre quand une souris vient se nicher dans une anfractuosité créée par le processus de fabrication ; il ne l’est pas si la souris a grignoté la pâte pour faire le trou. Et la souris, même maligne, ne laisse pas les mêmes traces que les bulles de gaz issues de la fermentation. L’altération du fromage peut être détectée (apparences, poids, odeur) ; elle peut et doit surtout être évitée (équipement du local de conservation, pièges anti-rongeurs, vérification régulière).

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